Sondages : Sarkozy peut-il encore gagner en 2012 ?

Sondages : Sarkozy peut-il encore gagner en 2012 ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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La gauche se sent pousser des ailes. Si l’élection présidentielle avait lieu demain, Nicolas Sarkozy serait battu selon un sondage CSA pour Marianne. C’est la seconde enquête en deux mois qui catapulte Dominique Strauss-Kahn en futur président de la République. Après des mois de cafouillage et de querelles internes, la gauche entrevoit le succès. Sa crédibilité n’est cependant qu’embryonnaire. En effet, si les Français souhaitent que la gauche gagne en 2012, la performance demeure à ce jour encore hypothétique à leurs yeux. Ainsi, selon un sondage Viavoice rendu public lundi 8 février, seuls 36 % des Français estiment la gauche capable de gagner les présidentielle, alors qu’ils sont 54% à souhaiter qu’elle remporte les élections de 2012. Que s’est-il passé pour que l’archi-favori Sarkozy endosse en quelques mois le rôle de challenger ?

Nicolas Sarkozy et les classes populaires : brève séparation ou divorce ?

Avec un indice de confiance de 19% auprès des employés et 25% chez les ouvriers, selon le baromètre TNS Sofres de février 2010, les catégories populaires représentent la frange la plus sceptique vis-à-vis de l’action du Président de la République. La raison est simple, et déjà maintes fois évoquée. Les employés et ouvriers nourrissent une inquiétude épidermique sur les questions d’emploi et de pouvoir d’achat – à des niveaux supérieurs de la moyenne nationale – et ne peuvent que constater une dégradation de leur situation.

sarkozy-francais-dos_articleOr, le Président de la République ne parvient plus à convaincre du bien fondé de son action. Sur la question de l’emploi, l’intervention du Président de la République du 25 janvier dernier a fait un bide. Respectivement 19% des employés et 24 % des ouvriers ont été convaincus par les arguments développés pour combattre le chômage, selon CSA. Des chiffres qui reflètent les limites de cette prestation télévisuelle : face aux inquiétudes et questions concrètes des Français, le Président ne pouvait que répondre par des explications macro-économiques. Un dialogue de sourds.

Le divorce n’est pas encore consommé avec les classes populaires

Néanmoins, ce mécontentement palpable ne se traduit pas encore de façon flagrante dans les intentions de vote pour une raison simple : la gauche, et plus particulièrement le PS, ne constituent pas actuellement une alternative évidente face à Sarkozy.

Ainsi, selon les intentions de vote publiées début février 2010 par CSA, Martine Aubry comme Dominique Strauss-Kahn font moins bien que Nicolas Sarkozy au premier tour parmi les « CSP-« . Martine Aubry récolterait 16% des voix au premier tour contre 25 % pour Nicolas Sarkozy, et Dominique Strauss-Kahn 15% contre 23% pour Nicolas Sarkozy. Le PS a donc toujours du mal à se reconnecter à l’électorat populaire. Selon le baromètre Ifop du mois de février, 54% des employés et 61% des ouvriers pensent que l’opposition ne ferait pas mieux si elle était au gouvernement. La gauche n’a pas encore gagné la bataille de la crédibilité. La comparaison entre 2007 et aujourd’hui ne permet pas non plus de parler de décrochage massif de l’électorat populaire. Ainsi, en 2007, selon un sondage Ipsos de sortie des urnes, au second tour de l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy recueillait 49% des voix auprès des employés et 46% auprès des ouvriers. Selon le dernier sondage CSA, il recueille face à Strauss Kahn 52% chez les employés et 48% chez les ouvriers.

Le divorce tant redouté avec les classes populaires n’est pas encore total. Mais le Président a dorénavant une obligation de résultats dans un domaine bien précis : l’emploi. Selon les dernières statistiques, la décrue du chômage ne pourra pas s’effectuer avant 2011. Alors, face à l’impatience grandissante, seule la démonstration d’une mobilisation générale, packagée, conçue avec des offres simples et cohérentes, pourrait éviter une désertion totale des classes populaires, sans qui Sarkozy ne peut pas gagner. Mais, au-delà des classes populaires, c’est plus globalement la stratégie d’union de la droite qui est montrée du doigt.

Sarkozy perd t-il sa droite ?

Cotes de popularité, intentions de vote et élections intermédiaires permettent d’aboutir au même constat : Nicolas Sarkozy, malgré les déboires de l’année 2009, et en dépit de la crise économique, dispose d’un seuil inaltérable de 30% de supporteurs. Le portrait robot du futur électeur sarkozyste c’est un sympathisant de droite, de plus de 50 ans, qui a voté pour Sarkozy en 2007. Les professions libérales et commerçants sont sur-représentés. Ce qui plait avant tout à ces cibles : le volontarisme du Président, ainsi que la « valeur travail » déclinée en 2007, et qui continue à imprégner les esprits. Mais si ce bloc semble solide, un trouble-fête nommé Villepin agite les commentateurs politiques et questionne la solidité de bloc Sarkozy. Ce dernier peut-il perdre sa droite ?

Villepin, une menace en trompe l’oeil

villepin_sarkozy 10 % pour Dominique de Villepin au premier tour de l’élection présidentielle. Le score parait énorme. Et les journalistes d’imaginer déjà un nouvel épisode des combats fratricides dont la droite a le secret depuis 20 ans.

Or, objectivement, la structuration du vote Villepin montre que sa popularité ne repose pas, pour le moment du moins, sur un socle solide. Melting-pot étrange d’anti-sarkozystes et de déçus de la politique, les électeurs de Villepin souffrent d’un manque d’homogénéité. Ainsi, 20 % des sympathisants d’extrême gauche se déclarent prêt à voter pour Villepin, de même que 17 % des électeurs sans préférence partisane, connus pour être plus abstentionnistes que la moyenne. Les soutiens actuels de l’ancien Premier ministre sont donc pour le moins fragiles.

En revanche Villepin ne jouit pas d’une popularité particulièrement élevée chez les sympathisants de droite : seuls 9% des électeurs ayant voté pour Sarkozy au premier tour souhaitent voter Villepin en 2012. Certainement pas assez pour casser la baraque, mais suffisant pour faire trébucher son pire ennemi…

Aujourd’hui, pour Villepin, le plus dur reste pourtant à venir. Le positionnement anti-sarkoziste risque de ne plus être suffisant pour fédérer une coalition hétéroclite. Et , selon toute probabilité, l’UMP va obliger Villepin à prendre position sur des sujets hautement clivants, comme les retraites ou la fiscalité, afin de faire exploser cette coalition ramasse-balai.

Nicolas a besoin d’amis

La droite reste donc unie, pour le moment. Une configuration nécessaire, mais pas suffisante pour gagner : car le président souffre cruellement de réserves pour transformer l’essai au second tour de la future élection présidentielle. Or, pour éviter le syndrome du Ghislain Lambert, Nicolas Sarkozy doit se faire des amis, et obtenir un meilleur report des voix en sa faveur. Quels sont les réserves potentielles ? Force est de constater que le Modem ne constitue plus objectivement une force du centre. Un objectif de 40 % environ de report de voix, – norme actuelle selon les différents sondages – semble déjà un objectif ambitieux.

L’autre force que la droite a le devoir d’attirer, sont les électeurs d’Europe Ecologie. Selon le dernier sondage CSA, en cas de duel Strauss-Kahn / Sarkozy au second tour, 75% des voix de la candidate écologique iraient au candidat de gauche. Un score compréhensible, tant le parti est historiquement structuré à gauche, mais un score fatal à la droite dans un contexte de forte poussée écologique. L’enjeu est donc de transformer la légitimité croissante de la droite sur les enjeux écologiques en force électorale. Quitte à créer un vrai courant écologique à droite.

Enfin, dans cette tentative de séduction à gauche, la question du futur Premier ministre se pose. Fillon est-il le meilleur casting pour porter cette reconquête ? Avec 39% de confiance selon le baromètre TNS Sofres du mois de février, contre 31% pour Nicolas Sarkozy, François Fillon confirme une nouvelle fois que sa cote est déconnectée de celle du Président. Au sein de l’électorat de droite plus particulièrement, François Fillon bénéficie d’une cote de popularité de 77% contre 71% pour le Président de la République. François Fillon plait à droite, et joue ainsi son maintien. Son profil attire aussi la sympathie de certains électeurs du centre, pas mécontents de tacler au passage Sarkozy par contraste. Mais, le profil gestionnaire et rassurant du Premier ministre, s’il constitue un contrepoint intéressant vis-à-vis de la tête de l’exécutif, est-il le plus à même de séduire l’électorat vert ?

Parmi les alternatives, émerge notamment Jean-Louis Borloo. Le ministre du Développement durable qui a su se créer une véritable légitimité sur ce sujet, présente un profil intéressant: il plait aux électeurs verts et dans une certaine mesure aux sympathisants PS. Selon un sondage CSA publié en décembre 2009 sur les futurs Premiers ministres, Borloo était plébiscité par 24 % des électeurs PS et 16% des électeurs verts. Sa nomination pourrait à la fois contrecarrer le positionnement progressiste de Dominique Strauss-Kahn et permettre un meilleur report des voix des électeurs verts.

 

Le choix du futur Premier ministre va être déterminant dans la perspective de 2012. Ce serale premier étage de la fusée avant le choix du thème de campagne. Après la cristallisation autour de la valeur travail en 2007, 2012 devra nécessairement attirer plus loin que la seule droite pour que Sarkozy puisse encore espérer gagner. D’archi favori, Sarkozy se mue malgré lui en challenger. Une situation inconfortable pour son entourage, mais qui correspond parfaitement au tempérament d’un Président jamais aussi pugnace que dans l’adversité.

 

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