Les Français et le RSA : le cœur à gauche, le portefeuille à droite

Les Français et le RSA : le cœur à gauche, le portefeuille à droite

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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La décision du gouvernement de taxer les revenus du patrimoine pour financer le Revenu de Solidarité Active (RSA) voulu par Martin Hirsh, Haut Commissaire aux solidarité Actives, provoque des réactions mitigées. Si les Français semblent accepter le principe, le mode de financement divise. Parmi les plus réfractaires, on retrouve paradoxalement les ouvriers et les employés, perçus comme les principaux bénéficiaires potentiels, mais qui se sentent les principales victimes.

 

Une adhésion globale au principe…

 

Trois quart des Français soutiennent le principe de RSA selon un sondage IFOP pour Metro de septembre 2008. Une question qui fait d’ailleurs consensus entre les partis de gouvernement. Ainsi, les électeurs qui se sont portés sur Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle sont 79% à se déclarer favorable à cette mesure, soit à peine moins que les électeurs de Nicolas Sarkozy (81%).

La surprise vient du soutien plus relatif des électeurs des extrêmes. Ainsi, les électeurs d’Olivier Besancenot et de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2007 émettent plus de réticences sur le principe d’une loi « qui permet de continuer à toucher les minimas sociaux avec leurs salaires ». Ils ne sont plus que 69% et 65%, respectivement, à adhérer au principe de la loi. Ce soutien moins marqué peut s’expliquer par la posture plus souvent méfiante et contestataire de ces électorats extrêmes vis-à vis des gouvernements en place. Mais, il n’est pas à exclure non plus qu’une partie de cet électorat, se mette en porte à faux vis-à-vis d’une mesure jugée inégalitaire en comparaison de ceux qui travaillent.

 

….mais un mode de financement rejeté

 

Le mode de financement du RSA est clairement rejeté. En effet, 61 % des personnes interrogées désapprouvent l’idée d’imposer les revenus du patrimoine pour financer le RSA. Les cadres, dont on pouvait s’attendre à un rejet plus massif, sont en réalité partagés sur la question, 49 % d’entre eux approuvant le mode de financement.

Paradoxalement, ce sont les catégories socioprofessionnelles moins favorisées, et en théorie moins sujettes à cette nouvelle taxe, qui émettent l’avis le plus critique. Ainsi, 70% des employés et 65% des ouvriers s’opposent au principe d’imposer les revenus du patrimoine. Comment expliquer ces réticences ?

Le moment n’est tout d’abord pas des plus opportuns pour envisager une nouvelle taxe, alors que le moral des Français est en berne. Ainsi, selon le sondage IFOP pour Ouest France paru fin Août 2008, 33 % des français seulement s’estiment optimiste, soit le second plus mauvais résultat depuis Août 2005. A ce pessimisme ambiant vient s’ajouter la question spécifique du pouvoir d’achat. Le baromètre CSA du Parisien – Aujourd’hui en France sur les préoccupations des Français (Août 2008) montre ainsi que la question du pouvoir d’achat ronge toujours plus de français, 51 % d’entre eux plaçant dorénavant cette question en tête de leurs priorités.
Or, une analyse catégorielle permet de constater que ce sont justement les employés et les ouvriers qui s’inquiètent le plus de cette question du pouvoir d’achat, respectivement 60% et 51% d’entre eux à placer cette question en tête de leur préoccupation. Dans ces conditions, il apparait évident qu’une nouvelle idée de taxe soit d’autant moins acceptée par ces catégories.

Néanmoins, la nature de la taxe aurait pu laisser penser que les ouvriers et les employés voient d’un bon œil une imposition qui fasse contribuer les revenus du patrimoine. Il n’en est rien parce que ce type de revenus n’est plus l’apanage des classes aisées. Les classes moyennes ont-elles aussi investi les marchés boursiers et immobiliers, afin de constituer des complémentaires retraites notamment.

La France des propriétaires semble prendre forme. Une évolution qui nourrira certainement les discussions du Parti Socialiste au moment du congrès de Reims.

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