Quelle place et quel intérêt aujourd’hui pour la question environnementale ?

Quelle place et quel intérêt aujourd’hui pour la question environnementale ?

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Adeline Merceron

Directrice de clientèle au sein du département Opinion d'un institut de sondage

Biographie

Après un cursus universitaire en sociologie et une spécialisation à l'IEP de Grenoble dans les études d'opinion et de marché (PROGIS), Adeline Merceron travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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2007 a été une année faste pour la cause environnementale. On retiendra notamment le lancement du Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, la création d’un grand ministère spécifique dédié à l’environnement (le MEEDAT), la tenue du Grenelle, ou encore l’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’ancien candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis Al Gore pour avoir éveillé les consciences sur les risques que représentent les changements climatiques.
Aujourd’hui encore, alors que la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée vient d’adopter le projet de loi relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, le sujet est récurrent dans l’actualité.

Une thématique importante pour l’opinion tant au niveau national qu’européen

La dernière vague de l’Eurobaromètre Spécial consacrée aux « Attitudes des citoyens européens vis-à-vis de l’environnement » réalisée en novembre-décembre 2007 et publiée en mars 2008, révèle que les Européens, attachent une forte importance à la protection de l’environnement, la quasi-totalité des répondants (96%) jugeant en effet qu’il s’agit là d’un sujet important (dont 64% « très important »), proportion qui atteint 99% chez les Français (dont 79% « très important »). Avec un tel intérêt pour cette thématique, la France se positionne ainsi au sixième rang des nations sur les 27 consultées.

Outre cette importance accordée au sujet, 86% des Français (et également des européens) partagent l’idée que la protection de l’environnement est du ressort de l’individu là où il y a encore peu, seuls les industriels étaient montrés du doigt. Fait encourageant pour l’avenir, cette prise de conscience est également largement répandue chez les plus jeunes : 89% des 15 à 30 ans (interrogés par l’Ifop pour MSN en novembre 2007) adhérant à l’idée que « chacun par son comportement est responsable » en matière d’environnement.

Une mise en œuvre des actes éco-citoyens optimisable…

Malgré une telle prise de conscience, il n’en demeure pas moins que la concrétisation dans le quotidien n’est pas si simple à mettre en œuvre.
Avec une moyenne de 3,3 actions réalisées en faveur de l’environnement au cours du mois d’octobre 2007, les Français se révèlent être de bons élèves, la moyenne européenne étant de 2,6 !
D’une manière générale, parmi les gestes les plus courants, outre le tri des déchets qui constitue l’acte éco-citoyen le plus répandu, ce sont des gestes peu quantifiables qui sont les plus fréquents, telle que l’attention portée au gaspillage des ressources comme l’énergie et l’eau.

A l’inverse, l’achat de produits écologiques ou issus de l’économie locale est plus confidentiel. Ainsi, à peine plus du quart des jeunes âgés de 15 à 30 ans déclare avoir déjà acheté des produits issus de l’agriculture biologique (27%) ou du commerce équitable (26%). Les femmes également, traditionnellement en charge des achats de biens de consommation courante au sein du foyer ne semblent pas encore avoir acquis le réflexe d’une éco-consommation. Seules 45% d’entre elles, interrogées par TNS Sofres en janvier dernier déclarent acheter « régulièrement ou souvent » des produits fabriqués à partir de matière recyclée, proportion qui atteint 24% pour les produits biologiques.

… mais des obstacles qui seront difficiles à franchir

Dans le contexte économique actuel, la hausse du coût des matières première et la baisse du pouvoir d’achat constituent des obstacles non négligeables au développement de l’éco-consommation. Aussi, 48% des Français interrogés en avril, avançaient « l’idée que ces produits coûtent plus cher » comme principale raison au décalage observé entre le souhait des consommateurs d’acheter des produits respectueux de l’environnement et leurs achats au quotidien, loin devant la difficulté à changer leurs habitudes. Autrement dit, il y a fort à parier que dans les mois à venir, si ce n’est déjà le cas, l’intérêt pour la cause environnementale pâtisse de cette économie morose, les consommateurs se recentreront probablement en partie sur l’essentiel et se révèleront plus économes qu’écolos !

Enfin, et comme le révèle une étude réalisée pour Femme Actuelle, il y a des concessions qui semblent difficiles à envisager. Ainsi, à la question, « quelles sont les trois choses auxquelles vous ne renonceriez certainement pas, même si vous étiez certaine qu’elles ont un impact négatif sur l’environnement ? », trois quarts des Françaises interrogées citent l’utilisation de la machine à laver le linge loin devant l’utilisation de la voiture pour faire les courses (34%) et le bain (19%) !

C’est pourquoi, malgré une réelle et indiscutable conscience écologique affirmée et probablement sincère exprimée par les Français, il n’en reste pas moins, que le contexte économique et l’attirance pour des choix de vie disons « confortables » ou du moins « pratiques » n’aideront pas à devenir des éco-citoyens exemplaires !

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