Moral des Français : une rentrée sous le signe de la morosité

Moral des Français : une rentrée sous le signe de la morosité

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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Tout va mal et il n’y a aucun signe d’amélioration à l’horizon. Voilà quel bilan on pourrait tirer des différentes études publiées ces dernières semaines sur le moral des Français, qui reflètent le climat de morosité ambiante qui s’est installé dans notre pays.

 

Une rentrée sous le signe de la morosité pour les Français

Le Baromètre Ifop – Dimanche Ouest France sur le moral des Français dont la 19ème vague vient d’être publiée fait tout d’abord état d’une chute spectaculaire de la proportion de Français qui se déclarent optimistes en pensant à l’avenir, passant de 53% en décembre 2007 à 33% à ce jour. Ce résultat est le 2ème plus faible taux d’optimistes enregistré dans le cadre de ce Baromètre, derrière la vague d’août 2005 (30%), qui suivait l’échec du Référendum et une cruelle prise de conscience que tout n’était pas aussi rose qu’on pouvait le croire.
Ce qui est aujourd’hui d’autant plus malheureux, c’est que cet indice de moral des Français avait réussi depuis 3 ans à progresser régulièrement et à atteindre 53% il y a six mois, dans un élan optimiste que la France n’avait pas connu depuis 2004.

S’il s’agit des catégories les plus optimistes, les jeunes et les sympathisants UMP sont également touchés par cette vague pessimiste : seuls 40% des moins de 35 ans et 45% des proches de l’UMP se disent optimistes, ce qui est bien faible pour des catégories de population représentant pour la première l’avenir du pays et pour la seconde les soutiens de l’action politique actuellement menée.

Ce sentiment de déprime généralisé qui fluctue en partie en fonction de l’action du gouvernement aurait d’ailleurs pu être anticipé : si le niveau d’optimisme en décembre était assez élevé, la confiance accordée dans le gouvernement s’était effondrée depuis l’élection présidentielle de 2007 : en décembre, la confiance en matière de lutte contre l’insécurité (62%, -16 points), de lutte contre le chômage (42%, -11 points), d’intégration des personnes issues de l’immigration (40%, -16 points), de lutte contre la pauvreté et l’exclusion (31%, -14 points), de baisse des impôts (27%, -16 points) et d’augmentation du pouvoir d’achat (25%, -11 points) était déjà très affaiblie. Cette crise de confiance aurait dû donc à l’époque être non pas considérée comme un ajustement après les espoirs suscités par l’élection présidentielle, mais comme un signe annonciateur du marasme actuel.

Une situation économique et des perspectives peu engageantes

Ce sentiment négatif, sensible dans l’opinion, se confirme dans les études de l’INSEE qui a publié fin juillet un rapport alarmant sur le moral des ménages : treizième baisse consécutive en juillet de cet indicateur mensuel, niveau le plus bas enregistré depuis 1987, baisse du jugement à l’égard du niveau de vie en France, craintes concernant son propre avenir… Les Français affirment subir de plein fouet une tendance économique défavorable et cela se ressent logiquement sur leurs perceptions.

Et les dirigeants d’entreprises font un constat également très dur des conditions économiques actuelles et des perspectives à court terme. Ainsi dans le baromètre Ifop – Fiducial des TPE (entreprises de moins de 20 salariés) d’août 2008, (qui représentent 97% des entreprises françaises), seuls 26% des patrons interrogés se disent optimistes sur la situation en France en matière politique, sociale et économique, soit là encore un niveau très proche de 2005.

Ils ne se montrent d’ailleurs pas majoritairement confiants sur l’avenir de leur propre activité (50% d’optimistes, niveau équivalent à 2005), font état d’un nombre d’embauches assez limité au cours de l’année 2007 (11% d’entre eux ayant embauché, soit en dessous de la moyenne enregistré depuis 2001), et surtout ont multiplié l’utilisation des contrats à durée déterminée ou le recours à l’intérim (53% des embauches), contre seulement 40% de CDI. Si l’on peut expliquer ce résultat par la période estivale, il est intéressant de souligner que les résultats enregistrés cette année sont largement au-dessus de 2006 et 2007 (respectivement 48% et 44% de CDD et intérim). Enfin i ls font état de perspectives plutôt négatives à court terme, affirmant embaucher en moyenne 1,5 personne entre juillet et septembre contre 1,7 personne réellement embauchée entre avril et juin.

La situation s’annonce donc compliquée pour les mois à venir, les Français semblent assez bien l’avoir compris. Mais malgré tous ces indicateurs au rouge et malgré le pessimisme des Français envers l’avenir, un élément important est pourtant de nature à nous permettre de redresser la tête : si ces résultats font sans aucun doute partie des plus mauvais enregistrés, il y a déjà eu des périodes plus délicates qui ont fini par passer, donc ne perdons pas espoir !

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