Rama Yade, diva de l’opinion publique… Pas encore de la politique

Rama Yade, diva de l’opinion publique… Pas encore de la politique

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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RamaLe 29 octobre dernier, dans le cadre du débat sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, les députés ont voté la suppression d’un avantage fiscal réservé aux sportifs professionnels. Si le consensus a été relativement large entre la majorité et l’opposition (91 députés ont approuvé le texte et 22 s’y sont opposés), les dissensions sont venues des rangs de l’UMP et plus exactement du Secrétariat d’Etat au Sport. Soutenu par Eric Woerth et Roselyne Bachelot,  la suppression de cet avantage fiscal a été, une fois n’est pas coutume, vivement critiqué par Rama Yade, défendant sur ce point les intérêts d’un sport français qui lutte, il est vrai, à armes (fiscales) inégales face aux autres pays européens.

Si cette incartade n’est pas la première de la jeune Secrétaire d’Etat, elle a suscité un véritable tollé dans son camp. Attaquée de toutes parts, Rama Yade a dû faire face à une nouvelle menace : pour la première fois l’opinion publique , par ailleurs son principal soutien, est en désaccord avec elle sur ce point, comme le souligne ce sondage confidentiel réalisé par Ipsos pour le SIG . Alors qu’elle truste les podiums de popularité des différents instituts, Délits d’Opinion revient sur la relation qui existe entre ce personnage atypique de la vie politique française et l’opinion publique.

Génération pressée

Rama Yade est le symbole de cette nouvelle génération qui ne veut plus attendre.  Son premier coup d’éclat a une date bien précise : le 14 janier 2007, durant le congrès d’investiture du candidat Sarkozy,  une jeune fille au discours bien trempé démontre que l’on peut être une jeune femme issue de la diversité et exprimer ses idées face à une assemblée plus âgée, masculine et bien pâle. Celle qui s’est initiée à la politique un jour de mars 2006, après avoir été séduite par le charisme d’un homme plus que par les idées d’un parti, gagne ce jour-là ses galons de  chouchou  du Président. Quelques mois plus tard, elle  devient Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme au sein du Ministère des Affaires Etrangères.

Symbole de l’ouverture, le « bon docteur Kouchner » était à l’époque, l’homme politique le plus apprécié des Français. Ainsi, lorsque mademoiselle Ramtoulaye Yade pose sur la photo officielle elle est encore une inconnue du grand public ; 51% des Français déclarent ne pas la connaître,  malgré une campagne où, avec Rachida Dati, elle fut pourtant très visible. Ainsi, la situation initiale et le rapport de force semblaient a priori très déséquilibrés.

Dès les premiers mois et son premier voyage officiel en Tunisie, ses déclarations et ses prises de positions détonent. Sa conception de la politique est fortement basée sur la communication et la force des mots comme l’aurait sans doute apprécié L. S. Senghor, président et poète sénégalais et dont le père de Rama Yade était le secrétaire particulier. Le mélange culturel et social (entre Dakar et les quartiers populaires de Colombes) a fait de la benjamine du gouvernement une communicante atypique qui a su imposer son style au sein d’une famille politique disciplinée et homogène.

S’opposer c’est exister

L’éclosion de Rama Yade s’est faite à l’automne 2007 quatre mois après sa prise de fonction. En octobre, elle bénéficiait d’une cote de popularité de 34%. Mais la majorité des Français, 48% , estime encore ne pas la connaître suffisamment pour formuler un jugement. Ses éclats médiatiques  vont lui donner de la visibilité :  alors que le scandale sur l’Arche de Zoé prenait de l’ampleur dans l’opinion publique, elle n’hésita pas à prendre la parole pour fustiger ces pratiques, rappelant que « l’Afrique à papa c’est fini« . Le symbole fut très fort. La conséquence de cette première sortie, soutenue par l’Elysée fut immédiate : elle gagna 12 points de popularité.

Non contente de ce premier succès dans l’opinion publique elle n’hésita pas à passer la vitesse supérieure en critiquant de manière virulente le dirigeant libyen M. Khadafi lors de sa visite en France, cette fois-ci en parfaite opposition avec le gouvernement. Consciente du bien-fondé de ses interventions en faveur des droits de l’homme, Rama Yade n’a pas freiné malgré le rappel à l’ordre du chef de l’Etat, consciente de l’impact de ses déclarations dans l’opinion. Au mois de février 2008 sa popularité atteignit la barre symbolique des 60% d’opinions favorables.

Ainsi, en moins d’un an, elle est devenue un des membres du gouvernement les plus populaires derrière Jean-Louis Borloo (69%) et surtout B. Kouchner, son ministre de tutelle (73%). Plus important, au mois de février 2008, seuls 19% des Français affirmaient ne pas connaître la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme ; le pari était déjà gagné et Rama Yade venait de naître politiquement.

2008, une certaine idée de la politique

Désormais légitime aux yeux de l’opinion publique, Rama Yade va dès lors faire l’expérience du poids que son nouveau statut politique lui confère. Poursuivant sur sa lancée, elle s’exprime maladroitement sur le conflit au Proche Orient, puis subit une lourde défaite lors des élections municipales de Colombes. Enfin, au cours du printemps 2008, elle exprime ses doutes quant à l’organisation des Jeux Olympiques en Chine alors que le peuple tibétain demeure menacé par son voisin chinois. Ces nouvelles déclarations clôturent la première année d’exercice de la benjamine du gouvernement et l’opinion témoignait à l’époque d’un soutien plus mesuré à son égard (55% d’opinions positives). Ce fut le premier coup de frein. Une baisse  mesurée néanmoins. En effet, au moment de  fêter sa première année au gouvernement, Rama Yade est une personnalité reconnue, appréciée pour son franc-parler  mais déjà on exige d’elle plus de maîtrise dans ses déclarations.

L’année 2008 se termina par un nouveau clash lorsque Rama Yade refusa ostensiblement la proposition du président au moment de la formation des listes pour le scrutin européen. Une nouvelle fois, cette prise de position valida sa stratégie et la positionna comme un élément  incontournable au sein du gouvernement. Après « l’offensive » de 2007, 2008 apparaît donc comme l’année de la consécration pour la Secrétaire d’Etat.  Malgré – ou grâce – à ses oppositions nombreuses avec Bernard Kouchner, elle poursuivit la construction d’une légitimité populaire. En décembre 2008, Rama Yade peut se féliciter de recueillir 66% d’opinions positives (+32 points sur un an), 3 points derrière Bernard Kouchner. Dans le détail, les Français saluent plus ses prises de positions sur les droits de l’homme (61% dont 70% de sympathisants PS) que sa maîtrise des dossiers (14%). Ce constat renforce le fait qu’elle existe avant tout pour ses choix et ses positions.

2009, la popularité et ses limites en politique

En 2009, Rama Yade a franchi une nouvelle étape et se pose aujourd’hui comme une rivale aux Kouchner et Borloo, habitués des premières places comme on a pu le voir dans notre article du mois d’avril dédié à l’étude de la popularité des personnalités politiques françaises. Au mois de mars, elle est devenue la personnalité politique la plus populaire aux yeux des Français, dépassant B. Kouchner de 4 points selon l’Ifop (le sondage Ipsos/Le Point confirmant la tendance) ; qui l’eut cru?

Cette popularité ascendante a pourtant eu des conséquences importantes sur sa carrière politique. Après avoir été priée de se présenter aux municipales en 2008, après avoir refusé de rejoindre le Parlement de Strasbourg, Rama Yade s’est vue contrainte d’enterrer le portefeuille des Droits de l’Homme et récupère celui des Sports. Flanquée d’une autre forte personnalité en la personne de Roselyne Bachelot, Rama Yade n’a pas mis longtemps à reprendre ses marques déclenchant au mois d’octobre une nouvelle polémique concernant les droits d’image des sportifs professionnels.

La popularité dont elle jouit est renforcée par le baromètre BVA qui indique qu’elle demeure la première personnalité dont les Français souhaiteraient qu’elle ait plus d’influence.

En jouant le rôle d’opposant de l’interne, Rama Yade ajoute à son charisme des soutiens venus de tous les bords politiques. Le Point souligne qu’elle demeure pour le 4e mois consécutifs la personnalité préférée des Français. Pourtant, on note que ses déclarations sur l’EPAD, sur les régionales (refus d’être candidate dans le Val d’Oise) et sur les droits à l’image des sportifs ont fortement impacté son image dans son propre camp (-14 points à 58% de bonnes opinions).

Dans la relation triangulaire qui existe entre Rama Yade, le gouvernement et l’opinion publique, cette-dernière semble encore et toujours soutenir la Secrétaire d’Etat. Pourtant, si le soutien populaire dont bénéficie Rama Yade semble indéfectible, ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir su l’utiliser pour agir politiquement. D’après eux, en deux ans, on ne compte plus ses prises de positions toujours sujettes à de nombreux commentaires mais on peine à se remémorer ce qu’elle a pu réaliser sur le terrain…

L’ascension fulgurante de Rama Yade rappelle que la politique n’attend pas les années mais qu’elle juge les actes. Celle qui était une brillante comète n’a pas encore trouvé son orbite et doit désormais démontrer qu’elle n’est pas une étoile filante mais bien l’étoile montante de la politique que les Français plébiscitent depuis plus de deux ans.

 

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