Primaire socialiste : le verdict des sondages sera-t-il confirmé dans les urnes ?

Primaire socialiste : le verdict des sondages sera-t-il confirmé dans les urnes ?

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Mathieu

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à l’IEP de Grenoble et un master en sociologie politique à Sciences Po Paris, Mathieu a travaillé dans un institut de sondages. Il est aujourd’hui chargé d’études au sein d’une administration publique.

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Au terme de la première campagne d’un parti politique français pour une élection primaire ouverte (hormis le scrutin d’Europe Écologie-Les Verts), il semble nécessaire de faire le point sur le pronostic fourni par les sondages.

Globalement, les indications fournies par la dernière vague d’intentions de vote des six instituts (Harris Interactive, OpinionWay, IPSOS, IFOP, CSA, BVA) qui ont sondés la primaire se situent à des niveaux proches. Cette concordance semble être le gage d’une certaine fiabilité, malgré des critiques méthodologiques très fortes portées contre les enquêtes par sondage, notamment du fait d’échantillons réduits.

François Hollande est plus que jamais le favori des sondages. Il n’a plus été dépassé par Martine Aubry depuis juillet (l’enquête OpinionWay des 4/5 juillet donnait Martine Aubry à 37% contre 35% au député de Corrèze) et se situe résolument au-dessus de la barre des 40%. De plus, l’écart entre les deux concurrents est désormais large : si l’on met en parallèle la dernière vague des six instituts en question, son avance se situe entre 7 points pour CSA et 25 points chez Ifop et OpinionWay.

La structure de son électorat potentiel semble devoir le favoriser, puisqu’il recrute ses soutiens chez les groupes les plus susceptibles de se rendre aux urnes dimanche : 50 ans et plus, retraités, sympathisants socialistes.

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Ainsi, François Hollande revient de loin, lui qui démarrait sa campagne avec des scores anémiques : testé face à Dominique Strauss-Kahn, il dépassait rarement les 10% jusqu’à la fin de l’année 2010 et atteignait ainsi 3% dans un sondage CSA de décembre 2010. Sa remontée s’est déroulée en deux phases : une première, fin 2010-début 2011, où il a bénéficié d’une couverture médiatique favorable, notamment axée sur son ancrage local pendant la campagne des cantonales puis sur son succès en Corrèze ; une seconde, en mai, avec un très large report des intentions de vote en faveur de Dominique Strauss-Kahn sur sa candidature. Ses chances d’être élu dès le premier tour restent toutefois faibles, même si plusieurs études le placent au seuil de la barre des 50%.

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Intentions de vote chez les sympathisants de gauche

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La situation de Martine Aubry semble très stable en cette fin de campagne. Elle se situe entre 24% et 30% des intentions de vote, avec des niveaux très légèrement inférieurs à la moyenne chez les personnes qui déclarent vouloir aller voter. Si la maire de Lille a su conserver depuis plus d’un an un socle élevé de soutiens (elle s’est rarement située sous la barre des 20%), elle n’a pas su profiter de sa position centrale au sein du Parti socialiste, à la croisée de l’aile gauche (Benoit Hamon, Henri Emmanuelli, Laurent Fabius), de ses alliés delanoistes du congrès de Reims et des strauss-kahniens qui la soutenaient en attendant l’entrée en campagne de leur favori. Si elle a pu bénéficier d’une visibilité médiatique élevée qui semble avoir eu un effet dans les sondages peu avant sa déclaration de candidature, il est rapidement apparu qu’elle perdait du terrain face à François Hollande dans les premières enquêtes publiées fin août. Cet ascendant s’est sensiblement accentué au fur et à mesure des rebondissements de l’affaire Strauss-Kahn et des débats télévisés.

Si Martine Aubry voit systématiquement son score reculer avec l’âge des répondants, elle bénéficie toutefois du soutien d’une partie de l’électorat traditionnellement participationniste qui pourrait lui permettre d’aborder le second tour en meilleure posture : les catégories socio-professionnelles supérieures, et notamment les professions intermédiaires.

Il est rapidement apparu que Ségolène Royal ne pourrait s’inviter dans le duel Hollande/Aubry qui se dessinait à la fin du printemps. L’ancienne candidate aux présidentielles de 2007, dont les soutiens se situent principalement parmi les jeunes et les catégories populaires, n’a en effet cessé de décliner dans les intentions de vote depuis le début de l’année. En fin de campagne, elle est même tombée dans certaines enquêtes sous la barre des 10%, et un des principaux enjeux de dimanche soir sera de savoir qui d’elle ou de Arnaud Montebourg atteindra la troisième place.

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Intentions de vote chez les sympathisants socialistes

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Le député de Saône-et-Loire est en effet la surprise de cette fin de campagne. Lui qui ne parvenait pas à émerger depuis son entrée en campagne fin 2010 semble avoir fortement bénéficié de son exposition médiatique lors des trois débats télévisés, qui lui ont permis de mieux faire connaître son discours marqué à gauche. Il dépasse désormais les 10% dans plusieurs sondages, et pourrait être le grand bénéficiaire de l’ouverture de cette primaire à l’ensemble de la gauche, lui qui réalise de très bons scores parmi les sympathisants de la gauche radicale.

Manuel Valls semble lui aussi avoir tiré profit des débats télévisés pour faire connaître son positionnement spécifique. Il se situe désormais entre 3% et 7% des intentions de vote, soit une légère progression en fin de parcours. On note toutefois qu’il est généralement un peu plus faible dans les intentions de vote portant sur les seules personnes déclarant vouloir participer au vote, ce qui pourrait peser sur son résultat final.

Quant à Jean-Michel Baylet, il ne semble jusqu’ici pas destiné à dépasser le niveau du radicalisme au sein de la gauche française, soit 1% des voix.

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Intentions de vote chez les personnes voulant aller voter

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Les instituts de sondages avaient dans l’ensemble assez bien prévu les résultats de la primaire socialiste fermée de 2006. Malgré les critiques qui leur sont apportées, il n’y a a priori pas de raisons pour que leurs intentions de vote finales soient moins fiables dans le cadre d’une primaire ouverte, mobilisant un corps électoral qui a toutes les chances d’être bien plus large. Reste que plusieurs surprises potentielles pourraient venir :

On ignore la taille de ce corps électoral. Il n’y a toutefois pas de raisons qui expliqueraient qu’une faible ou au contraire une forte participation changerait fondamentalement la donne, sauf à penser qu’elle serait uniquement le fait de certaines parties de l’électorat particulièrement favorables ou opposées à un candidat.

Certains suspectent que des électeurs de l’UMP pourraient se rendre en nombre afin de perturber le scrutin et d’aider à désigner un candidat que Nicolas Sarkozy pourrait facilement battre. Outre que ce choix du « moins bon candidat » est hautement subjectif et pourrait s’avérer contre-productif, l’exemple des primaires américaines nous montre que ce phénomène concerne en grande partie des individus dont la démarche est sincère (dans notre cas, des électeurs qui se diraient de droite mais souhaiteraient sanctionner la majorité sortante, par exemple) est qu’il est généralement assez marginal, même si le concept d’ « identification partisane » est beaucoup plus fort aux Etats-Unis qu’en France ((On peut consulter les sondages sortis des urnes pour les élections primaires de 2008 CNN Edison Media Research/Mitofsky International : http://edition.cnn.com/ELECTION/2008/primaries/results/state/)) .

Il reste toujours possible qu’un problème structurel affecte l’ensemble des instituts impliqués, soit qu’il concerne l’échantillon, soit qu’il ait pour cause les réponses des personnes interrogées. On peut par exemple imaginer que certaines parties de l’électorat qui se déplacera aux urnes dimanche soient sous-dimensionnées ou sur-dimensionnées dans les échantillons. C’est notamment possible en ce qui concerne la sympathie partisane : on ne peut qu’effectuer des conjectures à propos de la répartition finale entre électeurs socialistes, électeurs écologistes, électeurs de la gauche radicale et électeurs du centre et de la droite. Il est par ailleurs envisageable qu’une partie des répondants aux enquêtes d’opinions ne dévoilent systématiquement pas leur vrai choix aux enquêteurs, mais on voit mal lequel des candidats provoquerait un tel biais de désirabilité sociale, et surtout pourquoi.

Quels que soient les résultats de la primaire et leur adéquation avec les enquêtes pré-électorale, les sondeurs comme leurs critiques se satisferont probablement d’une prédiction proche des résultats finaux : les premiers mettront en avant la fiabilité de leur instrument, et les seconds y verront une nouvelle preuve de la naissance d’une « démocratie sondagière », où les chiffres fournis par les instituts seraient plus une prophétie auto-réalisatrice qu’un instrument scientifique.

 

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