Les ressorts de la poussée du Front national

Les ressorts de la poussée du Front national

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë a travaillé au département opinion de l’Ifop, avant de rejoindre le service de la communication des ministères économiques et financiers en tant que cheffe de projet études. Elle est aujourd'hui directrice d'études à Kantar Public (ex TNS Sofres).

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40,64 % des voix pour Marine Le Pen dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, 40,55 % pour Marion Maréchal-Le Pen en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Ces deux chiffres illustrent la performance du Front national au premier tour des élections régionales. Au niveau national, le parti d’extrême-droite recueille 27,73 % des voix, soit un peu plus de 6 millions de suffrages. Il se place en tête dans six régions (par ordre décroissant du score frontiste : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire) et a contraint le PS à retirer ses listes au second tour dans certaines régions pour lui faire barrage.

Par rapport aux élections régionales de 2010, la progression du FN est phénoménale puisque le parti de Marine Le Pen multiplie son score par 2,5 (11,42% des voix). Par rapport à l’élection présidentielle de 2012, il progresse de 10 points (17,90%). Et son précédent record, établi aux dernières élections européennes, est encore amélioré (24,86%).

Des performances disparates selon les régions, mais une très forte poussée partout

Le succès du FN n’est cependant pas uniforme et les différences entre les régions sont très importantes. La géographie électorale du Front national ne change pas véritablement par rapport aux élections précédentes. Ses zones de force se situent dans le Nord, le Sud-Est et dans l’Est. A l’inverse, le parti frontiste reste plus faible en Bretagne (18,17 % des voix, son plus mauvais score régional) et en Île-de-France (18,41%). La façade Ouest dans son ensemble lui reste plus rétive (23,23 % en Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin, 21,35 % en Pays de la Loire et 27,71 % en Normandie). Il réalise également un score au-dessous de sa moyenne nationale en Auvergne-Rhône-Alpes (25,52%).

Néanmoins, sa progression par rapport aux élections régionales de 2010 est plus flagrante dans les régions de l’Ouest. L’augmentation en points y reste certes plus modérée (+12 points en Bretagne contre +20 points en PACA par exemple), mais c’est parce qu’il y part de plus bas. Ainsi, en Bretagne, le FN triple ses voix par rapport à 2010 alors qu’il les double en PACA. Les plus forts coefficients de progression se situent en Pays de la Loire (+303%), en Bretagne (+294%), en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (+291%), en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (+290%) et en Centre-Val-de-Loire (+272%), soit des régions où il réalisait des scores plus faibles que sa moyenne nationale. Nous retrouvons ici des enseignements bien connus de la progression du Front national depuis l’élection présidentielle de 2012.

Évolution du score du Front national entre les élections régionales de 2010 et de 2015

 

Une capacité à mobiliser et à élargir son électorat

La comparaison avec les résultats de l’élection présidentielle apporte des enseignements plus novateurs. Elle montre la capacité du Front national à mobiliser dans ses zones de force lors de ces élections régionales. Ainsi, les plus fortes progressions par rapport au score de Marine Le Pen en 2012 interviennent dans les régions où le FN a réalisé ses meilleurs scores le 6 décembre. En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Front national augmente son résultat, en pourcentage des suffrages exprimés, de 16,79 points par rapport à 2012 ; en PACA, de 16,68 points, et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, de 12,85 points. A titre de comparaison, la progression n’est que de 9,8 points en moyenne nationale, avec la plus faible hausse en Bretagne (4,93 points).

Comparaison entre le score du FN à l’élection présidentielle de 2012
et aux élections régionales de 2015 ( % des suffrages exprimés)

Il faut, dès lors, souligner la forte mobilisation des électeurs frontistes dans les régions où le FN obtient ses meilleurs scores. Alors que l’abstention aux élections régionales concerne un électeur sur deux (50,09% très exactement), le FN parvient, dans trois régions, à augmenter son nombre de voix par rapport à la dernière élection présidentielle, où l’abstention n’était que 20,52 % ! Le scrutin présidentiel de 2012 constitue, pour l’heure, le record en nombre de voix du FN au niveau de l’ensemble du territoire.

Comme le graphique suivant l’illustre, le FN rassemble moins de voix qu’à l’élection présidentielle dans la plupart des régions, ce qui est logique étant donné le fort différentiel de participation entre ces deux élections (30 points, soit environ 13 millions de votants en moins aux élections régionales qu’à la présidentielle). Mais en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, le nombre de voix augmente malgré tout (respectivement +126 000 et +69 000 voix). En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, il progresse également, mais plus modérément (+8600 voix).

Comparaison entre le score du FN à l’élection présidentielle de 2012
et aux élections régionales de 2015 (nombre de voix)

La mobilisation des électeurs frontistes pour les élections régionales est établie. C’est d’ailleurs dans les régions où les scores du FN ont été les plus hauts que la progression de la participation par rapport à 2010 a été la plus forte (+10 points en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, +7 points en PACA, +5 points en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine).

Comparaison entre le taux d’abstention aux élections régionales de 2015 et de 2010

Les scrutins depuis 2012 (élections européennes, départementales et les scrutins partiels) avaient déjà prouvé cette capacité du Front national à mobiliser son électorat. Mais la progression en voix par rapport à l’élection présidentielle dans certaines régions montre que cette mobilisation n’est pas le seul ressort des performances électorales du Front national. Si l’on en doutait encore, le parti d’extrême-droite séduit toujours plus largement, continuant la progression amorcée depuis 2012 et battant allégrement tous ses records. Le fera-t-il encore dimanche prochain lors du second tour ? Cette hypothèse n’est pas exclue car il pourrait puiser dans le vivier des abstentionnistes, notamment dans les régions gagnables pour lui : 45 % des électeurs n’ont pas voté en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, 48 % en PACA, 52 % en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

Face à cette dynamique, la logique du « front républicain » sera-t-elle efficace pour le contrer ? Alors que pratiquement plus personne n’ose formuler l’hypothèse d’un sursaut républicain de la part des abstentionnistes, qui se mobiliseraient pour faire barrage au FN, il faudra regarder avec attention le comportement des électeurs de gauche, d’autant plus que le désistement du PS s’effectue dans des régions où les candidats LR sont considérés comme plutôt voire très à la droite de leur parti.

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