Macron : les nuages de la rentrée

Macron : les nuages de la rentrée

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière au département Stratégies d’opinion d’un institut d’opinion. En 2007, il intègre le groupe de communication Ogilvy & Mather en tant que planneur stratégique. Il est depuis 2012 Directeur Conseil du cabinet de communication stratégique Taddeo.

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Cet article a été publié dans l’Express : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-les-nuages-de-la-rentree_1934689.html

Cela ne fait plus de doute. L’exécutif est victime d’un sérieux trou d’air. Au coeur de l’été, tous les instituts ont confirmé une baisse importante et inédite de popularité pour le président et son premier ministre. Au temps de l’état de grâce, qui n’a jamais vraiment eu lieu, succèdent les commentaires sur les premiers couacs du gouvernement: l’élection présidentielle aussi a ses marronniers.

Ici cependant, la situation est particulière. Et pas seulement en raison de l’ampleur de la chute. En écoutant les Français qui se sont confiés dans le baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion – il semble qu’après avoir accordé le bénéfice du doute, nos concitoyens ne soient en train de forger des jugements plus définitifs qui tissent le décor d’une rentrée agitée.

Jupiter a le mal de terre

Le premier grief exprimé est lié à la posture du président. Jupiter menace de casser son lien avec le peuple. Tout avait pourtant si bien commencé: le pas accordé au rythme de la 9ème de Beethoven, se faisant l’apôtre d’une parole rare, Macron avait, dans les premières semaines de son règne, magistralement restauré la fonction présidentielle.

Mais les Français sont paradoxaux. L’attente de verticalité se double d’une quête d’horizontalité. En d’autres termes, ils veulent un chef qui dirige. Et qui écoute. Qui sache trancher. Mais qui soit aussi capable d’entendre la voix de son peuple.

Or, les coups de menton contre le général de Villiers, ainsi que la rengaine sur la présidence jupitérienne ont semé le doute. Dans le baromètre Harris Interactive pour Délits d’Opinion, la critique revient comme un leitmotiv. « C’est un dictateur », « il est trop directif et hautain ». « Il est irrespectueux et vaniteux »: les mots sont durs. Ils traduisent ce trait si distinctif d’un peuple susceptible qui a toujours craint d’être déconsidéré par les sachants « d’en haut ». Grèves de 1995, réformes des retraites houleuses sous Sarkozy, jacqueries des bonnets rouges en 2013: les dernières luttes sociales se sont moins jouées sur des mesures techniques que sur le ressort puissant d’une France « des petits » en colère contre les technocrates parisiens trop vaniteux pour écouter la rue.

Fossé territorial

A la veille d’une rentrée qui s’annonce chaude, la critique d’autoritarisme pourrait s’avérer doublement pénalisante. Alors que les opposants à la loi travail fourbissent leurs armes, « la surdité du président » constituera un levier de mobilisation puissant. Surtout, s’il parvient à faire la jonction avec l’autre versant des critiques. Celui d’une France des territoires s’estimant ostensiblement ignorée par les gagnants des métropoles.

Les 300 millions d’euros d’économies qui viennent d’être exigés aux élus locaux pourraient consommer la rupture entre Macron et une partie des citoyens. En effet, plébiscité dans les grandes villes – où il a réalisé plus de 30% au premier tour dans des communes comme Paris ou Bordeaux- le président souffre d’une défiance plus forte dans les territoires périurbains et ruraux. Les derniers arbitrages budgétaires mais aussi le sentiment étrange d’une président un peushow off qui « n’aime que se montrer avec les célébrités », comme le souligne un sondé, au diapason avec d’autres critiques, pourrait accroître encore ce fossé territorial.

Macron: une politique au service de qui?

En analysant les avis négatifs envers Emmanuel Macron, un autre défi se fait jour dans la perspective des mois à venir. Le candidat avait gagné, après l’incroyable pari de casser les filtres partisans classiques. Via un patchwork rock’n’roll associant idées et personnalités de tous bords, Emmanuel Macron répondait à l’envie de renouveau. Mais la filiation partisane – handicap incontestable pour l’emporter dans cette ère de discrédit des partis- constitue en revanche un levier essentiel de l’exercice du pouvoir.

Les prédécesseurs de Macron, même s’ils n’en étaient pas forcément dignes, charriaient au-delà d’eux-mêmes une famille de pensée, des valeurs d’égalité ou de méritocratie. C’est à cet idéal que se raccrochaient les derniers grognards de Sarkozy ou Hollande.

A l’inverse, qu’est Macron en dehors de lui-même? Quand le président déçoit, c’est tout l’échafaudage qui risque de s’écrouler.

« Pourquoi je continuerais à soutenir Macron? » C’est cette question simple que se posent les Français. Pour les mesures prises? Hausse de la CSG, gel du point d’indice des fonctionnaires et autres coups de rabot annoncés: chacun aura objectivement des raisons d’exprimer son mécontentement face à cette politique de rigueur.

Pour les résultats? Ils seront longs à obtenir.

Pour sa famille politique qu’il représente? Il s’en est affranchi

Pour ce qu’il incarne? Le pragmatisme assumé de Macron combiné au refus de simplifier les choses peinent objectivement à cristalliser une ligne directrice.

Dès lors, une partie toujours plus importante de Français lisent son action à l’aune de son passé de banquier jugé peu compatible avec l’intérêt général. « Il va donner satisfaction à ses amis de la finance » explique ainsi un sondé. « Ce sont les pauvres qui vont en pâtir » répond un autre. « Il vient du monde de la finance », « Il défend l’intérêt de certains en faisant semblant d’être le président de tous », résume un dernier.

Un rassemblement… Contre le président?

La nature a horreur du vide. Le président voulait réinventer les canons du politique, mais se retrouve jugé selon les critères de l’ancien monde: affaires, coupes budgétaires, statut de sa femme. Pour s’en sortir, il doit inventer de nouvelles frontières idéologiques, défricher d’autres champs où la promesse de renouveau pourrait s’épanouir: transition numérique, rôle du service public de demain, seconde chance pour les déclassés d’aujourd’hui.

La rentrée peut aussi être l’occasion de renouer avec le meilleur de sa communication. Celle de sa campagne où il descendait dans l’arène, établissant un dialogue avec la France. Celle qui racontait moins Macron que ce qu’il allait faire avec le peuple. Celle qui pourrait remobiliser des adhérents En Marche! bien désoeuvrés depuis le 7 mai.

La France réunie est un mythe. Où plutôt un leurre. Oui, le rassemblement du peuple pourrait bien se faire. A l’unisson contre son président.

Il lui faut donc assumer d’être clivant. De porter le fer en choisissant ses adversaires. Avec la France insoumise, la République en Marche a un ennemi idéal. Rapport au travail, à l’avenir, à l’argent public, à l’exercice même de la fonction politique: sur tous ces points, les Marcheurs peuvent opposer un modèle dans lequel se reconnaissent une majorité de Français. Et qui donne encore des raisons de soutenir Macron à l’approche d’une contestation sociale qui s’annonce ardue.

 

 

 

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