Pour en finir avec le chômage : le revenu de base ?

Pour en finir avec le chômage : le revenu de base ?

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Marek Kubista

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de Sciences Po Paris et de George Washington University, Marek Kubista travaille aujourd’hui au sein du département Opinion d’un institut de sondage.

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Quels que soient les termes utilisés – revenu de base, revenu universel, revenu inconditionnel -, la question de la création d’une allocation versée à tous les citoyens a refait surface au cours des derniers mois en Europe et même Outre-Atlantique. Outre quelques initiatives à l’échelon local comme à Utrecht, des pays envisagent de franchir le pas à l’instar de la Finlande qui a décidé d’expérimenter le versement d’environ 800 euros d’ici 2017 à tout Finlandais, versement qui se substituerait aux aides sociales existantes. Parallèlement les Suisses devront se prononcer en juin prochain lors d’une votation sur le même sujet mais pour un montant nettement plus élevé (2 300 euros) et plus récemment le Premier ministre québécois a lancé le chantier d’un revenu minimum garanti pour tous.

Aussi étonnant en apparence que cela puisse paraître, le revenu de base a ses partisans à gauche comme à droite : si les libéraux y voient un moyen de simplifier le marché du travail et de parier sur la responsabilité individuelle, plus à gauche, verser un revenu à tous est perçu comme un moyen de réduire les inégalités sociales et de ne plus conditionner la subsistance matérielle des individus aux revenus du travail.

En France, de telles initiatives ont été portées par certains mouvements politiques comme Europe Ecologie-Les Verts ou Nouvelle Donne et même plus récemment par des responsables politiques des Républicains comme Frédéric Lefebvre. Début janvier, le Conseil national du numérique en a même fait une de ses 20 recommandations dans un rapport rendu au ministère du Travail sur les chamboulements du monde du travail causés par la révolution numérique.

Si l’opinion publique française sur ce sujet est naturellement faiblement structurée du fait de l’absence de véritable débat sur le sujet, on peut néanmoins s’interroger sur le fait de savoir si les Français seraient a priori favorables ou opposés à une telle mesure dans un contexte de forte sensibilité sur tout sujet ayant trait aux aides sociales.

Des sondages contradictoires ?

Signe de cette opinion peu structurée, deux sondages publiés à presque un an d’écart donnent des résultats très différents. En avril 2015, « la mise en place d’un revenu de base garanti à tous » recueillait l’approbation d’une majorité de Français (60%) selon un sondage Ifop pour l’Opinion, Itélé et Génération libre. Un an plus tard, en janvier dernier, un sondage OpinionWay pour Tilder et LCI indiquait qu’une proportion équivalente (65%) était opposée à la « création d’un revenu universel ». Comment expliquer ces différences ?

Un dispositif qui se heurte à un contexte de frustration à l’égard de l’Etat providence

D’un côté, cette opposition majoritaire mesurée par OpinionWay à « la création d’un revenu universel qui consisterait à verser à chaque Français, de sa naissance à sa mort, un revenu mensuel de 600 à 800 euros quelle que soit sa situation (quelle que soit son origine sociale, qu’il travaille ou pas, quel que soit son niveau de revenu etc…) » peut être lue comme une des manifestations d’une certaine frustration des Français à l’égard de l’Etat providence. En effet, s’ils demeurent particulièrement sensibles à la question des inégalités et à leurs corrections (72% font le constat d’une société pas assez égalitaire selon un sondage CSA de novembre 2015), nombreux sont également ceux qui ont le sentiment que les largesses de l’Etat providence bénéficient uniquement aux autres. De cette frustration naît une demande de moins d’aides sociales (53% estiment qu’il y a trop d’aides sociales en France) et surtout de davantage de conditionnalité des aides (62% étaient par exemple favorables fin 2014 à une dégressivité des prestations chômage selon un sondage CSA), les chômeurs étant par exemple soupçonnés par une majorité de Français de ne pas tout faire pour trouver du travail (58%). Et c’est donc probablement là que réside une des motivations de refus du revenu de base, l’absence de conditionnalité figurant justement au cœur du principe du revenu de base, qui est versé à tous, quelle que soit la situation.

Des pistes de compromis ?

D’un autre côté, en avril 2015, les Français étaient ouverts à « la mise en place d’un revenu de base garanti à tous qui se substituerait à la plupart des allocations existantes ». En réalité, ces différences entre les deux sondages ne constituent probablement pas une évolution de l’opinion sur le sujet mais une perception différente en fonction des conditions de mise en place du revenu de base. Si d’un côté les Français semblent refuser l’éventualité d’un versement sans conditions qui a priori s’ajouterait aux autres prestations sociales, ils s’avèrent en revanche disposés à envisager la transformation de ces aides sociales en un versement unique et universel comme le suggère l’hypothèse de l’Ifop, à condition toutefois qu’il ne constitue pas une dépense supplémentaire pour l’Etat. Seule interrogation toutefois, le montant de ce revenu dans ce deuxième sondage n’est pas évoqué et pourrait là aussi constituer un frein à l’adhésion au revenu de base.

Alors que l’expérimentation d’un revenu de base n’en est qu’à ses balbutiements, il est intéressant de noter que l’opinion des Français sur le sujet n’est pas structurée, dans un sens comme dans l’autre, et peut évoluer au gré des modalités d’application proposées. Force est de constater que l’idée même d’un revenu de base peut susciter l’adhésion mais doit nécessairement ne pas représenter un coût supplémentaire pour les finances de l’Etat. Resterait néanmoins à connaître l’impact du montant du revenu sur l’adhésion à la mesure et si cette dernière évolue en fonction du premier : les Français seraient-ils ainsi disposés à l’instauration d’un véritable revenu pour assurer les conditions de subsistance matérielle de tous ce qui impliquerait une réflexion inédite sur le rapport même entretenu avec le travail ou alors préféreraient-ils la mise en place d’une sorte de RSA bis qui assurerait seulement un minimum pour limiter l’extrême pauvreté ?

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