Ségolène Royal dans l'opposition : quel bilan ?

Ségolène Royal dans l'opposition : quel bilan ?

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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L »encourageante jurisprudence Lionel Jospin

L »une des particularités de la vie politique française est qu »une défaite électorale peut paradoxalement se révéler riche de promesses pour l »avenir. La victoire de Valéry Giscard d »Estaing sur François Mitterrand en 1974 n »a pas empêché ce dernier de garder un leadership quasi-incontesté à gauche jusqu »à son élection en 1981. Contrairement aux Etats-Unis, une défaite électorale en France n »ôte pas forcément la légitimité du perdant dans son camp. Mieux : la défaite peut être un rebond. L »élection présidentielle de 1995 fait figure de cas d »école : elle a tout simplement permis la résurrection politique de Lionel Jospin. Il était au fond du gouffre en 1993, battu aux législatives, comme tant d »autres socialistes, et tenté de quitter la vie politique. Mais il s »est servi de sa candidature – malheureuse – à la magistrature suprême comme d »un tremplin pour prendre la tête du Parti Socialiste. Cela a permis à la gauche de connaître sept années où la guerre des « éléphants » a été mis entre parenthèses, Lionel Jospin s »étant imposé comme le leader respecté de la gauche.

 

De la même manière, Ségolène Royal a espéré que sa défaite ne soit qu »un début. Son discours le soir des résultats du second tour en a désarçonné plus d »un lorsqu »elle a évoqué « l »idéal qui nous a rassemblés, qui nous rassemble et qui va nous rassembler demain pour d »autres victoires ». C »est un peu comme si le fait d »être arrivée jusqu »au bout de la campagne constituait en soit déjà une victoire pour elle : elle devenait légitimement le leader de l »opposition.

 

D »un statut de leader au lendemain de l »élection…

 

Aussi, alors que les médias ont célébré le premier anniversaire de la présidence Sarkozy avec fracas, un autre bilan est passé plus discrètement : celui de Ségolène Royal. Suivant le parcours des principales personnalités étiquetées à gauche, l »Observatoire de l »opinion de LH2 a enregistré une nette évolution sur un an. Sur la question de savoir qui serait le meilleur leader de la gauche durant les années qui viennent, les sympathisants de gauche plébiscitaient Ségolène Royal à 29 % en juin 2007. Encore portée par le souffle de la campagne, elle se plaçait sensiblement devant ses concurrents socialistes, Dominique Strauss-Kahn rassemblant 20 % des citations et Bertrand Delanoë 6 %. Sur l »ensemble de la population, ceux privilégiant Ségolène Royal comme leader de la gauche étaient davantage les femmes, les 18-24 ans, les catégories modestes, et les proches du Parti Socialiste. A contrario, les personnes âgées et les catégories aisées constituaient le point faible dans l »opinion de la présidente de Région.

 

… vers une banalisation

 

Un an plus tard, la légitimité de Ségolène Royal à porter sur ses épaules l »opposition s »était fortement érodée : 21 % seulement des sympathisants de gauche estimaient en juin 2008 qu »elle était le meilleur leader de la gauche. Désormais, elle fait jeu égal avec Dominique Strauss-Kahn (21 %) tandis que Olivier Besancenot et Bertrand Delanoë ont réalisé des progressions remarquables dans l »opinion : 14 % pour le porte-parole de la LCR ( 4) et 13 % pour le maire de Paris ( 7). Si elle garde encore la confiance des jeunes, la baisse a été particulièrement importante auprès des ouvriers. Pire : elle l »a également été auprès des sympathisants socialistes (-10). Si l »opinion a largement contribué à la faire, elle pourrait désormais également la défaire.

 

Ainsi, un an plus tard, non seulement Dominique Strauss-Kahn n »a pas été oublié, mais en plus de nouveaux challengers ont émergé depuis. Ségolène Royal n »a donc pas réussi à capitaliser sur sa candidature comme l »avait si bien fait Lionel Jospin, en s »imposant comme l »incontournable leader de la gauche dès 1995. Il n »est donc pas évident du tout qu »elle prenne en mains les reines du Parti Socialiste ou qu »elle puisse se positionner en 2012 vers une seconde candidature.

 

L »absence de vague d »enthousiasme issue de l »élection

 

Comment analyser ce semi-échec post-électoral ? Celui-ci plonge ses racines dans les motivations même du vote pour Ségolène Royal. En effet, l »étude réalisée par LH2 le jour du second tour de l »élection nous apprend que le vote pour la candidate Ségolène Royal était bien davantage un vote de raison ou anti-Sarkozy qu »un vote enthousiaste. La comparaison des motivations ayant poussé au choix du candidat entre les deux challengers est sans appel : 51 % des électeurs de Ségolène Royal motivaient leur vote par son programme (contre 76 % pour Nicolas Sarkozy) et 24 % par sa personnalité (contre 52 % pour Nicolas Sarkozy). Par ailleurs, près d »un électeur sur deux (46 %) de Ségolène Royal motivait son vote par la volonté de faire barrage au candidat UMP. A côté de la ferveur pour le candidat UMP, l »enthousiasme pour la candidate du PS apparaissait un peu tiède.

 

Dès lors, la candidate Royal, si elle avait quand même rassemblé 17 millions d »électeurs sur son nom, n »avait en réalité pas su imposer des valeurs, des idées ou encore une personnalité suffisamment marquante à son électorat. Elle n »a donc pas réussi à s »imposer pour garder son statut de leader de l »opposition plus d »un an après les élections. C »est sans doute pour cette raison qu »elle développe en ce moment une rhétorique très vive contre la pouvoir en place, en faisant le pari que cette opposition radicale sera le meilleur moyen pour elle de rester au centre du jeu.

 

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