Une année 2016 sous le signe de l’espoir ténu malgré un bilan 2015 bien sombre

Une année 2016 sous le signe de l’espoir ténu malgré un bilan 2015 bien sombre

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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Lors de ses vœux pour la nouvelle année, le Président de la République a mis l’accent sur « l’état d’urgence sécuritaire » mais aussi sur « l’état d’urgence économique et social ». En insistant sur ces deux préoccupations et en affichant sa détermination à agir sur ces deux fronts, François Hollande a bien senti la double injonction que lui adressent les Français pour la dernière année complète de son mandat. Marqués par une année 2015 difficile, les Français conservent un espoir, certes toujours ténu mais plus important qu’à la fin de l’année 2014, de voir la situation économique s’améliorer et de voir la lutte contre le terrorisme éviter que ne se reproduisent de dramatiques attentats. Peuple souvent décrit comme parmi les plus pessimistes de la planète, les Français semblent timidement vouloir faire preuve de résilience pour cette nouvelle année 2016, même si les douze derniers mois les ont profondément ébranlés.

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Les Français se souviendront de l’année 2015 comme celle des attentats, de la crise des migrants et du chômage

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A l’heure du bilan, les Français dressent un tableau bien sombre de l’année 2015. Selon un sondage Odoxa pour le Parisien, 81% des Français estiment que l’année qui vient de s’achever a été mauvaise pour la France, et même près d’un tiers très mauvaise. Pour eux, l’année a été marquée avant tout par des difficultés économiques (90%) et la montée des extrémismes (86%). Elle peut être qualifiée de tragique (86%), d’inquiétante (84%) et de triste (82%), autant d’attributs qui démontrent que 2015 restera entachée de souvenirs collectifs dramatiques. Même si, en mineur, les dimensions de solidarité, de résistance ou d’espoir pour l’environnement ne sont pas absentes du bilan (respectivement 56%, 54% et 48%), force est de constater que la tonalité dominante s’avère très négative. Et que les attentats ou les difficultés économiques persistantes ont éclipsé dans les représentations le succès de la COP21 ou les autres événements plus heureux qu’a pu connaître 2015.

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Les attentats, notamment ceux de janvier et de novembre en région parisienne, constituent sans surprise pour l’ensemble de la population les faits les plus marquants de l’année. Et, pour le moment, les Français déclarent avoir davantage retenu l’horreur de ces attentats plutôt que les réactions positives des dirigeants et des citoyens à la suite de ces événements tragiques (75% contre 25%). Le fait politique le plus notable de l’année écoulée réside dès lors dans la déclaration de l’état d’urgence suite à ces attentats (40%), décision très majoritairement soutenue. Après ces attentats, ce sont la crise des migrants (58%) et la guerre en Syrie ainsi que la montée en puissance de l’Etat Islamique (49%) qui ont le plus marqué les esprits. Une année sinistre sur le plan national comme sur le plan international.

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D’un point de vue économique, 65% des Français considèrent dans une autre enquête Odoxa pour Le Parisien, MCI et France Info que 2015 a été une année de difficultés, pire encore que 2014. A l’orée de 2015, seuls 35% pensaient qu’elle le serait, 60% estimant qu’elle offrirait une situation semblable à l’année précédente. Déjà relativement peu optimistes, les Français se retournent donc sur les douze derniers mois écoulés et y trouvent un tableau encore plus dégradé que celui auquel ils s’attendaient. L’événement économique qui les a le plus marqués au cours de cette année est par conséquent le niveau record du chômage (63%), assez loin devant le scandale Volkswagen, les incertitudes sur le sort de la Grèce, les manifestations des agriculteurs ou à Air France ou encore le vote de la loi Macron.

On entrevoit peu de facteurs de réjouissance dans cette année 2015. Même à un niveau plus personnel, les Français peinent majoritairement à tirer un bilan plus réjouissant. Dans l’enquête, 48% des répondants estiment que l’année 2015 a été mauvaise pour eux. Et dans un sondage Harris Interactive pour RTL, ce sont 54% des Français qui estiment que 2015 a été pour eux et pour leurs proches une année négative, soit une proportion en hausse de 4 points par rapport à l’année dernière et même de 8 points par rapport à 2012. Même les jeunes et les membres des catégories supérieures, qui échappaient habituellement à ce constat en négatif, se sentent en majorité amers à l’égard de 2015.

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En dépit ou en raison de cette « annus horribilis », les Français souhaitent et espèrent un peu plus pour 2016 une action efficace contre le terrorisme et un début de reprise économique

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Au regard de ce sombre bilan, qu’attendre pour 2016 ? On peut craindre un repli encore plus important et un pessimisme accru des Français. Ainsi qu’une fracture de plus en plus ouverte entre les Français et leurs responsables politiques, les premiers n’attendant plus rien des seconds. Ou encore un écart qui se creuse entre « les protégés » et « les exposés », les seconds se sentant de plus en plus éloignés des premiers. Mais on peut également espérer que la noirceur de 2015 et les événements ayant symboliquement touché toute la Nation entraînent une forme de résilience et un souhait collectif d’améliorer la situation du pays.

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Si on ne peut prédire le chemin qu’empruntera 2016, constatons que face au lourd bilan de l’année 2015, les Français ne se montrent pas plus pessimistes pour l’année à venir qu’ils ne l’étaient fin 2014 pour 2015. Voire qu’ils s’affichent même un peu plus optimistes. Dans l’enquête Harris Interactive, 53% des Français se déclarent optimistes pour eux-mêmes et leurs proches pour 2016, soit 1 petit point de plus que l’année dernière et 9 points de plus que fin 2011. On observe en effet une forme de décorrélation entre le jugement rétrospectif sur l’année écoulée et l’anticipation sur l’année à venir, comme si, en dépit des difficultés, on espérait, de plus en plus fort, voir la situation s’éclaircir. Presque comme si nous avions touché le fond et qu’il s’agissait maintenant de rebondir.

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Et ce qui se constate à un niveau personnel semble également pouvoir être retrouvé à un niveau collectif, bien que le pessimisme demeure très majoritaire à cette échelle. Les Français attendent avant tout de 2016 de « la paix », de « la sécurité », ainsi que de « la croissance », et « la baisse du chômage ». Ils souhaitent par conséquent en priorité que le Gouvernement s’attaque à la lutte contre le chômage (77%), contre le terrorisme (75%, +16 points en un an) et contre l’insécurité (62%, +8 points). Même constat dans le sondage Odoxa, 56% formulant avant tout le vœu de faire baisser le chômage et 50% de lutter efficacement contre le terrorisme, la délinquance et l’insécurité (+16 points). Et s’ils se montrent en majorité pessimistes sur l’évolution de ces sujets au cours des douze prochains mois, cela est dans des proportions un peu moindres que l’année dernière. Signe qu’en dépit de la confiance très dégradée dont souffre l’exécutif, une partie des Français veut y croire. Ainsi, 39% se déclarent optimistes en matière de lutte contre le terrorisme pour 2016, soit 6 points de plus que fin 2014, ce qui peut paraître surprenant quand la France a été endeuillée par plusieurs actes terroristes en 2015. De même 23% anticipent une amélioration de la situation en matière de croissance économique et 16% en matière de chômage. C’est peu, très peu, mais plus que fin 2014 : respectivement +6 et +5 points. Là encore, on peut s’en étonner quand les Français ont déclaré retenir avant tout de l’année économique 2015 les chiffres record du chômage. Mais on observe la même tendance sur quasiment tous les sujets, que ce soit concernant la transition énergétique (35%, +6 points), l’éducation (31%, +4 points) ou encore le système social (17%, +4 points).

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Tableau Optimismea

Bien évidemment, on ne peut tirer de ce seul signe, bien ténu, un enseignement clair et définitif. Et il faudra chercher d’autres confirmations ou infirmations dans l’Opinion dans les prochaines semaines et prochains mois. Mais on peut espérer qu’après l’abattement légitime que de nombreux citoyens ont ressenti suite à l’année 2015, 2016 ne soit pas qu’une autre année noire mais une année de ressaisissement et de renouveau. Les réseaux sociaux ont en tout cas formulé ce souhait, voyant à la suite du photographe David Hermans dans l’image inversée de 2016 un appel à la joie et espérant y voir un signe prémonitoire.

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