L’Obamania française

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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La présidentielle américaine constitue indiscutablement l’élection étrangère la plus médiatisée dans le monde. Aussi, durant les semaines à venir, la France va être plongée dans une actualité électorale étonnamment dense pour des élections étrangères.

De cette élection ne dépend pas seulement l’avenir de l’Amérique mais aussi d’un certain ordre du monde. Il suffit de regarder la différence entre les politiques diplomatiques menées par l’administration de Washington sous Reagan, Clinton ou George W. Bush pour se rendre compte que nous pouvons légitimement avoir notre opinion sur cette élection sans être accusés de nous immiscer dans les affaires intérieures de cet Etat à vocation mondiale.

Les Français indécis entre Hillary Clinton et Barack Obama

Les Français se sont particulièrement passionnés pour la précampagne démocrate, avec les primaires qui allaient désigner le candidat du parti de l’âne. Ils se sont montrés extrêmement partagés entre Hillary Clinton et Barack Obama. L’élection de l’un de ces deux candidats aurait représenté en soi une révolution symboliquement forte dans les deux cas : l’arrivée de la première femme ou du premier noir à la Maison blanche. Ces symboles avaient d’autant plus de répercutions en France que nous ne pouvons pas nous targuer d’être en avance sur ces deux évolutions sociétales dans notre vie politique. Les Français étaient très partagés sur le choix de leur candidat démocrate favori. Un sondage de l’institut CSA en janvier dernier – les deux challengers étaient alors au coude à coude – révélait que 38 % auraient choisi Obama contre 36 % Clinton.

Kerry plébiscité en 2004

En 2004, un mois avant l’élection qui allait ouvrir les portes d’un second mandat à Georges Bush, un sondage de l’institut LH2 avait confirmé que l’immense majorité des Français soutenait John Kerry. Ainsi, un an et demi après la guerre en Irak à laquelle la France s’était opposée, 71 % auraient voté pour le candidat démocrate contre seulement 11 % pour Georges Bush. Ce résultat, c’est le moins qu’on puisse dire, n’était pas une grande surprise : non seulement Bush était assimilé au bourbier du Moyen-Orient et aux faucons impérialistes, mais en plus John Kerry pouvait bénéficier d’une sympathie particulière de la part des Français, étant donné qu’une partie de sa famille vit dans l’Hexagone.

Les Français voteraient très largement pour Barack Obama

La situation peut apparaître comme moins caricaturale en 2008, avec un jeu plus ouvert. Nous sommes en présence de deux candidats, inconnus en France il y a encore quelques mois, qui bénéficient donc de la même virginité les plaçant sur un pied d’égalité : Barack Obama et John McCain. Par ailleurs, ce dernier s’est efforcé pour ne pas apparaître comme le candidat du président sortant et de revêtir le costume d’un homme modéré.

Pourtant, un sondage LH2 révélait le 8 septembre dernier que les Français se montrent encore plus radicaux qu’en 2004 : 76 % d’entre eux voteraient pour Obama contre seulement 10 % pour Mc Cain. Ce résultat apparaît écrasant : toutes les catégories de la population partagent cette préférence. Celle-ci est encore plus prononcée chez les jeunes (86 %), les plus diplômés (84% des titulaires d’au moins un bac + 4) ou parmi les cadres (86 %).

L’appartenance politique influe également mais de manière limitée. Certes, les sympathisants de gauche (86 %) ou du Modem (85 %) sont particulièrement favorables au candidat démocrate. Cependant, ceux de droite sont très majoritaires à se prononcer pour lui également (69 %). On ne peut donc pas parler de « solidarité » des électorats entre les différents Etats. Les personnes de sensibilité de droite ne semblent pas éprouver une sympathie particulière ou un sentiment de proximité quelconque avec l’équivalent de la droite d’outre-Atlantique, les Républicains. Il apparaît évident que Georges Bush a considérablement terni l’image de son camp en France, qui s’apparente désormais à un quasi-repoussoir.

 

Mais ce choix des Français n’est pas fondé que sur le dépit. Le fait que les médias français aient particulièrement suivi la campagne d’investiture au sein du parti démocrate a certainement renforcé tant la notoriété que la popularité d’Obama. La personnalité de celui-ci n’est sûrement pas pour rien dans ce choix si tranché. Très charismatique, ses accents rappelant parfois ceux de Martin Luther King, il semble apporter un vent nouveau qui, bien au delà de sa couleur de peau, paraît trancher par rapport à la politique menée depuis 8 ans par la Maison blanche.

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