Une défaite relative pour le FN aux élections régionales

Une défaite relative pour le FN aux élections régionales

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë a travaillé au département opinion de l’Ifop, avant de rejoindre le service de la communication des ministères économiques et financiers en tant que cheffe de projet études. Elle est aujourd'hui directrice d'études à Kantar Public (ex TNS Sofres).

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Le Front national a échoué à conquérir la présidence d’un conseil régional. Le désistement des listes socialistes en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, ainsi que la consigne de vote, passée par le PS, en faveur de la liste de droite en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine a entraîné de nettes victoires des listes LR-UDI-MoDem dans ces régions. Loin des 50%, Marion Maréchal-Le Pen a recueilli 45,55% des voix en PACA et Marine Le Pen 42,23% en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, la tête de liste frontiste, Florian Philippot, n’améliore pas son score, réitérant ses 36,1% du premier tour.

Un nombre de conseillers régionaux inédit

La défaite est réelle mais ne doit pas cacher les gains très concrets du Front national à ces élections. Tout d’abord, le parti gagne 358 postes de conseillers régionaux, un record historique. Il n’en avait que 118 dans les conseils régionaux sortants, 156 après les élections régionales de 2004, 268 après celles de 1998. Il est désormais implanté dans toutes les régions et incarne seul l’opposition là où la gauche s’est retirée, en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, il est la prinicipale force d’opposition, puisqu’il possède plus de conseillers régionaux que, respectivement, l’union LR-UDI-MoDem et la gauche. En Bourgogne-Franche-Comté, il y a désormais pratiquement autant de conseillers régionaux frontistes (24) que de conseillers issus de la droite de gouvernement (25).

Ces positions d’élus s’accompagnent de postes de collaborateurs, qui renforceront également l’institutionnalisation du FN et ses ressources. Bien que le FN n’ait gagné aucune région, il renforce ses positions comme jamais dans les conseils régionaux.

Un nombre de voix record pour le FN

La victoire du FN est fondamentalement dans les urnes. Bien que le scrutin ait démontré que le FN ne parvenait pas à passer la barre des 50%, l’image du plafond de verre est imparfaite, car le FN n’avait jamais obtenu autant de voix que le 13 décembre 2015 : 6 820 147 bulletins FN ont été déposés dans les urnes, soit environ 800 000 de plus qu’au premier tour le dimanche précédent. Le record en nombre de voix du Front national, qui était jusqu’ici le score de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2012 (6 421 426 voix), est donc battu, en outre avec une participation nettement moindre (58,41% au second tour des élections régionales contre 79,48% au premier tour de l’élection présidentielle). Ces résultats laissent présager une forte augmentation du score de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle.

Les records en nombre de voix pour le Front national

records voix FN

Une progression dans toutes les régions, sauf en Ile-de-France

La progression en nombre de suffrages intervient dans toutes les régions métropolitaines, à une exception, l’Ile-de-France, où une partie significative des voix frontistes semble s’être détournée sur la candidate LR, Valérie Pécresse, afin de mettre en échec la gauche dans la région la plus riche et la plus peuplée de France, qu’elle détenait depuis 1998. Dans 7 régions sur 12, le FN obtient même davantage de voix à l’issue du second tour des élections régionales qu’à l’élection présidentielle de 2012.

L’augmentation du nombre de voix entre les deux tours est maximale en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, les bulletins de la liste de Louis Aliot étant en hausse 26%. En PACA, où le FN réalise par ailleurs son meilleur score en pourcentage des suffrages exprimés (45,55%), Marion Maréchal-Le Pen augmente son nombre de voix de 23% par rapport au premier tour.

Comparaison entre le score du FN à l’élection présidentielle de 2012
et aux élections régionales de 2015 (nombre de voix)

voix FN par région régionales présidentielle

Dans ces deux régions, le FN récupère sans doute en grande partie les voix qui s’étaient portées sur les autres listes d’extrême droite (Jacques Bompard en PACA avec 1,12% des suffrages exprimés au premier tour et Jean-Claude Martinez en LRMP avec 0,69%) mais cela ne peut expliquer qu’une petite partie des apports de voix. C’est de la mobilisation d’électeurs qui n’avaient pas voté au premier tour que le FN semble tirer les nouvelles voix qu’il obtient au soir du second tour. Rappelons que la participation a augmenté de 8 points en PACA et de 10 points en LRMP entre les deux tours.

En termes de suffrages exprimés, l’augmentation est significative en PACA (+5 points) et moins importante en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (+2 points). Les deux plus fortes progressions du parti lepéniste ne font cependant pas le poids face aux gains de leurs adversaires, qui bénéficient à la fois d’une partie des voix des nouveaux électeurs, et surtout de reports d’autres partis. En PACA, les voix de la gauche se reportent très largement sur Christian Estrosi (au moins aux deux tiers selon les sondages du jour du vote) et en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, la socialiste Carole Delga peut compter sur les voix obtenues par les autres listes de gauche au premier tour. De fait, le grand handicap du FN pour l’emporter au second tour reste son manque d’alliés pouvant lui apporter des reports de voix conséquents.

Comparaison entre le score du FN à l’élection présidentielle de 2012
et aux élections régionales de 2015 (
pourcentage des suffrages exprimés)

pourcentage FN par région régionales présidentielle

En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, où la situation était particulière puisque le PS avait appelé à voter pour la liste de droite alors que son candidat, Jean-Pierre Masseret, s’était maintenu contre les consignes de Solférino, le FN ne progresse quasiment pas en suffrages exprimés. Florian Philippot recueille 36,08% au second tour contre 36,06% au premier. Mais, du fait de la forte hausse de la participation (+11 points entre les deux tours), son score en voix augmente fortement (+23%, soit 149 000 voix supplémentaires). La progression des voix frontistes en Bourgogne-Franche-Comté atteint les mêmes proportions (+24%), bien que le score en suffrages exprimés augmente peu (+1 point). Dans cette région également, la remobilisation au second tour (+11 points de participation) apporte des voix au FN. Mais contrairement aux régions PACA et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, ces nouveaux suffrages ne sont pas suffisants pour permettre une hausse des pourcentages de voix exprimés.

La dynamique de premier tour, où le FN avait réussi à largement mobiliser dans les régions où il avait une chance de l’emporter, fonctionne donc toujours au second, les voix se portant sur le FN augmentant davantage dans les régions où il était arrivé en tête au premier tour. La hausse du nombre de voix du FN est plus modeste dans les régions où le parti de Marine Le Pen avait réalisé de moins bonnes performances au premier tour : +4% en Auvergne-Rhône-Alpes, +6% en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et en Pays de la Loire. En Ile-de-France, son nombre de suffrages baisse et le FN ne rassemble que l’équivalent de 90% des bulletins du premier tour. Seule exception, la Bretagne. Dans la région où le FN avait réalisé son plus mauvais score au premier tour, les voix frontistes progressent de 12% au second, autant qu’en Nord-Pas-de-Calais-Picardie ou en Centre-Val-de-Loire.

Avec un nombre de voix inégalé jusqu’ici et un élargissement de son réseau d’élus et de collaborateurs, le Front national connaît une défaite relative aux élections régionales. Il se renforce pour le prochain scrutin, l’élection présidentielle de 2017, même si ces élections régionales ont également prouvé que le front républicain fonctionnait toujours et que les électeurs se mobilisent contre le Front national quand celui-ci s’approche de la victoire. L’hypothèse de l’accession de Marine Le Pen à la présidence de la République en 2017 s’éloigne donc mais sa présence au second tour est toujours plus probable.

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