Où doit s’arrêter la crise ?

Où doit s’arrêter la crise ?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Les instituts de sondages doivent souvent affronter les foudres de l’opinion lorsque les campagnes électorales battent leur plein : manipulations par-ci, commandes par là, mais une fois le scrutin achevé, les doutes semblent se dissiper et la vie politique reprend un cours plus calme.

Sonder n’est pas jouer

 

Le contexte d‘une crise économique, grave qui plus est, nous offre la possibilité d’analyser une autre facette des enquêtes d’opinions et de leurs publications. En effet, si l’annonce d’un nouveau sondage peut faire évoluer les intentions de vote pendant une « séquence temporelle » (les sondages réalisés au mois de février et mars 2007 montrant une montée en puissance du candidat Bayrou ont démontré cet élan multiplicateur créé par les enquêtes mais également par les médias qui s’étaient empressés de relayer sous forme de scoop les dernières tendances), qu’en est-il lors d’une crise économique globale, structurelle et totale ?

Mesurer l’inquiétude, la peur, l’angoisse et les craintes des Français en période de crise permet tout d’abord de délivrer une information quant à la psychologie des ménages, ce qui permet de mieux analyser leurs comportements de consommateurs. L’enquête de l’Ifop datée du 18-19 septembre interroge le regard des Français sur la crise financière, l’institut CSA insiste sur la relation entre la crise et l’épargne alors que BVA préfère s’intéresser aux réponses apportées par l’exécutif et le jugement des Français à son égard. L’information est certes multiforme, mais elle permet d’informer le grand public, les autorités politiques et d’exprimer un état de fait. L’automne 2008 restera pour longtemps (on peut l’espérer) la période la plus pessimiste qui ait existé (en septembre, 81% de la population était inquiète pour l’économie selon l’Ifop et l’indice Insee se situe à 70,5 points en Europe soit le record depuis un quart de siècle).

 

Apprendre à vivre avec la crise

 

L’ampleur de la crise qui affecte l’ensemble des individus requiert une mobilisation de tous les acteurs économiques. Si les Français restent partagés sur l’avenir de la crise (49% des personnes interrogés par BVA au mois de novembre 2008 estiment que la crise va s’atténuer !), ils se montrent plutôt pessimistes quant à l’avenir de leur situation personnelle : 63% estiment qu’elle va s’améliorer (chiffre en baisse significative depuis un mois). Les prévisions économiques pour 2009 témoignent chaque jour un peu plus des périls vers lesquels l’économie mondiale se dirige et il n’est aujourd’hui plus question de « déclinologues » ou de pessimisme mais d’un réalisme froid et dur. Il est admis aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence économique originale où les individus vont devoir vivre avec la crise comme ils vivent depuis 2001 avec le terrorisme. 

Parce que le désordre économique et financier ambiant n’est pas une simple passade, ni un dérapage facilement rattrapable, les entreprises et l’opinion doivent apprendre à vivre dans ce contexte et vont devoir adopter de nouveaux repères dans notre société. En décidant de créer « Momentum », l’institut TNS Sofres a voulu répondre à un besoin qui se faisait grandissant tout en reconnaissant par la même occasion le contexte de crise actuel comme une séquence originale. Le baromètre de la crise n’est pas une simple observation de l’opinion à un moment donné ; mais bien la mise en place d’un dispositif sur le long terme visant à décrypter, analyser et comprendre « les » crises. Cette nouveauté « sondagière » sera une formidable source d’informations mais également un levier particulièrement puissant pour les pouvoirs publics et les entreprises. Avec ce nouvel outil, le sentiment des Français sera mieux appréhendé ; au risque de fragiliser encore un peu plus le moral des ménages. 

 

Un contexte critique qui polarise sondeurs et sondés

 

Comme tout événement majeur, la crise est source d’inspiration. Du côté des sondeurs, on observe une tendance à « utiliser le filon » dans un sens ou dans l’autre. En effet, « La crise » (du nom du film de Coline Serreau) a donné lieu à deux types d’enquêtes symbolisées d’un côté par « Apocalypse Now » (TNS Sofres a publié un sondage intitulé Les Français et l’Apocalypse) et « A la recherche du bonheur » (CSA et Le Parisien publiant un sondage sur les Français et le bonheur). Si notre réalité se situe sans doute entre ces deux extrêmes, il est intéressant d’analyser les réponses mais également les questions de ces deux sondages. La première chose a indiquer est la corrélation évidente qui se fait jour entre un contexte de crise et le besoin d’interroger les Français sur leur avenir ; trouver le bonheur ou connaître la fin des temps.

L’enquête publiée par l’institut CSA démontre que la question du pouvoir d’achat est bien le point de bascule car plus de la moitié de l’échantillon (52%) affirme qu’il aurait besoin de plus d’argent pour être plus heureux. À l’inverse, la famille unie (13%), l’amour (11%) et les amis (7%) ne semblent pas manquer aux Français. Les résultats de cette enquête démontrent l’impact négatif de la crise qui a contribué a faire passer l’argent du stade de « préoccupation » à celui « d’obstacle au bonheur ».

Le sondage publié par TNS Sofres aborde la question des signes annonciateurs de l’Apocalypse et de la croyance des Français en cette « révélation ultime ». Si près d’un quart de l’échantillon affirme croire à la théorie de la « fin des temps » (22%), une très grande majorité déclare l’inverse (75%). Les réponses concernant les signes annonciateurs sont eux plus révélateurs de notre état d’esprit. En effet, la fin des temps sera climatique (réchauffement climatique : 55%) tandis que la crise économique (16%) n’est pas perçue comme un premier pas vers la fin des temps. La fin de l’histoire que F. Fukuyama avait prédit après la chute de l’URSS ne devrait donc pas se produire non plus en 2008 selon l’enquête TNS Sofres…Ouf serait-on tenté de dire.

 

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