Les Français et le don : solidaires et généreux malgré la crise

Les Français et le don : solidaires et généreux malgré la crise

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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don_mainDe manière générale, la fin d »année annonce la clôture des budgets pour les entreprises, les fêtes de fin d’année mais également les grands appels à la solidarité et à la générosité. SPA, Téléthon, France Alzheimer, les Restos du Coeur mais aussi l’Armée du Salut ; tous ces organismes redoublent d’efforts pour répondre aux besoins, aux situations de précarité et aux maladies qui touchent les Français. L’hiver 2009, s’il n’est pas encore particulièrement virulent d’un point de vue météorologique s’annonce difficile pour les associations humanitaires en tous genres car la crise économique débutée il y a plus de dix-huit mois commence à avoir raison de la bienveillance des Français. La survie des grandes causes que sont le Sidaction, le Téléthon ou même l’opération « Pièces Jaunes » reposent sur la générosité et seulement sur elle ce qui permet d »expliquer l »importance de ces « grandes messes » de la solidarité. A l »heure où les Français vont devoir ouvrir grand leur coeur et leur porte-monnaie, Délits d’Opinion revient sur l »intention de générosité des Français.

 

La crise économique perdure et impacte durement le moral des Français

 

L’étude sur le don réalisée au mois d’octobre 2008 par l’Ifop révélait que depuis le mois de novembre 2007 la question du pouvoir d’achat est la principale préoccupation des Français, loin devant l’emploi. Plus grave, l’inquiétude des Français a gagné en intensité au cours de l’hiver dernier, signe qu’avec le temps, le moral se dégrade plus rapidement. Lorsque l’on analyse la confiance en l’avenir exprimée par les Français on note que depuis le mois de février 2008 le pourcentage de la population se déclarant pessimiste n »est jamais descendu à moins de 57%, atteignant même 83% dans les moments les plus durs. Cette situation de fragilité et d’inquiétude partagée par tous souligne la réalité d’une crise encore très présente et que le grand public perçoit comme un nuage menaçant et stagnant. Enfin, l’hypothèse d’une sortie de crise à moyen terme ne semble pas convaincre les Français comme le souligne le dernier baromètre de l’institut BVA : 64% ne  pensent pas que la sortie de crise se fera au cours de l’année 2010 ; un jugement partagé par l’ensemble de la population sans que l »on puisse mettre à jour des clivages socioprofessionnels.  Cette perception commune de la situation économique du  pays démontre bien que si la crise n’est pas ressentie de la même façon par les individus, tous y pensent et agissent en conséquence.

  

Les Français veulent avant tout bénéficier de la générosité de leurs proches

 

Le contexte économique actuel va donc vraisemblablement influer de manière forte sur les dépenses des Français en cette fin d »année. L’enquête réalisée par Ipsos au mois de novembre indiquait que plus de 4 Français sur 10 se montreront moins généreux (ou plus économes) à l’occasion des fêtes de Noël et du réveillon. Ce constat est particulièrement  vrai pour les ménages disposant des revenus les plus modestes (moins de 1200 euros) où ce chiffre atteint 67%. Dans le détail, on note que le premier poste de dépenses qui devra subir cette réduction des budgets sera celui des cadeaux (45%).

Cette enquête indique également, et c’est ici très révélateur, que près d’un Français sur deux aimerait recevoir de l’argent (48%). Ce chiffre, particulièrement élevé, n’est pas uniquement le fait d’adolescents souhaitant recevoir de l’argent plutôt qu’un cadeau mal choisi mais il concerne l’ensemble de la population : 56% des 35-44 ans par exemple. Ainsi, de nombreux chèques reçus à Noël finiront leur vie dans le budget de la vie courante des ménages.

 

La situation économique actuelle révèle l’existence d’une concurrence entre les associations humanitaires

  

Alors que les Français vont réduire le montant de leur budget cadeaux pour leurs proches, la polémique déclenchée par P. Bergé, le président du Sidaction a mis cette question de la générosité sur le devant de la scène alors que la journée mondiale du Sida et le Téléthon appelaient à la mobilisation et la solidarité à une semaine d’intervalle. L’éclairage apporté dans les deux premiers paragraphes nous renseigne sur le sens qu’il faut donner à ces propos. En effet, le contexte actuel est difficile et l’existence de nombreuses grandes causes fait peser un risque important sur chacune de ces organisations qui s’attendent déjà à voir le total des dons diminuer fortement en 2009.

En 2004, l’institut CSA avait mis le doigt sur la réalité du monde associatif français : This public best-horoscope.com database is made available to our visitors for free. un monde qui voit s’affronter des organismes comme le font des entreprises sur un marché concurrentiel. A fortiori en période de crise les ressources totales disponibles se font plus rares ce qui explique une certaine tension. Dans son enquête réalisée en 2004, CSA avait fait le choix de placer l’ensemble des associations humanitaires sur un pied d’égalité face à la problématique de la solidarité. Les résultait mettaient en lumière une première hiérarchie où l’on retrouvait les Restos du Cœur (27% des citations), la Croix Rouge (27%), Emmaüs (15%), MSF (15%) et le Téléthon (11%).

 

Les Français répondront présent malgré la crise


La diminution du pouvoir d’achat et le sentiment d’inquiétude croissant qu’expriment les Français conduit à une forte augmentation du nombre de personnes affirmant envisager de diminuer leurs dons en 2009 (38% contre 27% en 2008). Cette étude met également en lumière l’importance du contexte économique global sur la propension des individus à réaliser des dons. En effet, si les ménages les plus modestes vont logiquement restreindre leurs dépenses, les foyers le plus aisés semblent avoir le même réflexe : 20% des personnes interrogées estimant avoir des moyens convenables vont diminuer leurs dons selon l »étude Recherches et Solidarités.

Cette diminution  des promesses des dons devrait néanmoins laisser place à d’autres initiatives comme le don de nourriture ou de vêtements ; signe que la générosité trouve toujours une place chez les Français : parmi les 38% des donateurs qui envisagent de donner moins ou de ne pas donner en cette fin d’année, 20% donneront sous une autre forme.

Enfin, lorsque l’on analyse les profils de donateurs on observe que les donateurs réguliers et fidèles – comprendre ceux qui font des dons aux mêmes associations chaque année – devraient être au rendez-vous en 2009 : plus de 90% de ceux qui donnent à une association et 75% de ceux qui donnent à plusieurs associations renouvelleront leurs dons comme chaque année. Autre élément notable quand on dépeint les profils de donateurs c’est le rapport aux grandes causes. L’étude conduite par l’Ifop en 2009 et relayée par La Croix témoigne de la relation de causalité qui existe entre le souhait de donner et l’existence d’un passé parfois douloureux avec certaines situations (maladies, exclusion…).

 

En période de crise, l’ensemble de la population est affectée et voit son rythme de vie impacté ce qui permet à chacun de mieux mesurer les besoins qui existent dans la société. Ainsi, les périodes de guerre et de crise économique sont souvent celles pendant lesquelles la solidarité et la générosité refont surface ; pour le bien des organisations oeuvrant pour la solidarité mais aussi pour le pays tout entier. Un récent sondage de TNS Sofres indique même que parmi les 30% de Français qui avouent ne jamais donner, 90% estiment que les associations jouent un rôle utile dans la société.

Ce week-end, le Téléthon vient de récolter plus de 90 millions d »euros de promesses de dons.  Il serait bien que Pierre Bergé ne le regrette pas. Avec un peu de chance il s’en félicite peut-être. On retiendra que cette somme est inférieure de 4% à celle récolté l »an passé ce qui, dans le contexte de crise actuel et malgré des enquêtes d »opinion peu encourageantes, conforte l »idée selon laquelle les Français sont presque plus généreux et solidaires que jamais en 2009.

 

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