Paris : les déclassés vont-ils faire payer la gauche ?

Paris : les déclassés vont-ils faire payer la gauche ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière au département Stratégies d’opinion d’un institut d’opinion. En 2007, il intègre le groupe de communication Ogilvy & Mather en tant que planneur stratégique. Il est depuis 2012 Directeur Conseil du cabinet de communication stratégique Taddeo. il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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La bataille est rude pour la droite et NKM.

Il y a bien sûr la difficile constitution des listes qui cristallise l’attention des médias. Mais au delà, il y a surtout ce combat contre le magistère de la gauche à Paris. Effet de la gentrification oblige, Paris bat désormais au rythme du PS. A la présidentielle de 2012, Hollande réalise 55% des voix. 5 ans plus tôt, Ségolène Royal obtenait presque 50% des suffrages, soit 3 points de plus qu’au niveau national. Mais si Paris paraît bien ancré à gauche, le chiffon rouge du déclassement agité par la droite semble résonner auprès de Parisiens qui doutent de pouvoir le rester encore longtemps.

Avec un revenu moyen de 2 835 euros nets par ménage, on aurait pu croire les Parisiens épargnés par le déclassement perçu : il n’en est rien. Ainsi, 55% d’entre eux ont le sentiment que l’on vit moins bien à Paris aujourd’hui qu’il y a 10 ans contre 16% déclarant le contraire. Le chiffre est de 42% parmi les électeurs de François Hollande au premier tour, 70% parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon.

En creux se dessine l’image d’une ville qui exclut. Selon la même enquête Opinion Way, 70% des Parisiens jugent que Paris devient une ville réservée aux catégories privilégiées.

Le coût des logements qui a triplé ces trente dernières années, le coût des transports, le coût de la vie tout court : tous ces paramètres renforcent le sentiment d’une ville idéale pour ceux qui en ont les moyens.

Dans ce contexte, pourquoi Paris ne bascule t-elle pas ? Pourquoi le bilan de la municipalité est-il jugé satisfaisant ?

Tout l’enjeu pour la candidate de droite est précisément dans cet interstice : changer le prisme de la campagne. Car, interrogés sur le bilan général, sur les initiatives comme Paris Plage ou Velib, les Parisiens jugent plutôt positivement la municipalité sortante. Comme si les difficultés de vivre à Paris étaient intériorisées, acceptées, et hors du champ de l’élection.

Un thème pourtant permet de changer de perspective : celui des impôts. Cette question des impôts constitue l’un des enjeux centraux pour les Parisiens. Elle émerge comme première priorité auprès des électeurs de François Bayrou, première priorité des électeurs de Nicolas Sarkozy et seconde priorité parmi les électeurs de François Hollande. Faire émerger la question des impôts, c’est aussi mettre en évidence la responsabilité active de la municipalité dans le renchérissement du coût de la vie. C’est cristalliser la menace de paupérisation, sujet aux causalités multiples, comme passif de la municipalité. C’est enfin mettre sur la table un thème, la gestion de la ville, sur lequel NKM est plus crédible que Anne Hidalgo selon l’enquête OpinionWay.

A cet enjeu des impôts se double celui de l’affectation des fonds récoltés : à quoi et à qui sert l’argent prélevé aux Parisiens ? Une interrogation en partie convergente avec les doutes des Parisiens. Ainsi, selon 75% d’entre eux, les modes d’attribution des logements sociaux et des crèches ne sont pas transparents.

Une municipalité qui augmente les impôts et des services qui ne bénéficient pas réellement à des Parisiens déjà frustrés par une dégradation de leurs conditions de vie : si ce diagnostic partagé par les Parisiens venait à se cristalliser comme filtre de l’élection, NKM pourrait créer la surprise, se présentant à front renversé comme la candidates des classes moyennes face à une gauche ayant trahi les siens.

Est-ce possible dans le temps imparti ? Selon les prévisions établies par le cahier de Délits d’Opinion, NKM doit obtenir 53% des suffrages, compte

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tenu des spécificités de ce scrutin par arrondissement. Un pari audacieux à la lecture des derniers sondages. Ces derniers, de l’aveu même des sondeurs, doivent cependant être nuancés par deux zones incertitudes :

Il y a d’abord le nombre important de sondés, environ 20% dans les enquêtes, n’exprimant pas de choix et témoignant que les Parisiens ne sont pas entrés de plein pied dans la campagne. Il y a ensuite l’extrême difficulté à évaluer précisément la mobilisation des électeurs de gauche, les sondés ayant en effet tendance à minorer leur possible abstention le jour du scrutin. La ligne de crête est étroite pour la droite qui veut mettre fin à 13 ans de règne socialiste à Paris. Il reste à NKM trois semaines pour convaincre.

Cet article a également été publié sur Atlantico.

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