Primaire socialiste vs American primaries

Primaire socialiste vs American primaries

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James Macmillan

Biographie

Après un cursus à l’école supérieure de commerce de Reims, puis à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), James Macmillan travaille dans le milieu du conseil en stratégie et marketing. Passionné par la géopolitique et les Relations Internationales, il décrypte pour Délits d’Opinions l’actualité internationale et la campagne présidentielle aux Etats-Unis

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Processus démocratique innovant pour les uns, évènement peu important au regard de la crise pour les autres, la primaire socialiste a marqué la vie politique française depuis le 28 juin dernier. Elle est grandement inspirée du modèle américain qui permet de sélectionner les candidats à la Maison Blanche depuis 1912. Il est intéressant d’analyser les deux types de campagnes pour imaginer ce que pourraient être les « primaires françaises » de 2017.

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La primaire, un processus de sélection populaire en France et aux Etats-Unis

La primaire socialiste est avant tout un processus innovant dans la mesure où elle cesse de faire de la sélection du candidat une affaire privée, une affaire de parti (ou de barons du parti) pour en faire une affaire nationale. Ce processus de sélection permet de choisir le candidat préféré de l’ensemble de la population et non uniquement le candidat favori du camp socialiste, il amène à choisir un candidat consensuel dans la mesure où il répond aux aspirations d’un parti socialiste élargi donc plus représentatif de la population française. Il permet également une prise en compte de la volonté des français les plus à même de se présenter au bureau de vote le jour de l’élection nationale. La primaire entre Hillary Clinton et Barack Obama en 2008 avait fait croître le nombre de femmes et de noirs qui étaient allés voter à la primaire. A l’élection présidentielle cette dynamique auprès des minorités ethniques s’était ressentie avec près de 25% des votants venant de minorités éthniques (dont la moitié de noirs), soit le double du vote des minorités ethniques en 1988 (12%).

Les différents courants de Gauche et parfois du Centre ont en effet choisi un candidat qui leur ressemble, et ce sont ceux qui se sont sentis le plus mobilisés par cette primaire qui sont allés voter. Ce processus est donc susceptible de créer une dynamique malgré les inimitiés qui peuvent naître de la rancœur d’une campagne. Certains avaient en effet craint que cela ne nuise au parti socialiste dans la course à la présidentielle. Pourtant, le modèle américain montre que cet exercice ne génère pas forcément des divisions. A titre d’exemple, la victoire surprise de Barack Obama sur Hillary Clinton en 2008 après plus d’un an de campagne aux primaires, avait fait redouter une division du parti (50% des électeurs démocrates avouaient craindre pour l’avenir du parti en avril 2008), et pourtant les électeurs de Mme Clinton se sont massivement ralliés à M. Obama dans un mouvement qualifié d’historique par John McCain (discours de défaite).

Le niveau de participation et l’intérêt suscité au niveau national sont également deux points marquants de cette élection : 2,8 millions d’électeurs sur la France et 5,9 millions de téléspectateurs pour le débat d’entre deux tours. Ces chiffres montrent l’engouement des français pour la primaire socialiste. Aux Etats-Unis, le processus de la primaire existe depuis 1912 avec un nombre d’électeurs parfois limité et pourtant le système est considéré comme fiable et efficace. Si la primaire démocrate de 2008 a réuni près de 40 millions d’électeurs, soit près d’un quart de l’électorat américain (record du nombre d’électeurs à une primaire), la primaire républicaine de de 1996 avait réuni 14 millions d’électeurs pour élire Bob Dole, soit 7% du corps électoral. Pour une première tentative, la participation des français à la primaire du parti socialiste rejoint donc en terme de volumétrie ce qui a pu être observé aux Etats-Unis.

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Les primaires prennent en compte les spécificités électorales des pays

Les comparaisons s’arrêtent là entre les deux processus électoraux. La primaire en France reste un exercice de démocratie participative qui permet de valider plus que de valoriser la volonté du peuple dans l’élection présidentielle.

L’élection à la primaire aux Etats-Unis s’organise selon le mode de scrutin de la présidentielle, c’est-à-dire Etat par Etat. Le vainqueur de la primaire dans un Etat remportant toutes les voix de cet Etat (ou une forte proportion des voix) selon un calcul relativement complexe. En 2008, Hillary Clinton avait emporté 220 000 voix de plus que Barack Obama dans la primaire démocrate mais, ayant moins de grands électeurs, elle avait perdu cette même primaire. Ce système autorise les candidats à faire campagne dans tous les Etats, chronologiquement et selon leur ordre de vote. Dans ce processus, deux dates sont particulièrement importantes : le vote en Iowa qui lance les primaires et qui permet aux candidats de se jauger (et parfois d’abandonner avant de dépenser trop d’argent) et le super Tuesday, premier mardi du mois de février, journée au cours de laquelle un grand nombre d’Etats votent simultanément, permettant souvent à un candidat de faire « le break » sur ses adversaires. Ce processus de vote est souvent long et peut durer jusqu’à un an et demi. Ce cas exceptionnel a eu lieu en 2008 entre Hillary Clinton et Barack Obama, Hillary Clinton n’abandonnant qu’en juin 2008, quand elle fut mathématiquement hors course.

En plus du financement de la campagne qui est assumé entièrement par le candidat à la primaire avec des levées de fonds, des stratégies doivent être mises en place Etat par Etat pour obtenir le nombre de grands électeurs suffisant pour gagner la primaire. Rudolph Guliani avait ainsi choisi en 2008 de miser sur trois grands Etats (New York, Floride et Californie), pensant que cela suffirait à emporter la primaire.

Aux Etats-Unis, la primaire c’est « chacun pour soi »

Par ailleurs les primaires aux Etats-Unis sont plus « libérales » qu’en France et moins dirigées par le parti. En France, le PS a fixé un programme cadre auquel il faut se tenir. Aux Etats-Unis, tous les coups sont permis pour observer scrupuleusement les valeurs des candidats, leurs projets et leur passé. Quand en France, on s’offusque de la « gauche molle » ou des petites phrases dites assassines, on ne mesure pas la classe d’écart avec nos voisins américains. Mitt Romney est ainsi accusé par un pasteur proche de Rick Perry (M. Jeffress) de ne pas être un bon Chrétien parce qu’il est Mormon. De même l’inscription écrite sur une pierre devant la maison de vacances de Rick Perry, « tête de nègre », est décortiquée par les différents candidats. De manière générale, l’ensemble du passé et des choix des candidats est soumis à de vraies investigations. Le choix de Mitt Romney d’installer dans son Etat, le Michigan, une forme de sécurité sociale obligatoire est ainsi méticuleusement analysé, tout comme le fait que Rick Perry soit gouverneur de l’Etat qui exécute le plus de condamnés à mort (Texas).

Ce caractère libéral donne à tous les candidats leur chance de gagner la présidentielle. En l’espace de deux mois, on a ainsi vu selon les instituts de sondage américain, trois candidats arriver en tête : Rick Perry, Mitt Romney et Herman Cain, pourtant, hormis pour Mitt Romney considéré de longue date comme un favori, rien ne laissait supposer que Herman Cain ou Rick Perry auraient une chance de l’emporter. Dans la primaire socialiste, avoir une réelle analyse de fonds du passé des candidats et de leurs convictions personnelles aura été plus difficile. Et, par conséquent, les candidats les moins puissants du parti socialiste ont eu plus de mal à se mettre en avant et n’ont pas pu critiquer François Hollande et Martine Aubry sur leurs actes politiques passés. Cette situation a donné un renversement de situation plus improbable, menant à la victoire de François Hollande. La seule candidate qui avait un passé politique récent connu des électeurs, Ségolène Royal, est celle qui a le plus souffert de cette possibilité d’examen de passé politique. Les français se souviennent de son rôle en 2007 quand elle a perdu la présidentielle, alors que peu de Français ont en mémoire le rôle de François Hollande ou de Martine Aubry dans la défaite du PS à la présidentielle et aux législatives de 2012.

Malgré un nombre de sondages sur la primaire bien plus impressionnant aux Etats-Unis qu’en France, le caractère libéral des candidats à la primaire, moins attachés au programme de leur parti, permet de faire émerger ceux qui ont le plus de talents.

Aux Etats Unis, ce système d’élection élimine naturellement les candidats les plus faibles ou au passé le plus trouble. Il amène également les différents candidats à se présenter sans faiblesses apparentes face à leurs adversaires. Imaginez l’impact sur les résultats de l’élection présidentielle des propos du pasteur Jeremiah Whrigt, s’ils étaient parus trois semaines avant le jour J, face à John McCain ?

La primaire socialiste est très certainement un progrès dans le paysage politique français, mais elle est surtout un processus en construction, bien moins violent – à l’heure actuelle – qu’aux Etats-Unis. La conséquence immédiate de cette primaire, pour François Hollande, est de le rendre plus facilement attaquable par l’UMP sur des éléments dont le public n’a probablement pas encore pris connaissance.

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