Primaires UMP : où sont passés les souverainistes ?

Primaires UMP : où sont passés les souverainistes ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière au département Stratégies d’opinion d’un institut d’opinion. En 2007, il intègre le groupe de communication Ogilvy & Mather en tant que planneur stratégique. Il est depuis 2012 Directeur Conseil du cabinet de communication stratégique Taddeo. il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Cette tribune a été publiée sur le site internet du Figaro

 

C’est tout le paradoxe de cette primaire. Censée départager les différents courants qui composent la grande famille de droite et du centre, cette élection interne frappe par la gémellité de ses candidats.

Europhiles, biberonnés à la potion d’un libéralisme bon teint, les candidats putatifs ou déclarés varient seulement sur le remède qu’il faudrait administrer à la France.

 

Un casting qui révèle en creux la disparition de la droite dite souverainiste. Ce courant, porté notamment par un Philippe Seguin, a constitué le creuset du RPR d’hier, à la fois eurosceptique et profondément attaché à la place de l’Etat. Il n’a plus aujourd’hui d’héritier incontestable, même si un François Fillon avant sa mue libérale, ou un Xavier Bertrand aujourd’hui semblent s’en inspirer.

Pourtant, ces idées loin d’être mortes, rencontrent un vif écho. Elles reposent sur trois piliers :

 

Un Etat fort et stratège.

Non, les Français n’ont pas épousé la cause du libéralisme. La demande de libertés face aux dérives bureaucratiques, l’allergie fiscale face au trop plein d’impôt, ne signifient pas que les Français dans leur ensemble se soient convertis.

En réalité, face à une crise qui fragilise les parcours de vie, l’attachement à l’Etat demeure particulièrement fort. Ainsi, selon une enquête CSA, seule une minorité de Français (21%) souhaite limiter le rôle de l’Etat aux fonctions régaliennes et la lutte contre les inégalités. La majorité de nos concitoyens est en demande d’un Etat qui assure la protection sociale et oriente l’économie.

 

Au sein des électeurs de droite, la situation est plus contrastée, mais témoigne d’un courant étatiste très marqué.

Les analyses comparées de différentes études convergent : entre un quart et un tiers des sympathisants UMP croient d’abord aux vertus de l’Etat pour assurer l’avenir de la France. 26% des électeurs UMP (ipsos/cevipof) jugent notamment qu’il faudrait d’abord renforcer le rôle de l’Etat dans les secteurs porteurs ou stratégiques pour créer de la croissance. La proportion monte à 50% au sein des électeurs du MODEM, et 40% au sein des électeurs FN.

 

Cette aspiration repose sur un postulat : celui que l’intérêt économique particulier serait par nature contradictoire avec l’intérêt général. Pour une majorité de Français, l’Etat demeure le garant du bien commun. Un patrimoine national et des fleurons qu’il faut préserver via notamment un patriotisme économique aussi affirmé que défensif. C’est pourquoi, lorsque l’Etat empêche le rachat de DailyMotion par un groupe étranger, 60% des Français applaudissent.

 

Moins d’Europe.

L’Europe est la seconde pomme de discorde de la droite : face à des candidats qui jouent sur les termes, critiquent l’Europe mais refusent d’assumer une critique radicale,  les Français ont clairement basculé. Pour une majorité d’entre eux, l’Europe joue contre leurs intérêts. Incapacité à juguler les flux migratoires, source de destruction d’emplois, cheval de Troyes d’une économie libérale : l’Europe porte le chapeau du déclassement.

 

L’idée d’un retour en arrière n’est plus taboue pour les Français. Et encore moins à droite : 67% d’entre eux souhaitent renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à réduire ceux de l’Europe. Au cœur de cette idée ressurgit un thème esquissé pendant la campagne de 2012, celui de retrouver la maitrise de son destin, de conserver son identité, son modèle. Et ses services publics.

 

Des services publics qui protègent.

 

Ces derniers, malgré toutes leurs lacunes qui ne sont pas niées, sont constitutifs de la « société à la Française », filets de sécurité indispensables face aux accidents de la vie.

 

C’est ici que réside le malentendu avec la droite. Toutes les mesures hard qui sont concoctées actuellement par les candidats à la primaire- suppression du nombre de fonctionnaires, baisse drastique du poids des dépenses publiques…- laissent penser que la lecture comptable est le seul prisme de la droite pour repenser l’avenir du « modèle français ». Elaborées à la façon d’un cost killer, ces mesures ne peuvent que heurter une droite clivée sur le sujet, pour le plus grand bonheur d’un FN devenu le premier défenseur du pacte social. Un comble.

 

Toute la difficulté est donc de concilier un discours d’attachement puissant à ce modèle français, – modèle car il façonne profondément l’organisation de la société et les mentalités – tout en revendiquant une révolution radicale au nom de l’efficacité. Des réformes qui doivent bien-sûr aller au delà de la seule dénonciation des abus et dérives, lecture qui exonère bien facilement des efforts nécessaires.

 

Un Etat puissant et stratège, des services publics efficaces, une Europe aux prétentions moins hégémoniques : ce triptyque n’est pas la formule magique pour qui voudrait remporter la primaire à droite. Mais l’ingrédient nécessaire pour que la droite l’emporte en 2017. Qui parviendrait à préempter ce courant serait en réalité doublement gagnant : candidat d’une cause et non plus seulement d’une ambition, il deviendrait le premier chef de file d’un courant aujourd’hui sans porte-parole.

Et le dernier rempart face au FN.

 

 

 

 

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