Peut-on plaire à tout le monde – ou à personne – en politique ?

Peut-on plaire à tout le monde – ou à personne – en politique ?

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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Le système politique français repose en grande partie sur la confrontation de formations se positionnant sur un axe Gauche-Droite. Certes, ces formations peinent aujourd’hui à recueillir des adhérents. De plus, le Front National vient bousculer cette lecture axée sur le bipartisme. Cependant, la Gauche et la Droite restent des repères dans le positionnement des individus. Si 30% des Français refusent aujourd’hui de se positionner sur cet axe, chiffre en constante augmentation, 28% se déclarent à Gauche, 28% à Droite et 14% au centre, selon un sondage CSA réalisé pour Atlantico en octobre dernier. Dans ce contexte, l’opinion émise à l’encontre des responsables politiques dépend-elle de manière systématique du positionnement partisan des individus ? En grande partie, à en croire le baromètre annuel des personnalités qui agacent les Français mené chaque année depuis 2010 par l’institut Harris Interactive pour VSD. Mais pas complètement, des figures politiques échappant pour partie à cette lecture partisane, soit parce qu’elles agacent tout le monde, y compris au sein de leur propre famille politique, soit parce qu’elles plaisent au contraire à tous, indépendamment de leur appartenance partisane. Si le degré d’agacement reste en grande partie lié à la proximité politique des répondants, il n’existe pas une logique unique et absolue, et les responsables politiques testés peuvent être répartis en 3 grandes catégories que l’on pourrait nommer : les « consensuels », les  « clivants » et les « irritants ».

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Les « consensuels », qui plaisent à tous ou presque

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Commençons par les personnalités qui ne suscitent pas de rejet, y compris dans le camp que l’on qualifierait pourtant d’adverse. Il s’agit de responsables politiques, qui, de manière plus ou moins marquée, revendiquent un positionnement en dehors, ou en tout cas, au-delà des partis et des oppositions idéologiques.

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Et la « palme » du consensus revient à Alain Juppé, qui n’a pas brigué la présidence de l’UMP pour espérer représenter la Droite à l’élection présidentielle de 2017. Dernier du classement des personnalités politiques qui agacent les Français avec un taux de 31% contre 52% en moyenne pour la vingtaine de responsables politiques testés. Certes il apparait un peu plus énervant aux yeux des sympathisants de Gauche (30%) qu’à ceux des sympathisants de Droite (19%), mais cela reste dans des proportions minoritaires. Néanmoins, parmi les sympathisants du Front National (49%) et ceux du Front de Gauche (53%), une personne sur deux se déclare irritée face à la personne d’Alain Juppé, les proches de ces formations aux extrémités du spectre politique étant d’ailleurs sans doute agacés par cette image de consensus que dégage l’ancien Premier ministre. Peut-être que les sympathisants du Front de Gauche gardent également à l’esprit le Premier ministre contre lequel ils avaient pu manifester en 1995. Les enquêtes d’opinion soulignent régulièrement cette spécificité attachée aujourd’hui à Alain Juppé. On se rappellera qu’avant même l’émission Des Paroles et des Actes, dans laquelle s’est récemment illustré le maire de Bordeaux, et encore plus après, une large majorité des répondants, y compris des sympathisants de Gauche, trouvaient des qualités à Alain Juppé. Et que dans les baromètres de cotes de popularité ou de confiance, Alain Juppé recueille régulièrement des scores « positifs » auprès des sympathisants de Gauche, quand bien même il est de notoriété publique qu’il brigue la candidature de droite à l’élection présidentielle de 2017. Ainsi, 54% des sympathisants du Parti Socialiste et plus largement 44% des sympathisants de Gauche déclarent lui attribuer leur confiance dans le dernière baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion. L’ancien Premier ministre de 1995, impopulaire et jugé rigide, suscite aujourd’hui de la sympathie, en grande partie reposant sur une image apaisée et de rassemblement, qui contraste avec l’image d’autres figures de la Droite, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy.

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Autre personnalité, autre profil : Emmanuel Macron. Si Alain Juppé est présent dans la vie politique depuis de nombreuses années, relevons la présence également dans cette catégorie d’un « nouveau venu » en politique, le Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. Cette personnalité, qui ne vient pas du sérail politique classique, passé par une banque d’affaires, et qui revendique un positionnement pragmatique, suscite des taux d’agacement assez similaires à Gauche (27%) et à Droite (29%). Là encore, on constate que ce sont les sympathisants du FN (47%) et du Front de Gauche (57%) qui rejettent le plus cette personnalité non partisane. Même constat dans les baromètres de confiance, bien que l’on constate dans les dernières vagues une baisse de la confiance accordée à Emmanuel Macron par les sympathisants de Droite, l’exercice réel du pouvoir pouvant avoir tendance à émousser le consensus. Relevons toutefois que selon un récent sondage Odoxa pour «Les Echos» et Radio classique, le projet de loi du ministre de l’Economie est soutenu par une très large majorité de Français, aussi bien, voire plus de Droite que de Gauche. Ainsi, 61% des sympathisants de Droite déclarent qu’ils voteraient ce texte, contre 55% des sympathisants de Gauche. Selon le même institut, 60% des sympathisants de Gauche ont une bonne opinion du Ministre, tout comme 49% des sympathisants de Droite. Relevons qu’alors qu’il occupait la même fonction, Arnaud Montebourg n’a, lui, jamais convaincu plus de 17% des sympathisants UMP selon le baromètre de confiance Harris Interactive/Délits d’Opinion.

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Les « clivants », qui fédèrent leur famille politique mais agacent le camp adversaire

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Dans cette catégorie, on trouve les personnalités qui plaisent au sein de leur propre famille politique, plus ou moins restreinte, et qui déplaisent aux autres. C’est celle qui regroupe le plus de responsables politiques, signe que le système partisan conserve sans doute de beaux jours devant lui. On notera notamment la présence de la Ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem. Celle qui a porté les « ABCD de l’égalité » ne suscite que très peu l’agacement à Gauche (15%) mais irrite à Droite (59%) et davantage encore à l’Extrême-Droite (68%). On pourrait lui associer la Ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, qui, il y a quelques années encore, aurait probablement appartenu à la dernière catégorie, celle des « irritants ». Certes, elle recueille un taux plus élevé d’agacement à Gauche que sa collègue du Gouvernement (34%), mais celui-ci est en baisse notable (-17 points en 5 ans) et demeure très largement inférieur à celui dont elle jouit à Droite (70%).

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Cette catégorie accueille aussi la Présidente du Front National et le leader du Parti de Gauche : Marine Le Pen n’agace pas du tout parmi les sympathisants de son parti (8%), tout comme Jean-Luc Mélenchon ne provoque pas cette émotion négative parmi les sympathisants du Front de Gauche (9%). En revanche, une majorité des sympathisants de Gauche (respectivement 88% et 52%) comme de Droite (respectivement 59% et 71%) indiquent être agacés par ces deux tribuns. Même cas de figure, mais de manière moins symptomatique, pour les représentants d’EELV, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, qui défendent une écologie qui a aujourd’hui largement infusé les autres formations politiques.

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Surtout, cette catégorie abrite l’actuel et l’ancien Présidents. Ainsi, s’il figurent dans le haut du classement général, François Hollande et Nicolas Sarkozy conservent une forme de soutien de la part des sympathisants de leur parti, « seuls » 20% des sympathisants PS jugeant agaçant François Hollande, et la même proportion des sympathisants UMP attribuant ce défaut à Nicolas Sarkozy. En revanche, tous deux agacent l’opposition : 83% des sympathisants de Droite sont irrités par le Président en fonction ; 93% des sympathisants de Gauche ont une réaction agacée face à Nicolas Sarkozy. Et plus encore, tous deux déclenchent une forme d’animosité dans leur famille politique au sens large : François Hollande agace au sein d’Europe Ecologie – Les Verts (39%) et surtout du Front de Gauche (51%), quand Nicolas Sarkozy inspire le même sentiment aux sympathisants de l’UDI (67%) et du MoDem (84%), de même qu’au Front National (58%).

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Les « irritants », qui agacent même leur propre camp

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Enfin penchons-nous sur certaines personnalités, plus atypiques, qui suscitent l’agacement au sein même de leur propre famille politique. Et ce pour des raisons qui, au-delà des traits de caractère, peuvent se résumer à deux grands types d’explications : le fait d’avoir donné le sentiment de « trahir » ou d’affaiblir l’unité de sa famille politique ou le fait d’être empêtrés dans des affaires.

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Dans le premier cas, on trouve par exemple Arnaud Montebourg. Qui agace à Droite (64%) mais aussi assez largement à Gauche (45%, +14 points par rapport à 2011), et plus particulièrement au sein du PS (51%, +20 points). On peut également insérer dans cette catégorie Rachida Dati, qui s’oppose régulièrement au reste de l’UMP parisienne et qui entretient des relations conflictuelles avec la nouvelle direction de cette formation politique, ce qui peut contribuer à expliquer l’agacement des sympathisants de Droite à son endroit (40%). Les deux anciens opposants pour la présidence de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon, peuvent également être considérés comme étant dans un cas de figure similaire. Jean-François Copé apparait dès lors comme la personnalité politique la plus agaçante, avec un taux à 64% à Droite pour 87% à Gauche. Dans une moindre mesure, l’ancien Premier ministre François Fillon se voit attribuer un taux d’agacement non négligeable à Droite (40%), certes moins élevé que celui de son ancien rival pour la présidence de l’UMP mais presque aussi important qu’à Gauche (46%).

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Dans le second cas, notamment à Droite, s’illustrent Patrick Balkany et Serge Dassault. Le premier agace 58% des sympathisants de Droite et même 49% des sympathisants UMP. Le second recueille auprès de ces mêmes catégories des scores de 42% et 30%, certes largement inférieurs à ceux de Gauche, mais néanmoins significatifs. A Gauche, on peut citer Thomas Thévenoud, l’éphémère secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur et du Développement du tourisme, et actuel député de Saône-et-Loire, désormais connu pour sa « phobie administrative », qui agace presque autant à Gauche (50%) qu’à Droite (55%).

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On le voit, les lignes de partage politique infusent sans surprise le regard porté sur les responsables politiques. Néanmoins, certaines personnalités échappent, pour le meilleur ou pour le pire, à ce « déterminisme ». Reste que les responsables politiques semblent courir davantage « le risque » d’irriter tout le monde plutôt que personne. Quand le fait d’être consensuel ne garantit pas, loin de là, de réussir sa carrière politique. Stratégie de différenciation, voire de dissension, ou diplomatie de l’union, deux directions entre lesquelles oscillent parfois nos dirigeants, au gré de leur « carrière ».

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