Vacances des Français : un cru 2009 sur fond de crise !

Vacances des Français : un cru 2009 sur fond de crise !

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Adeline Merceron

Directrice de clientèle au sein du département Opinion d'un institut de sondage

Biographie

Après un cursus universitaire en sociologie et une spécialisation à l'IEP de Grenoble dans les études d'opinion et de marché (PROGIS), Adeline Merceron travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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Vacances

Délits d’Opinion, comme tout le monde, a fait sa rentrée il y a quelques jours. Il convient avant de clôturer définitivement la parenthèse estivale, de revenir sur les deux derniers mois écoulés. Comme tous les ans, les instituts de sondage ont fait leurs pronostics. Qui partira en vacances cette année ? Qui ne partira pas ? Combien partiront ? Combien ne partiront pas ? Avec quel budget ?… Cette année le produit d’appel a été le même pour tous ceux qui se sont intéressés à la question, à savoir, dans le contexte de crise économique et financière et dans un climat pour le moins anxiogène face au pouvoir d’achat et à l’emploi, quelle attitude les Français vont-ils adopter en vacances ?

« Vacances » : Une définition subjective du mot

La définition des vacances, et plus encore des vacances idéales est propre à chacun. La question a donc été posée par TNS Sofres en juin dernier. Au vu des résultats, il en est presque décevant d’observer que les désirs des Français en matière de vacances idéales sont finalement assez simples et se résumeraient ainsi, du moins pour le plus grand nombre : « faire exactement tout ce que l’on veut sans aucune contraintes » ou « découvrir de nouvelles cultures », de préférence en couple ou en famille, et au cours desquelles seraient privilégiés les promenades, les activités culturelles et bien entendu le repos. A noter que si pour les plus jeunes les vacances idéales consistent avant tout à partir avec leurs amis (46% chez les 15-24 ans contre 19% en moyenne) ou que pour les personnes ayant au moins un enfant, partir en famille est une condition sine qua non des vacances (58% contre 31% en moyenne), pour d’autres, une minorité (2%) il s’agirait de partir à bord d’un sous marin … de préférence avec un(e) bel(le) inconnu(e) ! Le scénario des vacances idéales est donc des plus hétéroclite.

Il y a ceux qui ne partent pas …

La définition officielle des vacances reprise par les instituts est moins exotique. On parle de vacances, si et seulement si, quatre nuits consécutives ont été ou seront passées à l’extérieur du domicile principal.

Aussi, alors même que la crise économique battait son plein et que les prémices d’une « sortie de crise » n’étaient pas encore avancées, deux bureaux d’études ont diffusé des chiffres comparables quant aux intentions des Français. En mars 2009, Ipsos dévoilait qu’une personne sur deux ne partirait pas en vacances cet été (51%). Si le chiffre reste impressionnant, 40% de ceux qu’on appelle des « non-partants » sont des Français qui affirment ne jamais partir. Les 11% restants, qui déclarent avoir pourtant l’habitude de partir durant les mois d’été, semblent donc faire partis de cette frange de la population directement impactée par la crise. Quelques semaines plus tard, en avril-mai 2009, le cabinet Protourisme a lui aussi consulté les Français sur cette même question, et obtenu un résultat comparable : 52% d’entre eux ne partiront pas cet été soit 3 points de plus que l’an passé. Sans grande surprise et en toute logique, les profils identifiés de ces non-partants sont les mêmes sur les deux sondages. Les employés, les ouvriers et les foyers aux revenus nets mensuels inférieurs à 2000€ sont largement sur-représentés !

Si l’aspect financier explique en partie l’impossibilité de partir en vacances, une enquête BVA sur les publics non-partants rappelle que d’autres raisons moins subies, sont avancées par ces Français concernés. Ainsi, près du quart des non-partants « se justifient » par des motifs faisant directement référence à l’absence d’appartenance à un réseau social, qu’elle soit réelle ou ressentie. Ils expliquent notamment qu’ils « ne veulent pas partir seul et n’ont personne avec qui partir », « ne veulent pas déranger la famille » ou encore « ne veulent pas partir avec des inconnus ». D’autres déclarent qu’ils ont choisi délibérément cette situation en préférant rester chez eux soit parce qu’ils jugent les vacances inutiles, soit parce qu’ils se considèrent en vacances toute l’année, soit encore parce qu’ils n’ont pas été habitués à partir en vacances (33 % des non-partants ne sont jamais partis lorsqu’ils étaient enfants)! Enfin de façon plus secondaire, les contraintes inhérentes au métier exercé, à la santé ou encore aux difficultés d’organisation sont aussi des raisons pour lesquelles les Français ne partent pas en vacances en général.

… et ceux qui partent !

La seconde moitié de la population, celle qui elle a maintenu des vacances cet été malgré la crise, a semble-t-il modifié ses habitudes et ajusté son budget, ou du moins pour une partie d’entre elle. Près du quart des Français (22%), selon l’enquête Ipsos n’avait en effet pas envisagé « pour l’instant de diminuer leur budget vacances », proportion qui passe à 45% dans les foyers ayant un revenu net mensuel supérieur à 3000€ !

Parmi les variables d’ajustements les plus évoquées par les Français sont cités la durée du séjour (21% de citations), le transport (20%), l’hébergement (19%) et les frais de restauration (18%). Bien qu’il s’agisse là d’intentions recueillies au déclaratif, et malgré la difficulté d’évaluer dans quelles proportions réelles les Français sont véritablement partis en vacances, il semble bien toutefois, que ces derniers aient respectés (contraints par un budget resserré) leurs résolutions estivales.

Ainsi, il apparaît dans le bilan de la saison 2009 dressé par Hervé Novelli Secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, qu’effectivement les hébergements à coûts modérés ont bien fonctionné cet été, (+1,2% de fréquentation dans les campings, +2,2% dans les logements collectifs par exemple) grâce non pas à une clientèle étrangère qui cette année s’est faite plus rare (-14,5%) mais française davantage représentée (+6,3% sur juillet-août). En revanche, 53% des hôteliers et 50% des restaurateurs déclarent une activité en baisse en juillet par rapport à juillet 2008 selon l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des Français et Etrangers et des acteurs du tourisme réalisée par TNS Sofres pour ATOUT France , et ce malgré la baisse de la TVA mise en place au 1er juillet.

Enfin et heureusement, malgré cette conjoncture difficile, c’est avec sérénité que les Français ont abordé leurs vacances cet été (46%, contre 8% qui les appréhendaient), ce qui finalement leur a permis, pour 70% d’entre eux (selon un récent sondage Ifop pour le JDD) de passer de bonnes vacances, proportion qui atteint 82% chez les cadres, contre 61% chez les employés !

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