LREM : à droite toute ?

LREM : à droite toute ?

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë travaille depuis plus de 10 ans dans les études. Elle est passée par le département opinion de l’Ifop, le service de la communication des ministères économiques et financiers et Kantar Public (ex TNS Sofres).

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En Marche ! se voulait le mouvement du « en même temps », à la fois « de gauche et de droite ». Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, cet équilibre difficile entre les deux côtés de l’échiquier politique a semblé de plus en plus imparfait et le pôle de gravité de la majorité a dérivé vers la droite. Le gouvernement qui, bien que composé des membres des deux bords, a rapidement donné l’impression de pencher, avec des ministres issus de LR plus visibles et semblant avoir plus de poids et un Premier ministre provenant du parti de droite. La politique menée, ensuite, pour beaucoup d’observateurs et des citoyens eux-mêmes, pèse plutôt du côté droit de la balance : 66 % des Français estimaient en février 2019 qu’Emmanuel Macron était de droite selon un sondage Ipsos pour le CEVIPOF (contre 39 % au centre et 10 % à gauche).

Municipales : des alliances avant tout avec la droite

Les élections municipales constituent un nouveau révélateur du positionnement du centre de gravité de LREM à la droite de l’échiquier politique. Actant son faible ancrage municipal, le parti présidentiel a noué des alliances avec différents partis déjà implantés dans près la de moitié des communes où il s’est présenté au scrutin (54 % d’après les données rassemblées par le Figaro). Et lors de ces élections, LREM a soutenu deux fois fois plus de candidats de la droite ou du centre que de candidats de la gauche.

Les alliances pour le second tour confirment ce tropisme pour la droite. Dans 70 % des cas, les alliances ont été réalisées avec la droite ou le centre selon le décompte du Monde, contre seulement 14 % d’alliances avec la gauche. Le refus de soutenir l’accord négocié avec LR par Gérard Collomb à Lyon n’est donc qu’une exception qui cache une stratégie d’union nettement tournée vers la droite. Le second tour permettra de juger du succès de cette stratégie, qui ouvre quelques espoirs de victoires au parti présidentiel notamment à Strasbourg (où LREM conduit la liste), à Bordeaux (où le maire sortant LR reste en première position) ou dans le 5e arrondissement de Paris (ou la maire sortante anciennement LR s’était présentée au premier tour sous l’étiquette LREM).

Cette inflexion du mouvement présidentiel vers la droite, loin de la promesse originelle d’En Marche ! d’un équilibre entre les deux camps, ne semblait pas forcément écrite d’avance. Lors de l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron a été élu principalement grâce aux voix venues de la gauche. Les données d’Harris interactive ou de l’Ifop indiquent ainsi que près de la moitié de l’électorat d’Emmanuel Macron au premier tour avait voté pour François Hollande en 2012 (respectivement 45 % et 46 % pour les deux instituts). L’ancien ministre de l’Économie n’avait alors séduit qu’une part très minoritaire des anciens électeurs de Nicolas Sarkozy (18 % et 17 %, toujours respectivement selon les deux instituts). Ces derniers avaient très majoritairement voté pour François Fillon malgré les affaires qui avaient entaché la candidature de l’ancien Premier ministre. Une autre composante notable de l’électorat du candidat d’En Marche provenait des anciens électeurs de François Bayrou, le président du MoDem, qui s’était rallié à lui lors de la campagne présidentielle (15 %-16 % de l’électorat de premier tour d’Emmanuel Macron, ce qui représente environ la moitié des électeurs de François Bayrou en 2012).

Les soutiens d’Emmanuel Macron sont également désormais nettement plus à droite

Le basculement vers la droite des alliances électorales de LREM répond-t-il à un mouvement identique auprès des soutiens du président, initialement plutôt de gauche ? L’analyse de l’évolution de la popularité d’Emmanuel Macron au cours des trois premières années de son mandat indique clairement que sa « base » s’est déplacée vers la droite.

Quelques semaines après son arrivée à l’Elysée, juste à la suite des élections législatives, 45 % des Français se déclarent favorables à l’action d’Emmanuel Macron selon le baromètre de popularité d’Ipsos. Cette popularité se dégrade nettement pendant le premier été de présidence, avant d’augmenter ensuite, pendant la conduite des premières réformes, jusqu’au début de l’année 2018 sans retrouver néanmoins son niveau d’après l’élection présidentielle (40 % en avril 2018). A partir de mai 2018, la popularité du président s’infléchit progressivement pour atteindre un point bas en décembre 2018 (20%), peu après la déclenchement des manifestations des Gilets jaunes. Elle se rétablit ensuite légèrement (entre 27 % et 36 % enregistrés jusqu’en février 2020), et augmente significativement à l’occasion de l’épidémie de covid-19 et après l’annonce du confinement (38 % dans la dernière enquête). Les données des autres instituts montrent des évolutions identiques.

Evolution de la popularité d’Emmanuel Macron (source : Ipsos)

Regardons maintenant les évolutions de la popularité d’Emmanuel Macron au sein des différents électorats de 2017, en étudiant plus spécifiquement 4 temps : juin 2017, juste après les élections législatives (45 % d’opinions favorables auprès des Français) ; juin 2018, après un an de mandat, quand la courbe de popularité d’Emmanuel Macron s’infléchit avant l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes (36%) ; juin 2019, lorsque sa popularité s’est rétablie en partie après ces protestations et le Grand débat national (32%) et aujourd’hui, après le déconfinement (38%).

Tout au long de cette période, le soutien de l’électorat d’Emmanuel Macron à son action s’effrite régulièrement, passant de 88 % en juin 2018 à 70 % dans la dernière enquête d’Ipsos. Près d’un tiers des électeurs du président désapprouvent aujourd’hui son action, ce qui est conséquent à un peu plus de la moitié du mandat et démontre une réelle désaffection de la part d’une frange importante de ceux qui avaient glissé son nom dans l’urne.

Lorsqu’on regarde les électeurs de François Fillon à la présidentielle, il apparaît que ceux-ci se sont montrés bienveillants à l’égard du nouveau président à son arrivée à l’Elysée, un sur deux portant un regard favorable sur son action. Et ce soutien varie peu au cours de la période : sur les quatre points de repères temporels choisis, il est même incroyablement stable, démontrant que la politique menée par le gouvernement a satisfait une grande partie de l’électorat de droite traditionnel dans la première moitié du mandat d’Emmanuel Macron. Le choix d’un Premier ministre issu des rangs de LR n’y est sans doute pas pour rien, Edouard Philippe ayant toujours été plus populaire que le président auprès de cette catégorie de population (64 % des électeurs de François Fillon portent un jugement favorable sur l’action du Premier ministre dans la dernière enquête Ipsos – soit 16 points de plus que eux appréciant l’action du Président).

Le soutien à Emmanuel Macron des électeurs des candidats de gauche est plus réduit dès le début de son mandat (mais n’oublions pas que l’électorat d’Emmanuel Macron comprend de nombreux électeurs qui avaient voté à gauche en 2012). Ce soutien se réduit rapidement la première année du mandat d’Emmanuel Macron avant de repartir légèrement à la hausse, notamment après le confinement (ce qui explique le mouvement perçu sur l’ensemble de la population). Du côté des électeurs du RN, les évolutions sont plus faibles mais relativement comparables à celles enregistrées pour la gauche.

De plus en plus d’électeurs venus de la droite

Ces données illustrent bien une spécificité de ce quinquennat : le président de la République compte une grande partie de ses soutiens parmi ceux qui ont voté pour un de ses adversaires en 2017. Clairement, la base du président s’est déplacée vers la droite, et l’érosion du soutien de ses anciens électeurs est le témoignage de la déception suscitée par la politique gouvernementale dans les rangs de la gauche qui s’était ralliée à l’ancien ministre de l’Economie à la présidentielle.

Ce changement majeur a été flagrant lors des élections européennes de 2019. Ainsi, les études post-électorales montrent que la liste LREM-MoDem a attiré environ un électeur de François Fillon sur quatre*. Ces enquêtes indiquent également que ce renforcement du flanc droit de l’électorat de la République en Marche s’accompagne d’un mouvement inverse sur le flanc gauche, avec une échappée d’une part conséquente des électeurs qui avaient voté pour Emmanuel Macron en 2017 vers des listes de gauche (environ un quart de l’électorat d’Emmanuel Macron* a voté pour la liste EELV ou la liste Place Publique – Parti socialiste aux élections européennes).

Une autre manière très visuelle de constater cette évolution majeure de l’électorat de LREM est de regarder la géographie du vote pour les élections européennes à Paris. L’implantation géographique du vote pour la liste LREM-MoDem correspond exactement à celle du vote pour la droite traditionnelle, par exemple celle du vote pour François Fillon à l’élection présidentielle (cf carte ci-dessous réalisée par Baptiste Coulmont).

Le vote pour la liste LREM-MoDem aux élections européennes de 2019 à Paris (source : Le Monde)

Le vote pour François Fillon à l’élection présidentielle de 2017 à Paris (source : Baptiste Coulmont)

Les soutiens du président de la République ont donc indéniablement changé au cours de ses premières années de mandat. Alors qu’Emmanuel Macron a été élu en grande partie par des électeurs issus de la gauche, ayant voté pour François Hollande en 2012, son socle actuel de soutiens est désormais nettement plus à droite. Les stratégies d’alliance de LREM, la ligne politique du président et l’électorat du parti sont donc alignés. Reste à savoir si ce positionnement restera durable ou évoluera encore, alors que l’élection présidentielle se rapproche et que la gauche semble reprendre des couleurs (avec une bonne dose de vert) à l’occasion des élections municipales et que l’éventualité de voir de nouveau Marine Le Pen accéder au second tour de l’élection reste forte.

 

 

* Parmi les votants, seul un électeur sur deux s’étant rendu aux urnes pour ces élections européennes contre plus des trois quarts au premier tour de l’élection présidentielle de 2017)

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