Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (1/2)

Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (1/2)

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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« Séisme », « ondes de choc ».. depuis le 8 novembre, les unes se sont multipliées en même temps que les figures de style. On voit par la même fleurir les édito et analyses tentant d’expliquer la victoire « impossible à prédire ».

Nombre d’entre elles sont globalement erronées, parfois teintées de parti pris ou à tout le moins empreinte d’une méconnaissance forte tant des détails des résultats que du fonctionnement institutionnel américain.

Délits d’Opinion va tenter de rétablir certains faits et de dépasser certaines contre-vérités sur ces résultats et leurs conséquences.

Des élections présidentielles américaines mais une élection présidentielle française

Rappelons ici un point essentiel, parfois difficile à comprendre dans un pays baignant culturellement dans un suffrage universel direct. D’un point de vue politique, les Etats-Unis ne sont pas un pays unique mais une fédération d’Etats : l’élection présidentielle américaine ne propose ainsi pas au peuple d’élire un président mais un collège électoral, composé de grands électeurs de chaque Etat, amené à choisir le Président. La définition de ce collège électoral est régie par la Constitution. Chacun des cinquante États élit un nombre de grands électeurs égal au nombre de ses Représentants et Sénateurs soit un total de 538 (100 au titre du Sénat, 435 au titre de la Chambre des représentants, 3 pour le District fédéral de Columbia). Pour être élu Président des Etats-Unis, il faut donc obtenir le vote de 270 grands électeurs.

En outre, dans tous les États sauf deux, le Maine et le Nebraska, le mode de scrutin est régi par la logique du «winner takes all », principe qui attribue au candidat arrivé en tête la totalité des grands électeurs.

Ce rappel permet d’évacuer rapidement un poncif récurrent.

Trump a été mal élu car il a obtenu moins de voix que Hillary Clinton

=> Pourquoi c’est faux

Le candidat républicain a effectivement récolté moins de suffrages que sa rivale, un peu plus de 2 millions de votes de différence, mais pour la raison évoquée cet élément est hors sujet sur le résultat final. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela arrive dans l’Histoire des Etats-Unis, mais la 5ème. Le même débat avait surgi  lors de l’élection de Georges Bush en 2000,  puisqu’il qui avait obtenu 550 000 bulletins de moins que son adversaire Al Gore.

Il peut ainsi sembler étonnant de voir à chaque élection certains commentateurs redécouvrir les règles du scrutin, pourtant claires et connues : l’objectif pour un candidat investi n’est pas d’obtenir plus de voix de la part du peuple, mais plus de voix des grands électeurs. A ce titre, non seulement la victoire de Donald Trump ne peut être contestée mais elle est même assez large puisqu’il cumule 290 grands électeurs contre 232 à son adversaire démocrate

Trump gagnant dans tous les Etats clés

En outre, chaque parti dispose d’un socle d’Etats globalement acquis car marqué par une sociologie électorale relativement stable dans le temps. L’enjeu principal de l’élection consiste ainsi à remporte les Etats aux votes plus erratiques, qualifiés de «swing states ». 5 Etats étaient particulièrement décisifs : la Floride, l’Ohio, à la symbolique particulière puisque depuis 1964 et Lyndon Johnson, aucun candidat n’a remporté l’élection sans gagner dans cet Etat («As Ohio goes, so does the nation »), la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et l’Iowa.

Sur ces états clés, le constat est en fait très simple : Donald Trump les a tous remportés.

Sur la question du mode de scrutin, la question n’est en fait pas de savoir si un candidat est bien ou mal élu mais plutôt de la relative surreprésentation des Etats les moins peuplés. En effet, un Etat très peu peuplé est amené à disposer d’un ratio grands électeurs/nombre d’habitants plus important, ce qui introduit une forme de distorsion.

Si ces Etats sont ruraux, cela peut introduire un avantage aux Républicains, d’une manière relativement analogue mutatis mutandis à ce qu’on connaît en France avec la surreprésentation des zones rurales aux élections sénatoriales.

Trump a été élu par des classes populaires blanches et peu qualifiées

=> pourquoi c’est faux

510_trump_supporter_jpg_pagespeed_ce_22yzf_4mjfLes sondages sortis des urnes réalisées par l’institut Edison Research for National Election Pool sur un échantillon de  24 537 personnes, invalident largement cette assertion.

Plusieurs résultats paraissent d’ailleurs assez étonnants vu la nature de la campagne et des dérapages du milliardaire :

L’électorat de Donald Trump est au final fortement composé de femmes (42% de son électorat total) :

  • Les électeurs les plus diplômés ont massivement voté pour le Républicain : l’écart est ainsi quasiment inexistant par rapport à sa concurrente (49% pour Hillary / 46% pour Donald Trump). Parmi cette catégorie, une sous-catégorie d’électeurs blancs diplômés a même majoritairement voté pour lui (49% VS 45 pour Hillary)
  • Les hauts revenus ont, d’une très courte majorité, voté Trump (48% VS 46% des revenus > 250 K$), les classes moyennes encore plus (50% – 46%) quand les plus bas revenus ont, quant à eux, soutenu la candidate démocrate (53% VS 41%)
  • Les latinos ne l’ont pas fui : 29% d’entre eux leur ont accordé leur voix. Cet élément, clé, fut notamment absolument décisif en Floride, remporté à 100.000 bulletins prés et où la communauté hispanique représente un quart de la population.

De même, il a séduit 31% des électeurs naturalisés américains.

Cet élément s’explique notamment par une erreur d’analyse classique qui consiste à essentialiser le vote ethnique : on part d’une ethnie et on lui applique des perceptions homogènes, induisant des comportements électoraux uniques. Une analyse plus pertinente consisterait à prendre en compte les différences au sein de chaque ethnie (date d’arrivée dans le pays, trajectoire sociale, spatiale, lieu de résidence) afin d’aboutir à une cartographie du vote en fonction de données hétérogènes et de perceptions / attentes aboutissant à des comportements électoraux plus complexes que présumés.

Parmi ces motivations de vote, on pense notamment à la question du rapprochement entre les Etats-Unis et le régime castriste, entrepris par Barack Obama, auquel de nombreux Américains d’origine cubaine votant traditionnellement républicain sont hostiles et que Donald Trump a promis de remettre en question.

Au final, les votants des grandes villes ont désigné à 59 % Hillary Clinton et ceux des zones rurales à 62 % pour Donald Trump. Cette différence n’est pas sans rappeler la structuration géographique de l’électorat en France.

On voit donc que contrairement à ce qui a pu être répandu dans les médias depuis plusieurs semaines, l’électorat de Donald Trump n’est pas composé seulement d’ « un ramassis de non-diplômés blancs, pauvres, ignares et racistes » pour reprendre un article de Marianne et que son électorat traverse en réalité de nombreux pans de la société américaine…

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  1. Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (2/2) | Délits d'Opinion
    Pour en finir avec la victoire de Donald Trump (2/2) | Délits d'Opinion12-20-2016

    […] des clichés et fausses idées reprises généralement dans les médias au sujet de son élection (http://delitsdopinion.com/1analyses/pour-en-finir-avec-la-victoire-de-donald-trump-12-21653/ ). Fin de cette analyse ce jour, qui doit permettre de clore le débat (et en ouvrir d’autres […]

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