Les jeunes et le vote : « Je t’aime moi non plus »

Les jeunes et le vote : « Je t’aime moi non plus »

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Camille Brun

Analyste Délits d'opinion

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Biographie

Diplômée de Sciences Po Toulouse en Affaires Publiques et titulaire du Master 2 Politiques Publiques et Opinion de l’Université Paris-Dauphine, Camille a commencé par un stage au sein du département Opinion du Service d’Information du Gouvernement, elle a ensuite travaillé au sein du département Opinion à l’Ifop. Elle travaille maintenant au sein du pôle Society chez CSA.

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A près de trois mois de l’élection présidentielle et à un moment où les primaires s’enchainent, le vote des jeunes à la future élection présidentielle est en question. Les jeunes électeurs (18-24 ans) représentent environ 15% de l’électorat mais ils sont souvent plus en retrait de la vie publique que l’ensemble de la population. Ils ont d’ailleurs été les grands absents de la primaire de la droite, et on  peut se demander s’ils vont se mobiliser pour la primaire de la gauche dimanche.
Comment votent les jeunes ? Ont-ils une manière de s’impliquer politiquement qui diffère de leurs ainés ?

L’ABSTENTION : PREMIER PARTI DES JEUNES ÉLECTEURS

Traditionnellement, les jeunes ont tendance à moins se mobiliser lors des élections, et à être relativement moins attachés au vote que leurs ainés. Cette désaffection s’observe davantage lors des scrutins intermédiaires : lors des élections régionales de 2015, le taux d’abstention auprès de la population générale était d’environ 50% mais s’élevait à 66% chez les 18-35 ans selon une étude OpinionWay et même à 75% chez les 18-24 ans selon une étude « Jour du vote » réalisée par l’Ifop et Fiducial. En moyenne, selon le Cevipof, la participation des jeunes est inférieure de 10 points à celle de l’ensemble du corps électoral aux élections intermédiaires.

D’après l’INSEE, 85% des jeunes de 18 à 24 ans sont inscrits sur les listes électorales, en grande partie grâce à l’inscription d’office à 18 ans. Ce taux est en hausse depuis 15 ans (+4,7 points) et tend à se rapprocher de celui observé au sein de la population nationale (88,1% en 2014 selon l’INSEE). Mais derrière ce taux qui peut apparaitre comme très élevé, il faut noter un certain nombre de « mal-inscrits » : cela recouvre le fait d’être inscrit dans un bureau de vote qui ne correspond plus à son lieu de résidence effectif. Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen parlent d’ailleurs d’un véritable « bug démocratique ». La Poste recense environ 3 millions de foyers qui changent de commune chaque année mais seulement un électeur sur cinq pense à s’inscrire sur les listes de son nouveau domicile. Et ils sont plus nombreux chez les jeunes : ils sont plus mobiles, ils déménagent plus facilement pour trouver un emploi, se mettre en couple, faire études, des stages parfois à l’étranger…

Contrairement aux élections intermédiaires qui, ont l’a vu, sont souvent boudées par les jeunes, l’élection présidentielle reste un moment particulier dans la vie citoyenne. On a notamment observé un regain de participation en 2007 : 84% de participation chez les jeunes, participation éphémère cependant puisqu’un jeune sur deux n’a pas été voter lors des élections législatives de 2007 : 52% contre 40% au sein de la population totale selon le Cevipof.

LES JEUNES ET LA PRÉSIDENTIELLE : QUELS ENJEUX ?

Depuis 2012, l’expansion du système des primaires dans le spectre partisan entraine un début de campagne présidentielle avec 6 mois d’avance. Comment les jeunes investissent-ils cette nouvelle forme d’expression politique ? Se mobilisent-ils davantage lors des primaires ?

Comme l’ont montré les études parues à la suite de la primaire de la droite en novembre 2016, les jeunes ont été les grands absents de ce scrutin, certes inédit pour ce camp. Les personnes âgées ont, quant à elles, voté très massivement. Au premier tour, les personnes âgées de 65 ans et plus se sont particulièrement mobilisées : selon une étude réalisée par Harris Interactive lors du premier tour de la primaire, 35% des personnes ayant voté étaient âgées de 65 ans et plus alors qu’elles ne représentent que 16% de la population totale, a contrario les 18-24 ans représentaient 6% des électeurs au premier tour contre 15% de la population totale.

A un an de la présidentielle, l’Ifop pour l’ANACEJ a interrogé plus de 1000 jeunes âgés de 18 à 25 ans sur la perspective de l’élection présidentielle de 2017. A un an de l’échéance un jeune sur deux (52%) déclare ne pas être sûr d’aller voter en avril 2017. Comment décrypter cette abstention qui n’est pas un phénomène nouveau chez les jeunes électeurs ? L’abstention est d’abord pour eux un moyen de manifester leur mécontentement vis-à-vis des partis politiques (34%) mais aussi de montrer qu’aucun candidat ne défend ou représente leurs idées (33%). Une part non négligeable des jeunes interrogés (25%) considère également que l’élection présidentielle ne changera rien à leur situation personnelle, que le vote ne sert à rien.

Un autre phénomène qui émerge dans l’analyse du vote des jeunes, c’est la place de plus en plus importante prise par le Front National. Le FN est aujourd’hui, en position de se qualifier au 2nd tour de la présidentielle : dans la dernière intention de vote réalisée par l’Ifop en janvier 2017, Marine Le Pen obtient environ un quart des voix au premier tour quelle que soit la configuration à gauche et au centre de l’échiquier politique. Auprès des jeunes, la proportion est aussi forte : les 18-24 ans sont environ un quart à se prononcer en faveur de la présidente du Front National au premier tour de l’élection présidentielle. Et aux élections régionales en décembre 2015, le FN avait recueilli 34% des voix auprès des 18-24 ans.

Le vote des jeunes semble donc répondre à une dialectique de protestation (vote protestataire, vote pour les extrêmes ou les partis « alternatifs ») VS une prise de distance qui se manifeste via une forte abstention. C’est un constat classique fait par la science politique, mais cela se vérifiera-t-il de nouveau en avril prochain ?

 

 

 

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