Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (2/2)

Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (2/2)

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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Ça y est ! C’est donc officiel : Donald Trump est officiellement élu Président des Etats-Unis par le collège électoral des grands électeurs. Suite à sa victoire en novembre dernier, Délits d’Opinion avait publié une première analyse reprenant la plupart des clichés et fausses idées reprises généralement dans les médias au sujet de son élection (http://delitsdopinion.com/1analyses/pour-en-finir-avec-la-victoire-de-donald-trump-12-21653/ ). Fin de cette analyse ce jour, qui doit permettre de clore le débat (et en ouvrir d’autres !).

Moins d’une victoire de Trump qu’une défaite de Clinton.

Plus généralement, l’ensemble des thèses consistant à inférer du profil-type de son électorat les raisons de la victoire de Donald Trump, constitue une erreur grossière de compréhension. En effet, l’analyse historique comparée est plus riche d’enseignements.

Premièrement, le taux de participation à cette élection fut faible. Selon les premiers chiffres de The United States Elections Project, il s’élève à 54,2 %, le moins bon depuis 2000. Cette éviction fut notamment expliquée par le très faible taux de popularité des deux candidats. Et parmi ce concours de désamour et d’électeurs « en moins », c’est bien Hillary Clinton la grande perdante avec 6,5 millions de voix en moins par rapport à Barack Obama en 2012. Donald Trump, de son côté, ne perd « que » 1,2 millions de voix par rapport à Mitt Romney la même année.

Ces chiffres sont d’autant plus impressionnants que le corps électoral a augmenté de 9,1 millions sur la même période.

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Les sondages se sont trompés 

=> Pourquoi c’est globalement faux

Sempiternelle homélie après une élection, celle-ci ne fait pas exception. Nous avions déjà constaté ce même discours lors du Brexit, alors même que les deux derniers sondages publiés avaient donné le résultat final et même l’écart exact du suffrage (http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/la-grande-bretagne-et-l-ue/brexit-le-out-en-tete-selon-deux-sondages-a-la-veille-du-referendum_1512431.html).

De la même façon, cette critique des sondages est globalement infondée. Tout d’abord parce que la plupart des études relayées et commentées dans les médias mettaient en avant des résultats globaux, sur l’ensemble du pays, alors que le mode de scrutin décris précédemment n’accorde aucune importance au nombre absolu de voix.

Quand bien même ces données devaient être prises en compte, plusieurs sondages réalisés la semaine précédente plaçaient le Républicain en tête (enquête de ABC News du 1er novembre lui accordant 1 point de plus). Ces publications avaient d’ailleurs provoqué une forte baisse des marchés financiers, réalisant soudain que la victoire finale de Donald Trump était possible.

Le mode de scrutin impose une analyse plus fine des sondages état par état, plus particulièrement des swing states :

  • La Floride : les deux derniers sondages publiés donnaient Trump gagnant avec 1 ou 2 points d’avance. La dernière semaine, la moyenne des sondages compilés par le site RealClearPolitics le donnait gagnant de 1 petit point
  • La Caroline du Nord : la même source donnait le Républicain gagnant avec une moyenne de 0,7 point sur les derniers sondages
  • L’Ohio : idem, avec cette fois un écart plus large (2,5 points)
  • Pennsylvanie : Idem, avec un écart de 1 point

Il n’y a en fait que dans l’Iowa que la candidate démocrate était donnée, jusqu’au bout, assez clairement vainqueur.

Ces conclusions hâtives sont généralement dues à deux phénomènes :

  • Une difficulté de la part des commentateurs à percevoir les enjeux clés d’une élection et du mode de scrutin, aboutissant à des interprétations erronées
  • Une incompréhension de ce que représente même un sondage : une cartographie, à un moment t d’un rapport de force au sein de l’opinion, qui porte une marge d’erreur et qui révèle surtout une dynamique sur une certaine période

Dans cette optique, extraire des sondages un mois avant une élection ne prenant en compte que des éléments au final assez anecdotiques par rapport aux résultats réels ou au mode scrutin, pour en inférer une « erreur » des sondages relève surtout d’une erreur de raisonnement.

Trump est un homme dangereux au programme dangereux

Il s’agit surtout ici d’un jugement de valeur. Le plus important relève de la capacité de l’homme à appliquer certaines de ses promesses et de ses marges de manœuvre politiques. En l’occurrence les premières sont peu probables, les secondes limitées.

Un pouvoir limité par la Constitution, le Civil Rights Act et par les institutions

Concernant deux de ses principales promesses de campagne, empêcher les musulmans d’entrer sur le territoire américain et rétablir le droit du sol, elles se fracassent manifestement sur la Constitution américaine.

Sur la première proposition, la constitution américaine garantit le droit à la liberté de religion et l’égalité de traitement devant la loi aux citoyens américains. Même si le Président contournait le 1er amendement en appliquant cette disposition aux non-citoyens américains, elle se ferait retoquer par le Congrès, ou la justice. Concernant la seconde, le 14ème amendement l’empêche formellement. Donald Trump devrait donc aller jusqu’au bout d’un long processus d’amendement de la constitution. En plus de deux siècles, seuls 27 amendements ont été ratifiés..

On peut généraliser ce raisonnement à plusieurs autres promesses : introduire la préférence nationale à l’embauche ou tuer les familles des terroristes …

En outre, le régime politique américain dispose de pouvoirs et de contre-pouvoirs (« check and balance ») qui rendent le Président beaucoup plus contrait que dans la Constitution française.

Ses décisions doivent être validées et budgétées par le Congrès. Or l’argument consistant à dire que la victoire des Républicains au Sénat va laisser à Donald Trump les mains libres est faux, puisque le passage d’un texte dans cette chambre implique le vote de 60 sénateurs (c’est-à-dire 60% du collège total), quand le parti n’en compte que 52. Il devra donc convaincre, a minima, 8 sénateurs non républicains pour faire passer ses textes. Et quand bien même, il déciderait de s’affranchir du Congrès et déciderait de gouverner par décrets, ceux-ci seraient soumis à la validation de la Cour Suprême.

Le tout dans un contexte où il est déjà minoritaire idéologiquement au sein de son propre parti et où il va devoir trouver, au sein de sa propre équipe, des accords entre :

  • Reince Priebus, républicain modéré, poussé par la fille de Donald, Ivanka
  • Mike Pence, futur vice-président, militant anti-avortement et hostile au mariage gay
  • Stephen Bannon, quant à lui proche des suprémacistes blancs.

Tout ce petit monde ayant à peu près autant de points en commun que Patrick Buisson, Pierre Giacometti et Henri Guaino à l’époque de Nicolas Sarkozy…

 

Conclusion : un homme pragmatique, plus qu’un idéologue

Si la victoire de Donald Trump n’avait finalement rien de si imprévisible, la part de subjectivité au crédit attribué à son élection, autant qu’à sa personne, ont globalement nuit à la qualité de l’analyse. Il était pourtant essentiel de faire la part entre le racolage d’ un homme lucide sur la nature des attentes de l’électorat américain et ses convictions propres. Quelles sont les convictions profondes de Donald Trump  ? Républicain une partie de sa vie, puis démocrate, puis plus rien avant de redevenir républicain en 2012, il a tout à la fois pourfendu les lobbies avant de s’y adonner totalement une fois élu…Lobbies ferroviaires, pro-sodas, banques d’affaires : tout le monde trouve une place au sein de son administration.

Il est en fait difficile de ne pas comprendre cette victoire et ses nombreux revirements si on ne garde pas à l’esprit que Donald Trump reste un homme d’affaires new-yorkais, pragmatique dont la carrière est jonchée de succès et qui a même su faire de ses échecs des victoires.

La plus grande reste cependant à écrire et les obstacles sont nombreux : sa verve, plus proche d’un mix entre Boris Johnson et Nicolas Sarkozy ne pourra pourtant pas toujours le sortir d’affaires…

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