Sarkozy et l’opinion : un président assez banal ?

Sarkozy et l’opinion : un président assez banal ?

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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sarkozy2Au lendemain de sa victoire à l’élection présidentielle, le nouveau président Sarkozy semblait intouchable. Elu lors d’un scrutin qui avait, semblait-il, su réconcilier les Français avec la politique, avec des taux d’abstention jamais vu depuis au moins vingt ans ((Avec 83,8% et 84% de participation lors des deux tours de scrutin, l’élection présidentielle a connu le premier tour le plus mobilisateur depuis 1974 et le second tour le plus mobilisateur depuis 1988.)), le Président de la République s’offrait une popularité digne de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou en atteignant 69% de satisfaction dans la vague d’août 2007 du baromètre Ifop pour le Journal du Dimanche… ((Seuls le Général de Gaulle a d’ailleurs dépassé ce niveau-là, à 9 reprises, alors que le Président Pompidou a également atteint 69% de satisfaction en novembre 1970))

 

Un des présidents les plus appréciés avant d’être un des plus décevants

 

Depuis mai 2007 la cote de popularité du Président Sarkozy a fortement baissé, tombant même à 35% un an après son arrivée à l’Elysée. Les six premiers mois de l’année 2008 lui ont fait subir l’une des plus fortes chutes de popularité qu’ait connue l’histoire des sondages d’opinion. L’élan d’espoir indéniable suscité par l’élection présidentielle de 2007 est presque aussi vite retombé, le président Sarkozy ayant beaucoup déçu lors de ses premiers mois aux commandes de l’Etat.
Mais, s’il n’a pas été le président de la Vème République le plus populaire, il n’a pas non plus été le plus décevant : la popularité du président Chirac, lors de son premier mandat en 1995, avait connu une baisse plus spectaculaire et la part de jugements positifs enregistrés dans l’opinion était passée de 59% à 27% à l’occasion des six premiers mois de son mandat, avant qu’elle ne remonte légèrement pour être à 37% un an après son élection.
Aujourd’hui, la cote du président Sarkozy est légèrement remontée. Le baromètre Ifop pour le Journal du Dimanche lui accordait, en janvier 2009, 44% d’opinions positives, soit une baisse de 21 points depuis le début de son mandat. Si toutes les catégories de population ont revu leur jugement à la baisse depuis mai 2007, certaines expriment un mécontentement plus marqué :
– Les sympathisants du Front National (-57 points) sont certainement les plus déçus de la présidence Sarkozy. Ils étaient parmi les plus optimistes en juin 2007, ils sont aujourd’hui les plus circonspects.
– Les 50-64 ans viennent ensuite (-32 points), suivis par les employés (-26 points) et les ouvriers (-24 points).

 

N’est pas président du pouvoir d’achat qui veut

 

L’analyse de la dernière vague du Tableau de Bord Ifop Paris Match livre les principales raisons du rejet de Nicolas Sarkozy par ces populations. Les différentes catégories évoquées ci-dessus ont en effet un point commun, elles appartiennent à celles qui considèrent le plus le pouvoir d’achat comme le problème principal en France aujourd’hui : 56% des sympathisants FN l’affirment, tout comme 34% des 50-64 ans, 45% des employés et 34% des ouvriers (contre 30% de l’ensemble des Français). Qu’ils aient cru ou non à la promesse du candidat Sarkozy d’être le président du pouvoir d’achat, ils sont tombés de haut après les premiers mois du nouvel exécutif français.
La hausse du chômage des derniers mois pèse également beaucoup dans le bilan actuel du Président, puisque 45% des ouvriers en font le problème numéro un en France actuellement.

 

Face à la crise, un président actif mais impuissant

 

Si l’on excepte cette peur montante du chômage chez les ouvriers, la crise économique semble, de prime abord, plutôt avoir servi la popularité du président de la République. Depuis les plus bas situés entre avril et juin suivant les instituts, la mesure de l’Ifop a repris une partie du terrain perdu, notamment entre octobre et décembre. L’activité de Nicolas Sarkozy et sa volonté de faire avancer l’Union Européenne sur ce dossier lui ont permis de s’offrir une bouffée d’oxygène dans les sondages (+7 points entre septembre et novembre 2008 selon le baromètre Ifop-Journal du Dimanche).

Mais quelques mois après la déferlante qui a ravagé les marchés financiers, malgré cette dépense d’énergie qui semble reconnue par l’opinion, le gouvernement et le Président de la République n’ont pas véritablement convaincu les Français de leur capacité à faire évoluer la situation dans le bon sens. Comme le montre le sondage ViaVoice pour Libération sur la gestion de la crise, les mesures mises en œuvre sont toutes considérées comme inefficaces par les Français, que ce soit dans le soutien aux PME (37% seulement de jugements positifs), la facilitation des prêts bancaires (30%), la lutte contre le chômage (24%), la limitation des délocalisations (20%) et la baisse des prix à la consommation (20%). Ceci laisse à penser que les Français reconnaissent les efforts fournis par Nicolas Sarkozy, mais qu’ils doutent aujourd’hui de son efficacité, et donc de l’impact de ce qu’il fait sur le cours des événements. Ce n’est donc pas tant l’homme qui semble mal jugé sur cet épisode-ci, mais plutôt sa marge de manœuvre et d’action.

 

Sarkozy au pouvoir : pas bon, mais pas pire que l’opposition

 

Pourtant, malgré ces mauvais résultats, un constat n’a presque pas évolué depuis 2007 : l’opposition ne ferait pas mieux si elle était au pouvoir, comme l’affirment 67% des Français dans le Tableau de Bord Ifop Paris Match, ce que même la moitié des sympathisants PS et communistes reconnaissent (seuls respectivement 49% et 50% de ceux-ci jugent l’opposition capable de faire mieux que l’exécutif au pouvoir).

Si l’on pourrait croire vivre une situation nouvelle, un président ayant un rapport nouveau à l’opinion, le président Sarkozy ne s’est, à ce jour, pas distingué de ses prédécesseurs par sa cote de popularité. Pas plus populaire en son début de mandat que l’ont été De Gaulle ou Pompidou, pas plus décevant que Chirac, montrant, comme les anciens présidents, ses limites en termes d’action politique,  et c’est peut-être dans sa capacité à perdre la confiance des Français sans pour autant renforcer ses adversaires que Nicolas Sarkozy a trouvé son originalité.

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