Najat Vallaud-Belkacem : une Ministre au cœur d’une réforme républicaine

Najat Vallaud-Belkacem : une Ministre au cœur d’une réforme républicaine

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Louise Bastien

Analyste Délits d’Opinion

Biographie

Diplômée du Master Progis de l’IEP de Grenoble, Louise Bastien dispose de plusieurs expériences dans les études d’opinion effectuées en instituts de sondages.

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Après avoir été nommée porte-parole du gouvernement de Jean Marc Ayrault, Najat Vallaud-Belkacem est, depuis le gouvernement de Manuel Valls, à la tête du Ministère de l’Éducation Nationale. Depuis le mois de mai, le gouvernement est engagé dans une réforme qui place la Ministre de l’Éducation nationale au cœur des débats et des attentions publiques. Adoptée par le Conseil supérieur de l’éducation le 10 avril dernier, la réforme des collèges doit être mise en œuvre pour la prochaine rentrée scolaire.

La difficile réforme de l’école

La réforme menée par Najat Vallaud-Belkacem a pour conséquences de réduire considérablement l’enseignement du latin et du grec à l’école, de supprimer les classes bi-langues, d’instaurer l’enseignement d’une 2ème langue vivante dès la 5ème et d’inscrire les programmes d’histoire au cœur du grand « roman national ». Observons que les différents gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont chacun à leur tour connu une période de crispations politiques et sociales lorsque le débat était tourné vers l’éducation. Manuel Valls reconnaît qu’il est « difficile de réformer l’école parce qu’elle est au cœur de la construction républicaine ». En effet, l’histoire de l’école est étroitement liée à l’histoire de la République ; d’ailleurs, c’est bien la notion d’égalité  et plus précisément de l’égalité des chances que la Ministre entend mettre en avant pour défendre son projet et répondre à ses contempteurs qui se soulèvent de leur côté contre un égalitarisme qui se fait au détriment de l’élitisme. Cette inscription de l’école comme institution de la République participe donc à renforcer la ferveur des débats et critiques liés aux réformes qui sont engagées. La Ministre parle ainsi « d’un très beau combat qu’il fallait conduire ».

D’après un sondage Odoxa pour I>Télé, plus de six Français sur dix déclarent être contre la réforme du collège (61% dont 75% chez les sympathisants de droite et 37% chez ceux de gauche). Il faut ajouter qu’au-delà du contenu de la réforme, la façon dont cette dernière a été promulguée a donné l’impression d’un passage en force de la Loi parallèlement à la fronde des professeurs dans la rue. Ce type de promulgation législatif n’est pas sans rappeler le recours à l’article 49-3 opté par Manuel Valls lors du vote de la loi Macron en février dernier. À son arrivée au Ministère de l’Éducation nationale, en septembre dernier, plus d’un Français sur quatre indiquait soutenir l’action de la Ministre (36%). C’est une proportion qu’on retrouve aujourd’hui (34%). Néanmoins, il faut noter que les débats soulevés à l’aune de cette réforme notamment et ce depuis plus d’un mois ne jouent pas en faveur de Najat Vallaud-Belkacem puisque cette dernière a perdu près de 5 points d’opinions favorables depuis le mois de mars et 2 points depuis le mois d’avril.

Notons que l’impopularité de cette réforme du collège fait écho au temps des débats relatifs à la loi sur Mariage pour tous de Christiane Taubira : toutes deux, des réformes ambitieuses, portées par des femmes « fortes » du gouvernement, dont les débats ont fortement été teintés de revendications avec au cœur les valeurs républicaines. Aujourd’hui, les deux femmes se situent au même niveau de popularité : 34% en mai.

Une perte de popularité dans certaines catégories de la population

La popularité exprimée à l’égard de Najat Vallaud-Belkacem n’est pas fortement structurée en fonction du genre (34% d’opinions positives à la fois chez les hommes et les femmes), mais l’est beaucoup plus selon l’âge et la proximité politique.

L’analyse en fonction de l’âge met en évidence une double tendance. D’un côté, on observe une progression de la popularité chez les 18-24 ans avec une confiance de 49 % (plus 8 points par rapport à avril). Cette catégorie qui accorde le plus une opinion positive à l’égard de la Ministre de l’Éducation nationale est aussi celle qui est la plus indirectement concernée par la réforme (des jeunes en âge d’être en études supérieures). De l’autre côté, les catégories d’âge supérieur semblent plus sensibles aux effets de cette réforme : une baisse de confiance par rapport à avril chez les 25-34 ans (32%, moins 9 points) et dans une moindre mesure chez les 35-44 ans (29%, moins 2 points). On peut suggérer que ces baisses sont en partie dues à un regard négatif porté par des personnes en âge d’être des « parents d’élèves », contrairement à la catégorie précédente des plus jeunes qui sont pour la plupart sur le fin du cursus scolaire.

En termes de proximité politique : au sein de son propre camp, à peine plus de la moitié des sympathisants de gauche indiquent avoir une opinion positive de la Ministre (54%, moins 2 points par rapport à avril et moins 6 points par rapport à septembre). C’est au sein du Parti socialiste que les critiques se cristallisent le plus fortement : on trouve 56 % des sympathisants socialistes qui déclarent avoir une opinion favorable de la Ministre (contre 28% de défavorables), mais une proportion qui recule de 11 points en un mois, et de 9 points depuis le mois de septembre. La Ministre réussit néanmoins à se maintenir par rapport à avril auprès des sympathisants du centre (34% d’opinions positives, moins 1 point) et de l’UMP (23% d’opinions positives, niveau identique à avril). En revanche, la Ministre perd 9 points parmi les sympathisants du FN à 14 % d’opinions favorables) : une politique de la Ministre de l’Éducation nationale qui semble dont être très mal accueillie à l’extrême droite ce qui n’est encore une fois pas sans rappeler le positionnement du FN au moment de la Loi sur le Mariage pour tous.

Données issues du baromètre de l’action politique IPSOS – Mai 2015

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