Nicolas Sarkozy et Alain Juppé : comparaison de deux personnalités de droite à la structure politique différente

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé : comparaison de deux personnalités de droite à la structure politique différente

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Louise Bastien

Analyste Délits d’Opinion

Biographie

Diplômée du Master Progis de l’IEP de Grenoble, Louise Bastien dispose de plusieurs expériences dans les études d’opinion effectuées en instituts de sondages.

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Le 17 septembre dernier, Nicolas Sarkozy, jusqu’alors « retraité » de la vie politique, a annoncé son retour dans l’arène politique en se portant officiellement candidat à la présidence de l’UMP, le 29 novembre prochain, aux côtés des autres candidats déclarés Bruno Le Maire et Hervé Mariton. L’ancien Président n’a cependant pas livré d’informations sur ses intentions concernant l’élection présidentielle de 2017. Alain Juppé, actuellement membre du triumvirat de la présidence de l’UMP, joue quant à lui la carte des primaires, dont il est un des fervents défenseurs. Face à la montée du Front National, qui laisse envisager une présence de ce parti au second tour de la prochaine élection présidentielle, tous deux semblent vouloir proposer une ligne politique élargie. Mais ils ne disposent pas de la même assise dans les différentes composantes du corps électoral français.

Une popularité d’Alain Juppé en progression, qui devance celle de Nicolas Sarkozy

Alain Juppé est la personnalité politique qui dispose du soutien le plus large parmi l’ensemble des Français (50 %), devant François Bayrou (37 %), François Fillon (31 %) mais surtout Nicolas Sarkozy (31 %) qu’il devance de près de 20 points. Dans le même temps, la confiance des Français exprimée à l’égard d’Alain Juppé progresse de 3 points quand celle envers Nicolas Sarkozy enregistre un recul de 4 points par rapport au mois d’août. En annonçant la fin de sa retraite politique l’ancien Président de la République ne semble pas avoir provoqué un regain de confiance auprès des Français. Alain Juppé, à la différence de son concurrent, fait figure d’une personnalité qui, depuis la crise Fillon-Copé, a réussi à s’imposer comme le sage de sa famille politique, une attitude qui est profitable à son aura politique.

Plus précisément, Alain Juppé reçoit un soutien de la part des catégories supérieures : 57 %, pour 35 % de confiance parmi les catégories populaires (contre 33% et 28% respectivement pour Nicolas Sarkozy), mais aussi auprès des plus de 35 ans : 53 %, contre 40 % de confiance parmi les moins de 35 ans (versus 30% et 31% pour Nicolas Sarkozy).

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy peuvent se prévaloir d’une assise politique confortable parmi les sympathisants de droite, quoique légèrement à l’avantage d’Alain Juppé. Le maire de Bordeaux recueille, en effet, 75 % de confiance parmi les sympathisants de droite contre 72 % pour Nicolas Sarkozy. Toutefois, relevons que les deux protagonistes perdent un peu de terrain au sein même de la Droite (-2 points pour Nicolas Sarkozy, -6 points pour Alain Juppé par rapport à la vague d’août). De plus, cette confiance accordée aux deux hommes ne doit pas occulter la diversité de leurs familles politiques au sein de la Droite et de la Droite modérée.

Alain Juppé, le rassembleur – Nicolas Sarkozy, l’homme clivant de droite

De tradition gaulliste, l’ancien Premier ministre revendique une ligne politique capable de recueillir aussi bien le soutien de la droite, du centre, mais aussi d’une partie de la gauche. Cette stratégie politique est également partagée par Nicolas Sarkozy, mais la structure de sa popularité ne lui permet pas d’incarner cette famille transpartisane, à la différence d’Alain Juppé.

Alain Juppé possède un appui au centre contrairement à son adversaire Nicolas Sarkozy (80 % de confiance au sein des sympathisants du MoDem, contre 20 % pour Nicolas Sarkozy), mais également à gauche (37 % de soutien contre 5 % pour Nicolas Sarkozy). De plus, si cette force de séduction et d’attraction que suscite Alain Juppé au-delà des frontières de sa famille politique peut s’avérer être un atout pour le rassemblement, elle ne doit pas le placer dans l’ombre de son rival, Nicolas Sarkozy, à droite de l’échiquier politique.

Sans jamais évoquer le nom du parti d’origine dont il convoite la présidence, Nicolas Sarkozy a déclaré le 19 septembre dernier dans son message publié sur Facebook : « Je suis candidat à la présidence de ma famille politique ». L’ancien Président de la République indique avoir pour but de créer un « vaste rassemblement » au-delà des « clivages traditionnels ». Nicolas Sarkozy souhaite ainsi se positionner comme un recours au-dessus des partis, pourtant, le soutien de son parti d’origine lui est nécessaire. Nicolas Sarkozy puise en effet sa popularité dans un cercle restreint de l’arène politique : l’UMP. Personnalité la plus populaire au sein des sympathisants de ce parti, l’ex-chef de l’État devance Alain Juppé de 7 points (86 % contre 79 %). Nicolas Sarkozy, personnalité clivante au sein de la droite, concentre quasi exclusivement sa base de soutien au sein de ce camp. Cela fragilise, à l’heure actuelle, ses projets d’émancipation des logiques partisanes de la vie politique. D’abord, selon un sondage Odoxa pour le Parisien, 87 % des sympathisants de gauche considèrent que le retour de Nicolas Sarkozy est une mauvaise chose, contre 26 % à droite. Pour élargir son assise politique aux centristes, Nicolas Sarkozy est confronté à la contradiction entre ce souhait d’ouverture et la ligne droitière qu’il incarne chez les sympathisants UMP auprès desquels il doit veiller à ne pas créer des frustrations en raison d’un déplacement de sa ligne politique. D’après un sondage Ifop pour Valeurs Actuelles de juin dernier, 57 % des sympathisants de l’UMP déclarent ainsi souhaiter que Nicolas Sarkozy propose un programme « clairement » à droite quand 34 % se déclarent favorables à un programme de « droite modérée ». L’absence de position claire prise par l’ancien Président sur la question du mariage pour tous, lors de sa dernière allocution télévisée du 21 septembre, traduit cette difficulté pour l’ancien Chef de l’État à positionner son curseur politique dans le sens du rassemblement sans la perte du soutien de sa famille politique.

La visée stratégique de la grande famille politique

La stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé de construire une grande famille politique prend sens dans un contexte de percée du Front National qui laisse présager actuellement une présence du parti d’extrême-droite au soir du premier tour de la présidentielle de 2017. À travers ces stratégies de rassemblement au-delà de leur famille politique d’origine, les deux hommes cherchent à contrer un éparpillement des voix qui bénéficierait au Front National. Une autre logique consisterait, pour eux, à procéder, comme le candidat Sarkozy en 2007, à la captation d’une partie de l’électorat centriste. Aujourd’hui, leur positionnement à l’égard du Front National ne les distingue pas l’un de l’autre pour ses sympathisants (35% et 37% respectivement) faisant d’eux leurs 3ème et 4ème personnalités politiques préférées, très loin de Marine Le Pen (95%).

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé se placent tous deux sur un positionnement politique comparable : construire une famille politique dépassant les frontières partisanes traditionnelles. Malgré cette visée commune, les deux personnages se différencient par une structure politique différente : Alain Juppé est rassembleur à droite, au centre et dans une partie de la gauche quand Nicolas Sarkozy concentre son soutien dans une frange réduite qui est celle de l’UMP. Le premier est donc cohérent avec sa ligne politique présentée aux Français, le second ne parvient pas à présenter la figure d’un homme au-dessus des clivages partisans. Les objectifs à court terme auxquels tendent ces deux hommes politiques concourent à expliquer ce décalage : Alain Juppé briguant les primaires de l’UMP, Nicolas Sarkozy visant la présidence de ce parti.

Données issues du baromètre de confiance dans l’exécutif et les principales personnalités politiques d’Harris Interactive – Septembre 2014

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