Elections US : Un an avant : panorama de la carte électorale

Elections US : Un an avant : panorama de la carte électorale

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James Macmillan

Biographie

Après un cursus à l’école supérieure de commerce de Reims, puis à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), James Macmillan travaille dans le milieu du conseil en stratégie et marketing. Passionné par la géopolitique et les Relations Internationales, il décrypte pour Délits d’Opinions l’actualité internationale et la campagne présidentielle aux Etats-Unis

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7 novembre 2011, 6 novembre 2012. 365 jours avant l’élection présidentielle américaine. L’élection de « l’homme le plus puissant du monde » verra Barack Obama reconduit pour un nouveau mandat ou un candidat républicain s’installer à la Maison Blanche. L’élection, qui aurait pu sembler une formalité pour M. Obama au regard de sa popularité peu après l’élection de novembre 2008, est devenue beaucoup plus incertaine depuis que les Américains se disent favorables à une alternance. Le 16 juillet 2011, une compilation de sondages réalisée par le site Realclearpolitics révélait que, pour la première fois, à 43,8% contre 43% pour le président sortant, les Américains voteraient plutôt pour une alternance républicaine. Depuis le début du mois de septembre, M. Obama semble même en mesure de perdre cette élection face à l’un des favoris du camp républicain, Mitt Romney par 47% des voix contre 49% pour le candidat républicain (Gallup, 18 septembre).

Les Etats-Unis entrent donc dans une période électorale à forts enjeux, d’autant qu’après une élection jouée sur l’alternance en 2008, ce sont les dossiers de fond qui reviennent à la surface : rôle de l’Etat fédéral dans l’économie nationale, politique de lutte contre le chômage, gestion de la dette, refonte de l’idéologie américaine quant aux relations internationales… Ces sujets ont gagné en importance avec la montée en puissance de mouvements populaires que constituent le Tea Party et les Indignés sur Wall Street. Néanmoins, avant de définir leur position, les candidats républicains et démocrates doivent en priorité élaborer la stratégie qui va les mener à la victoire.

 

Une carte électorale relativement figée

 

Pour définir la stratégie des candidats à la présidentielle, il convient d’abord de se pencher sur le système d’élection américain. Les élections se jouent sur 50 Etats américains (auxquels s’ajoutent le District of Columbia et quelques autres circonscriptions qui élisent un Collège de Grands Electeurs). Ce nombre de Grands Electeurs est de 538, nombre inchangé depuis 1964. Pour gagner la présidentielle, 270 Grands Electeurs sont nécessaires (la majorité +1).

Le nombre de Grands Electeurs n’est pas égal dans chaque Etat. Chacun dispose d’autant de Grands Electeurs que de Représentants au niveau national (Chambre des Représentants et Sénat réunis). Le District of Columbia dispose également de trois Grands Electeurs. Le minimum de Grands Electeurs est donc de trois par Etat, mais certains en ont bien plus : la Californie (55), le Texas (34) et New York (31). Sept autres Etats et le District of Columbia disposent de trois Grands Electeurs.

La carte électorale est généralement relativement figée. Certains Etats votent ainsi régulièrement pour le même parti dans la course à la Maison Blanche, lorsque les campagnes électorales sont relativement serrées. C’est le cas du District of Columbia qui vote le plus souvent pour le candidat démocrate (depuis 1972), même quand, en 1984, Ronald Reagan l’a emporté avec 525 Grands Electeurs face au candidat Walter Mondale. A l’inverse, certains Etats comme l’Oklahoma votent systématiquement pour le candidat républicain. Les Etats considérés comme des « Blue States » (couleur des Démocrates) sont les Etats souvent très peuplés du Nord-Est et de la côte Pacifique, tandis que les « Red States » sont les Etats du Sud et du Mid-West, plus nombreux mais bien souvent moins peuplés. L’élection de novembre 2012 s’annonce serrée et bon nombre d’Etats ne devraient pas échapper à cette logique.

Même si on peut juger prématuré de faire des pronostics à un an de l’élection présidentielle, il est réaliste de considérer que, pour cette élection, 163 votes de Grands Electeurs venant de 11 Etats (et le District of Columbia) iront très certainement vers Barack Obama parmi lesquels on retrouve, entre autres, la Californie ou New York. De même, on peut anticiper que 159 Grands Electeurs s’orienteront – de façon toujours aussi certaine – vers le candidat républicain (même si celui-ci reste à définir), venant de 20 Etats dont le Texas. De façon moins catégorique, 5 autres Etats représentant 38 Grands Electeurs penchent fortement pour M. Obama et 3 autres Etats semblent pencher sensiblement en faveur du candidat républicain (32 Grands Electeurs). Le degré d’incertitude reste donc élevé pour onze Etats représentant 146 Grands Electeurs. C’est, sans aucun doute, sur ces Etats que va se jouer la campagne de 2012, tout comme l’élection de 2008. Pour rappel, ce sont les victoires de Barack Obama dans l’Ohio et la Pennsylvanie qui avaient déclenché l’annonce de sa victoire face à John McCain.

Le système de vote via des Grands Electeurs, décrié depuis l’élection de George W. Bush en 2000 (il avait alors le plus grand nombre de Grands Electeurs, mais moins qu’Al Gore en nombre absolu d’électeurs), fait que des mouvements de population dans des Etats peu peuplés ou des lois particulières peuvent changer une carte électorale, souvent fiable. Le cas du Sud-Est est spécialement marquant.

 

Les Républicains et la Southern Strategy

 

A titre d’exemple, Lyndon B Johnson aurait affirmé, en signant le Civil Rights Act en 1964, qu’il ne savait pas pour combien de temps il donnait le Sud aux Républicains. En effet, les Etats du Sud, aujourd’hui réputés pour être républicains, étaient traditionnellement démocrates depuis la guerre de Sécession (contre les Républicains et Abraham Lincoln, partisans de l’Union). Suite à cette loi, en 1968, un candidat démocrate dissident, George Wallace, s’était ainsi présenté à l’élection présidentielle face aux candidats démocrates et républicains. Ce candidat avait pris le parti d’une ligne dure sur les questions raciales et sur la ségrégation. S’il a perdu l’élection présidentielle face à Richard Nixon, George Wallace a réussi à emporter la victoire dans cinq Etats du Sud, anciennement des Etats esclavagistes et traditionnellement démocrates. Les Républicains ont capitalisé sur la stratégie de George Wallace en définissant une stratégie du Sud (Southern Strategy) qui consiste à miser sur l’électorat Blanc avec un discours proche du racisme dans des Etats où les minorités noires inaccessibles aux candidats républicains (depuis le Civil Rights Act), représentent une part, certes minoritaire, mais significative de la population. Cette stratégie a permis au candidat républicain d’emporter l’élection présidentielle dans les Etats du Sud-Est de façon systématique depuis l’élection de Nixon en 1968 (exception faite des élections de Bill Clinton et de Jimmy Carter candidats démocrates venant d’Etats du Sud, la Géorgie et l’Arkansas, en 1992).

Pour autant, les élections ne sont pas jouées d’avance car certains Etats clefs, les « Swing States » sont des Etats incertains qui font ou défont les Présidents. Parmi ces Etats, on trouve la Floride, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Nouveau Mexique, le Nevada, l’Indiana, la Caroline du Nord, la Virginie Occidentale, le Colorado, le New Hampshire et l’Iowa. Pour l’anecdote, l’Ohio depuis 12 élections et le Nevada dans 96% des cas, ont voté pour le futur Président. On saisit alors l’importance de ces Etats dans l’élection américaine.

Les équipes de campagne vont donc tenter de déterminer les enjeux nationaux susceptibles de mobiliser ces Etats et les mettre en avant dans leur campagne électorale.

 

Evolution de la carte électorale et impacts sur l’élection présidentielle

 

L’un des faits nouveaux dans certains Etats du Sud est l’évolution marquée du profil de la population. Déjà en 2008, l’impact des votants venant de minorités s’était fait ressentir sur la victoire de Barack Obama. A cette date, 76,3% des électeurs seulement étaient des blancs contre 85% en 1988 (Pew Research Center). Suite à une politique combinée de reconduite aux frontières (M. Obama a reconduit plus d’immigrants illégaux à la frontière en un mandat que George W. Bush en deux mandats) et d’acquisition de la nationalité, le profil de la population en âge de voter dans des Etats comme l’Arizona a encore changé. La population hispanique a significativement augmenté depuis 2000 et pourrait modifier durablement le paysage électoral dans les Etats du Sud. En 2000, la population américaine comportait 35,3 millions d’hispaniques contre 50,5 millions aujourd’hui (recensement national). Cette augmentation est responsable à 50% de l’accroissement de la population américaine. Ceci s’est principalement observé dans les Etats du Sud où la population hispanique a augmenté de 50%, tandis que la population globale n’a connu un taux de croissance que de 14%. Cette population ne vote pas de façon monolithique, car ses préoccupations sont d’ordres très différents et les hispaniques ne se retrouvent pas dans le découpage des partis actuel : immigration (plutôt démocrate), économie et religion (plutôt républicain). Les Hispaniques ont voté légèrement majoritairement pour John Kerry en 2004, mais, en 2008, ils ont assez largement suivi le candidat Obama : 7,8 millions d’électeurs hispaniques ont voté pour lui tandis que 3,4 millions se sont tournés vers le candidat McCain. La croissance de la population hispanique ne fera certes pas de tous les Etats du Sud des Etats démocrates en 2012, mais elle pourrait considérablement changer la donne dans certains Swing States comme le Nouveau Mexique, l’Arizona, le Nevada et le Colorado qui pourraient devenir des Etats à penchant démocrate dès l’élection de 2012.

La carte électorale des Etats Unis évolue sur le long terme. En 1968, les avancées législatives du Civil Rights Act ont transformé durablement la carte électorale faisant le jeu du parti républicain. Les mutations démographiques et ethniques observées depuis 2000 pourraient à l’inverse agir en faveur des futurs candidats démocrates. L’élection de 2012 promet donc d’être particulièrement imprévisible.

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