Remaniement : tout bouger pour ne rien changer ?

Remaniement : tout bouger pour ne rien changer ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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le_nouveau_gouvernement_fillon_article_bigA peine les premiers ont-ils pris possession de ces lieux chargés d’histoire, que déjà Nicolas Sarkozy envisage d’enrichir le trombinoscope en nommant de nouveaux secrétaires d’Etat. Et les rumeurs d’enfler, les noms et attributions de circuler dans le landerneau politique. A croire que le Président affectionne particulièrement ces opérations de casting, censées assoir son autorité auprès d’une classe politique dissipée. Et les Français ? Que pensent-ils de ce jeu de chaise musicale ?

Remanier, une attente de la gauche, pas des sympathisants de droite

L’IFOP a interrogé mi-mars les Français. Des citoyens très fortement clivés sur la question : bien sûr les électeurs de gauche se sont prononcés en grande majorité pour un remaniement, moyen de signifier leur désapprobation envers la politique du gouvernement. En revanche, ce remaniement ne semblait pas répondre spécialement à une demande de l’électorat de droite. Ainsi,  seuls 18% des sympathisants de droite désiraient au mois de mars un changement au sein de l’exécutif. Partagés sur le bien fondé du remaniement, les Français n’ont-ils pas cependant été les têtes pensantes du nouveau casting ?

Les Français ont-ils fait le casting ?

Comme Délits d’Opinion l’a déjà souligné, la popularité sous l’ère Sarkozy semble payer tout autant que les résultats. Ainsi,  en étudiant la cote  des hommes politiques, on constate clairement une prime à la popularité, certains ministres ayant pu mettre en balance la forte estime de l’opinion à leur égard.

Deux exemples : Michèle Alliot-Marie a bénéficié d’une cote de popularité très élevée, 9ème personnage politique préféré des Français,  pour obtenir à la fois le Ministère de la Justice et le titre élogieux de Ministre d’Etat. L’ancienne présidente du RPR cumule les bons points : bonne image auprès des sympathisants  de droite, mais aussi respect gagné auprès des sympathisants de gauche, et enfin score honorable vis-à-vis des catégories populaires probablement sensibles à son action au sein du Ministère de l’Intérieur, ainsi que son style à la fois sobre et pédagogique.

De même Rama Yade, sur la corde raide selon certains commentateurs politiques, a pu s’appuyer sur son excellente image auprès des Français pour demeurer au Gouvernement malgré des rapports plus conflictuels avec le Président de la République. Reste pour elle à pérenniser cette popularité à un poste, le Secrétariat aux Sports, moins exposé.

A l’inverse certains politiques ont souffert d’un manque d’ancrage auprès de l’opinion publique. Christine Boutin, choisie au lendemain de la présidentielle dans un subtil jeu visant à  satisfaire la frange démocrate chrétienne, a dû quitter son maroquin, faute notamment d’avoir su créer un lien avec les Français,  43% d’entre eux  ayant une mauvaise opinion contre  38 % d’un avis inverse selon l’IFOP.

Enfin certains candidats à des postes ministériels ont pâti d’une image calamiteuse auprès de l’opinion . Ainsi, Claude Allègre, après des fuites savamment orchestrées qui l’installaient déjà à la Recherche, a subi un premier coup de boutoir avec les 16%  de la liste  Europe Ecologie aux européennes. Dans ce contexte, son arrivée  aurait eu un goût de provocation. Pour ne rien arranger,  l’ancien Ministre jouit d’une image très négative.  Interrogés en Juin  2009 par l’IFOP, les Français dans leur grande majorité, se déclaraient hostiles à l’arrivée de l’ancien ministre de Jospin au gouvernement, seuls 27% souhaitant son entrée au Gouvernement. Ainsi, les Français ont influencé le choix de N. Sarkozy. Mais ont-ils au moins applaudi le résultat final ?

Après le remaniement, des sondés attentistes

mitterrandEn réalité, les Français, interrogés juste après le remaniement par l’institut CSA, sont dans une position clairement attentiste. Seuls 30% d’entre eux se déclarent mécontents du choix effectué. Mais la méfiance est de mise. Ainsi, 32% des sondés ont préféré ne pas donner d’avis, préférant attendre quelques mois avant de juger sur pièces. En revanche, comme l’indique Jean-Daniel Lévy, directeur du pôle Politique et Opinion de CSA, les  sondés s’avèrent plus prolixes lorsque des personnalités leur sont soumises et jugent assez positivement la nomination  de Frédéric Mitterrand au Ministère de la Culture. Ce dernier bénéficie d’une assez bonne opinion de la part  des sympathisants de  gauche avec 69% d’avis positifs, et plus étonnamment de 82% d’avis positifs de la part des électeurs de droite, satisfecit qui peut se lire assez prosaïquement comme la reconnaissance implicite que Frédéric Mitterrand, comme il le dit lui-même, n’est décidément pas de gauche.

Une popularité de nouveau orientée à la baisse

Mais, avec un peu de recul et la parution des premiers baromètres de juillet, il semble que le remaniement n’a pas eu d’impact positif sur la cote de popularité du Président Sarkozy. Pire, selon TNS Sofres, après une hausse significative de sa cote au moins de juin, sorte de prime au vainqueur consécutive aux bons résultats de l’UMP aux élections européennes, le Président  chute avec 60% de défiance. Peut-être ce principe d’ouverture pas assez poussé ou déjà éculé pour convaincre à gauche, mais suffisamment frustrant pour s’attirer les foudres du bloc de droite où le Président perd 3 points,  montre-t-il ses limites.

Au final, alors que le gouvernement est encore censé s’élargir, c’est le bien-fondé de la démarche qui est en cause : à force de multiplier les remaniements filés, de suggérer de nouvelles nominations les premières à peine entérinées, le Président risque de casser le principal atout des remaniements : redonner une nouvelle virginité, un nouveau souffle à une majorité usée par deux années d’exercice.

 

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