Religions : qu’a fait la France de son baptême ?

Religions : qu’a fait la France de son baptême ?

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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Avec la disparition de Sœur Emmanuelle, l’Eglise a perdu la plus populaire des servantes de Dieu. Faisant suite à celles de l’Abbé Pierre et, plus récemment, de Monseigneur Lustiger, les catholiques perdent une nouvelle égérie, dont la sympathie dans l’opinion publique s’étendait bien au-delà des seuls croyants.

 

La paix religieuse obtenue par la laïcité

 

L’histoire de la « Fille aînée de l’Eglise » a été jalonnée par de violentes passions religieuses, entre croyants de confessions différentes d’abord, puis entre les catholiques et la République. Lorsqu’en 1905, l’Etat a souhaité divorcer de manière unilatérale, la France était un pays dont les profondeurs restaient très catholiques, où l’année restait rythmée par les rites de l’Eglise de Rome. La laïcité a apporté une certaine sérénité dans le débat en excluant les religions de la sphère publique.

 

Un essor du catholicisme au détriment de la laïcité ?

 

Un siècle plus tard, les questions liées à la laïcité ont ressurgi, principalement avec l’arrivée ou le renforcement de nouveaux cultes sur le sol français (juifs et surtout musulmans). L’Etat a dû répondre à cette équation délicate : comment permettre le libre exercice de la pratique religieuse sans que cela n’ait d’incidence sur la neutralité de l’Etat ?

De manière plus surprenante, le concept de laïcité semble depuis peu avoir évolué vers une plus grande souplesse. La présence du gouvernement à la messe papale sur l’esplanade des Invalides en septembre dernier a ainsi semé le trouble dans un paysage politique où les considérations religieuses n’y avaient auparavant pas leur place. Le discours de Nicolas Sarkozy expliquant que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé » contraste avec le refus catégorique de Jacques Chirac de reconnaître les origines chrétiennes de l’Europe dans le préambule du traité constitutionnel européen.

Beaucoup évoquent le retour du religieux en France, conformément à la prédiction qu’aurait fait André Malraux : « le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Le magazine L’Express ne résumait-il pas l’émergence de cette nouvelle lame de fond à sa une au printemps dernier : « Le grand retour des cathos » ?

 

Des catholiques pourtant moins nombreux…

 

Venant en contradiction avec un renouveau, la proportion de Français se déclarant catholiques continue de diminuer inexorablement : ils ne seraient plus qu’un sur deux alors qu’ils étaient largement majoritaires en 1994 (67 %). Dans un sondage CSA publié en janvier 2007, 51 % des interviewés répondaient ainsi à la question : « quelle est votre religion si vous en avez une ». Moins nombreuse, cette population est tout sauf uniforme, avec un large éventail quant à la pratique, la connaissance des dogmes ou la profondeur de la foi. On peut donc parler de « religion à la carte », où chaque croyant modèle à sa manière sa façon de vivre sa religion.

Ainsi, une faible minorité des catholiques se rend à la messe au moins une fois par mois (17 %). La prière est déjà plus répandue, même si elle reste elle aussi largement minoritaire (25 % des catholiques déclarent prier au moins une fois par mois).

Si les catholiques sont en revanche très nombreux à déclarer connaître par cœur les prières de base telles le « Notre Père » (88 %) ou le « Je vous salue Marie » (81%), ils ne sont plus qu’un sur deux à posséder une Bible chez eux et leur culture religieuse apparaît assez lacunaire, comme le démontre la faible notoriété de la Pentecôte. Seul un tiers des catholiques connaît le nom de la fête qui célèbre la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres, avant que ceux-ci partent délivrer la « Bonne Nouvelle » au monde.

 

… et nombreux à douter

 

Sur le terrain fondamental d’une religion, la foi, les résultats de l’étude démontrent que Mère Teresa ou Sœur Emmanuel étaient loin d’être seules à douter. Un catholique sur deux seulement déclare croire que Dieu existe. Les autres soutiennent, soit ne pas croire en son existence, soit ne pas savoir.

Pour autant, les catholiques restent majoritairement attachés à ce que leurs enfants reçoivent une éducation religieuse (65 %). En dépit d’une pratique et d’une connaissance de la religion très forte ou d’une foi variablement ancrée, la volonté de transmission de sa culture religieuse persiste.

 

Une influence du catholicisme dans la société jugée assez faible…

 

Au-delà des croyants ou de l’Eglise, la France – qui reste historiquement une terre chrétienne – n’apparaît plus comme un pays très influencé par le catholicisme. Selon une étude IFOP de septembre 2008, seuls 24 % de l’ensemble des Français pensent que le catholicisme est aujourd’hui influent dans la société française, constat partagé de manière homogène selon l’âge, le sexe ou l’appartenance sociale.
Une minorité (25 %) regrette cette situation, en souhaitant qu’il soit plus présent dans la société d’aujourd’hui. Cette opinion se retrouve beaucoup parmi les personnes âgées (45 % des 65 ans et plus). A l’inverse, les plus jeunes sont particulièrement peu nombreux à souhaiter que le catholicisme soit plus présent : 8 % seulement. Si le fossé générationnel est considérable, il est également sensible sur un plan socio-professionnel, avec des classes moyennes (8 %) qui paraissent être les plus hermétiques à vouloir que l’influence du catholicisme progresse. Une majorité de Français (52 %) souhaite qu’il reste présent tel qu’il l’est actuellement : ils se satisfont donc de la faiblesse catholique qu’ils constatent.
On notera également que les heures de gloire de l’anti-catholicisme appartiennent désormais au passé : seul un Français sur cinq souhaite que l’influence catholique soit moins présente. En réalité, face à l’affaiblissement de l’aura catholique, son opposition est emportée avec elle.

 

…même si son rôle est jugé positivement pour la famille et l’éducation, ainsi que sur la solidarité

Dans ce tableau assez noir pour les catholiques, les Français retiennent néanmoins des domaines précis pour lesquels ils estiment que le catholicisme pourrait jouer un rôle positif dans la société française actuelle. La famille et l’éducation (58 %), ainsi que la solidarité (56%) apparaissent comme les deux domaines sur lesquels la religion catholique pourrait apporter, selon les Français, une plus-value positive. Toutes les catégories de la population soulignent ces deux terrains, même si l’avancée dans l’âge fait privilégier la famille et l’éducation tandis que les jeunes optent davantage pour la solidarité. Ce dernier élément est particulièrement important à être souligné : les moins de 35 ans, soit les plus déchristianisés, sont néanmoins 60 % à penser que le catholicisme peut jouer un rôle positif pour la solidarité.

 

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