Municipales 2020 : Et si personne ne remportait les élections ?

Municipales 2020 : Et si personne ne remportait les élections ?

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Paul Cebille

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Diplômé de Sciences-Po Strasbourg, Paul Cébille est Chargé d'Étude à l'Ifop après être passé par l'institut BVA et le Cevipof.

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Cet article est issu du rapport Délits d’Opinion « Municipales 2020 : Tous perdants » à retrouver en intégralité ici.

Les maires sortant seront les garants de « l’ancien monde » politique

Les élections municipales de 2020 se profilent comme l’élection des sortants, alors que le paysage politique local ne s’est pas encore confronté au « nouveau monde ». Les récents conflits sociaux et le raidissement de l’opinion française vis-à-vis du changement incarné par le président [1] devraient sans doute amener les Français vers un choix de stabilité et de maintien du statu quo local.

Cette « prime au sortant » repose d’abord sur des critères techniques : bonne gestion ou connaissance des dossiers. Elle devrait ainsi particulièrement profiter aux maires sortants, notamment ceux étiquetés PS et LR. Les nombreux sondages publiés en cette période électorale révèlent en effet que les communes où le maire PS ou LR sortant se représente, ses scores sont sensiblement supérieurs à ceux des candidats PS ou LR qui se présentent pour la première fois. Les scores moyens des maires PS et LR candidats à leur réélection est le double des candidats PS ou LR débutants. Chez Les Républicains, les maires sortants obtiennent près de 40 % en moyenne contre 19 % pour les candidats LR sans alliance. Absents du pouvoir national depuis 8 ans maintenant, Les Républicains espèrent pouvoir capitaliser sur les mandats locaux, dont beaucoup sont hérités des victoires enregistrées en 2014 (plus de 160 villes de plus de 9 000 habitants). Les candidats du Parti Socialiste bénéficieront eux d’une « prime au sortant » encore plus favorable, plus du double (respectivement 37 % contre 16 %), alors même que leur parti s’est considérablement effacé au plan national (7,4 % au premier tour des élections législatives de 2017 et 6,2 % au moment des élections européennes de 2019).

 

Selon les rares estimations, le Rassemblement national bénéficierait lui aussi d’une « prime au sortant ». Régulièrement battu depuis les premières victoires municipales des années 1980 et 1990, le RN semble avoir convaincu les habitants des villes qu’il dirige. A Béziers et à Fréjus, le maire sortant étiqueté ou affilié au Rassemblement national serait facilement réélu (61 % pour Robert Ménard et 51 % pour David Rachline). Les résultats des autres maires sortants du RN seront sans doute un des principaux enseignements de ces élections municipales, alors même que le discours médiatique sur la gestion de ces communes était particulièrement négatif.

 

Le Rassemblement national, solide dans ses bastions mais fragile ailleurs

Les intentions de vote en faveur du RN illustrent un décalage: elles dépassent rarement les 15 % là où le parti présente une liste, alors même que Marine Le Pen avait réalisé des scores importants dans ces mêmes communes en 2017. Le graphique ci-dessous souligne cet écart important dont la seule exception réside dans les communes où le RN est actuellement au pouvoir et qui semblent désormais acquises à sa cause.

Le parti frontiste est régulièrement, pénalisé par un défaut d’implantation locale et par le changement des têtes de liste entre 2014 et 2020, souvent au profit de candidats « parachutés » (comme à Calais, Lens ou Maubeuge). Il est ainsi notable de constater qu’à Metz la tête de liste RN, déjà candidate en 2014 (et donc connue) réussit à atteindre un score équivalent à celui de Marine Le Pen en 2017. Même état des lieux pour Louis Aliot à Perpignan, Pierre-Jean Robinot à Epinal ou encore Ludovic Pajot à Bruay-la-Buissière (dont il est le député).

En revanche, dans les communes où le candidat RN est « nouveau » par rapport à 2014, une part importante de l’électorat RN de 2017 se reporte vers la candidature du maire sortant, notamment lorsque celui-ci est de droite. Ces reports vers le maire sortant dépassent parfois le tiers de l’électorat. A Calais, ce transfert des électeurs de Marine Le Pen atteint 40 % au profit de la maire sortante Natacha Bouchart. Même à Lens où le maire sortant Sylvain Robert est socialiste, 29 % des électeurs RN affirment vouloir voter pour lui. Ces reports favorables aux maires sortants grèvent ainsi les candidats du RN d’une grande partie de leur électorat, réduisant de fait leurs chances de victoire.

A ce manque de stratégie locale, on ajoutera la grande inconnue pour le parti : quelle stratégie d’alliance au second tour pour briser le plafond de verre qui fait obstacle à sa victoire ?

La vague verte, Europe Ecologie Les Verts, la nouvelle force centrale de la gauche

Phénomène électoral lors des élections municipales et désormais dominant dans toutes les sphères de la société, la question environnementale devrait continuer à structurer le panorama politique lors de ces élections.

Ainsi, dans les communes de 100 000 habitants et plus où les Verts se présentent seuls (37 sur 42, contre seulement 14 en 2014) et sans maire sortant, EELV pourrait dépasser les 20 %. Les estimations sont impressionnantes avec 34 % pour Besançon, 27 % à Strasbourg, 23 % à Nantes et 22 % à Lyon. De tels scores permettraient aux écologistes de devenir la première force politique de gauche, loin devant les autres partis : 20 % en moyenne pour EELV, 14 % pour le PS et 9 % pour LFI. Pour les communes de plus petite taille (voir graphique ci-dessous), les alliances avec d’autres formations sont la seule solution pour espérer atteindre des scores comparables. Sans ces alliances, leurs espoirs de victoire se réduisent fortement, comme à Périgueux ou Lens.

Pour le moment, le bilan d’EELV reste maigre avec un seul maire d’une ville de plus de 100 000 habitants : Éric Piolle, élu à Grenoble à la faveur d’une union de la gauche et des écologistes. Leurs décisions au second tour des élections municipales seront donc fortes d’enseignements, tant leur poids politique inédit jouera un rôle pivot dans les coalitions futures [2].

 

En Marche… les sortants

Sans alliance et sans être représenté par un maire sortant, les intentions de vote des candidats LREM se situent entre 15 % et 17 %, soit au niveau du RN par exemple – avec toutefois de fortes disparités entre les communes. Seuls les maires les plus ancrés ayant reçu un soutien LREM réussiront ainsi à se faire élire sous cette étiquette. Ce sera sans doute le cas à Beauvais ou au Havre (où Edouard Philippe, maire de la ville de 2010 à 2017, est candidat), ce qui devrait permettre au parti présidentiel de gagner quelques villes moyennes.

Pour les rares maires LREM sortants (majoritairement des socialistes ayant rejoint LREM), la bataille de la réélection s’annonce compliquée. A Lyon, la liste soutenue par Gérard Collomb (et menée par Yann Cucherat) parvient difficilement à atteindre la tête des intentions de vote au premier tour, talonné par le candidat d’EELV, Grégory Doucet. De même à Besançon, où le maire Jean-Louis Fousseret est lui distancé d’une dizaine de points par le candidat écologiste.

Au-delà de ces intentions de vote, La République En Marche part pénalisée par une multitude de candidatures dissidentes. Si la plus médiatique est celle de Cédric Villani à Paris, ce sont près d’un tiers des cinquante plus grandes villes de France qui connaissent des dissidences [3]. La liberté prise et revendiquée par Emmanuel Macron en 2016 inspire visiblement de nombreux candidats localement.

 

L’ŒIL DE DO

Les sondages sont à manier avec prudence, nous constatons élection après élection que les Français retardent de plus en plus le moment de leur décision. Cette volatilité des électorats rend difficile pour Délits d’Opinion l’établissement de solides prédictions. C’est un monde politique incertain qui se dessine et nous devrons sans doute attendre le second, voire le “troisième” tour (le moment de l’élection du maire par les conseillers municipaux) pour observer une cristallisation. Les écologistes pourraient devenir la principale force politique, tant aux responsabilités que dans l’opposition. La droite et la gauche bénéficieront du soutien des électeurs là où leurs maires se représentent, ailleurs il faudra sans doute organiser alliances et ralliements pour espérer la victoire. Le parti présidentiel et le RN, grands rivaux au niveau national, auront quant à eux du mal à convaincre les Français de leurs confier les clés du pouvoir municipal vers lequel ils se confortent désormais dans un contexte de prise de représentation

 

 

[1] IFOP pour NO COM (2019 , Baromètre

[2] Vanessa Jerôme (2020), Placer l’écologie au centre des recompositions politiques : l’impossible défi d’EELV ?, AOC

[3] Municipales 2020 : LREM en proie aux dissidences dans un tiers des grandes villes (2019) Les Echos

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