Marine Le Pen : un électorat éloigné des grandes métropoles

Marine Le Pen : un électorat éloigné des grandes métropoles

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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Vous vous étonnez parfois de ne pas côtoyer une seule personne votant FN ? Alors que, selon les sondages, plus d’un électeur sur quatre envisagerait pourtant de voter Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. Si vous vivez à Paris ou à Lyon, que vous êtes cadre, diplômé d’un bac + 5, il est fort possible que vous vous soyez fait cette réflexion. L’occasion de passer au scanner l’électorat du Front National. Un électorat peu homogène.

Les catholiques pratiquants ont moins de retenue qu’auparavant

Certains critères ont peu d’impact sur la propension à voter Marine Le Pen. Il en est ainsi du sexe : les hommes sont à peine plus nombreux que les femmes (27 contre 26%) à pencher du côté Bleu Marine. Ce serait nouveau, car les femmes ont toujours été plus réticentes à franchir le pas du vote FN. De manière générale, être un homme ou une femme influence très peu, aujourd’hui, le choix du vote : Benoît Hamon semble être le candidat dont l’électorat est le plus sexué. Il récolterait ainsi 11% des intentions de vote des hommes contre 15% des femmes. Un autre critère, autrefois essentiel, ne transparaît presque plus dans les intentions de vote : il s’agit de l’appartenance à la religion catholique. Le vote des catholiques pratiquants, majoritairement de droite modérée, s’est banalisé sur la question du Front national. Ils votaient moins FN que la moyenne nationale, mais un récent sondage Ifop établit qu’ils se sont mis à son diapason (25%). La petite musique de Marion Maréchal Le Pen n’est peut-être pas étrangère à cette captation.

Les aînés plus rétifs que leurs cadets

D’autres critères ont une impact certain. Et en premier lieu, l’âge : les 65 ans et plus représentent la génération la moins encline à céder aux sirènes lepénistes (19% contre une moyenne de 26%). Cela étant, ce fossé générationnel, qui a toujours existé, tendrait plutôt à se combler : il était plus profond en 2012, quand seuls 9% des 65 ans et plus avaient voté pour Marine Le Pen (contre 18% en moyenne). Le troisième âge, le plus enclin à se déplacer lors des élections, représente pourtant un électorat stratégique.

Un autre facteur influence les intentions de vote : il s’agit du statut professionnel. Les indépendants, l’électorat historique de l’extrême droite depuis Pierre Poujade, largement capté par Jean-Marie Le Pen et son programme ultra-libéral, reste en partie dans l’orbite de sa fille : 35% d’entre eux voteraient pour elle contre 29% François Fillon et 20% pour Emmanuel Macron. Dans le monde salarial, le clivage public / privé ressort également, ceux du public étant moins nombreux que ceux du privé à envisager de voter Marine Le Pen (22 contre 29%).

Paris, une forteresse anti-FN

D’autres variables apparaissent encore plus décisifs, telle que la catégorie socioprofessionnelle. Marine Le Pen a indiscutablement capté l’électorat ouvrier. 38% d’entre eux envisagent aujourd’hui de voter pour elle. Les autres ouvriers se tournent ensuite vers Emmanuel Macron – loin derrière, recueillant seulement 18% de leurs intentions de vote.  En revanche, les cadres, attirés principalement par François Fillon (27%) et Emmanuel Macron (31%), sont peu nombreux à porter leur bulletin en faveur de Marine Le Pen (15%). Cette donnée est corroborée par les résultats ventilés selon le niveau de diplôme puisque seuls 11% des détenteurs d’un 2ème ou 3ème cycle dans le supérieur se décideraient à voter pour la candidate d’extrême droite.

L’autre critère décisif est géographique. D’une manière générale, le discours de Marine Le Pen rencontre certes un écho dans les villes, mais elle effectue plutôt ses meilleurs scores dans les zones rurales (29%). Elle arrive en tête dans la grande majorité des régions, en réunissant même plus du tiers de l’électorat dans les Hauts-de-France, la Provence-Alpes-Côte-d’Azur et dans le Grand Est. Mais elle se fait, en revanche, dépasser par Emmanuel Macron dans l’Ouest (en Bretagne, en Pays de la Loire) et surtout en Île-de-France. La région parisienne – Paris intramuros en particulier – a toujours été atypique quant au vote frontiste. En 2012, Marine Le Pen n’avait réuni que 6% des électeurs parisiens, soit une proportion trois fois inférieure à son score au niveau national.

Loin d’être une caractéristique propre à Paris, c’est la dimension métropolitaine qui demeure un terreau peu fertile pour les idées de Marine Le Pen. A Lyon, elle n’avait rassemblé que 10% des suffrages en 2012. Ces métropoles, aujourd’hui largement vidées de leur population d’origine ouvrière, sont davantage peuplées que la moyenne nationale par des cadres diplômés. Ouvertes sur le monde, elles sont les grandes gagnantes de la mondialisation. Elles représentent, en outre, des lieux de brassages culturels relativement hermétiques au vote populiste. Donald Trump avait réalisé de bien piètres scores à Manhattan (10%)  ou à Los Angeles (22%). Ce même schéma se retrouve ainsi dans la plupart des autres grandes villes occidentales.

 

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