Les Français et la voiture (2/2) : les années 90 et 2000

Les Français et la voiture (2/2) : les années 90 et 2000

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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En dépit d’une généralisation continue des véhicules personnels, le rapport à la conduite et à ses conséquences s’est largement modifié. En 2005, trois adultes sur quatre avaient pris le volant au cours de l’année précédente ((« Environnement et sécurité : nouvelles préoccupations des automobilistes » Régis Bigot, Patricia Croutte, Franck Delpal)). Pour près de 80% d’entre eux, il s’agissait même d’un geste quotidien. Intéressant de noter que la part des conducteurs adultes au milieu des années 70 n’était que de 65%.

Une transformation des vecteurs de valorisation

Alors que les années 70 et 80 furent marquées par le « tout bagnole », la valorisation de la puissance et vitesse de celle-ci, les années 90 virent les problématiques environnementales et sécuritaires peu à peu s’imposer parmi les attentes prioritaires dans les années 2000. Cette tendance se constate de manière immédiate dans la publicité pour les voitures : quand les années 80 mettaient en scène Steve ou Michael dans un cabriolet puissant comme symbole de virilité, les années 90 adoubèrent Jacques conduisant en monospace sa petite famille en vacances, comme symbole de l’homme moderne. L’image du bon père de famille responsable, figure plus accessible pour la cadre moyen que celui du beau gosse, devint petit à petit le créneau favori des publicitaires pour vanter les mérites de la sécurité.

La guerre contre l’insécurité routière

2002 a marqué le début de la guerre du Gouvernement français à l’insécurité routière. Dans son discours du 9 février à Garges-lès-Gonesse, Jacques Chirac en faisait une des trois priorités de son prochain quinquennat.
Le grand chantier fut ainsi mis en œuvre : changement de tons dans les campagnes de sensibilisation de la sécurité routière empruntés aux campagnes anglo-saxonnes, abaissement du taux d’alcoolémie toléré, mise en place du permis probatoire, multiplication des radars, tolérance zéro sur les routes…

Dans le même temps, les journaux télévisés en redemandent et matraquent quotidiennement à coups d’images de ces nouveaux dispositifs, de témoignages des forces de l’ordre ; les reportages tracent des parallèles entre les deuils des familles affichés publiquement et le comportement des conducteurs inconscients devenus des néo dangers publics et ennemis publics numéro 1.

secuCe grand chantier, parfois considéré comme disproportionné, enregistra d’emblée des résultats remarquables : dès 2002, le nombre de tués sur la route afficha une nette baisse de 401 victimes en moins par rapport à 2001 ; en 2003, 1 511 personnes en moins furent tuées par rapport à 2002. En deux ans, le nombre de morts sur les routes a ainsi diminué de 29 %. Ce nombre n’a d’ailleurs jamais cessé de baisser depuis cette époque.

Subrepticement, les questions relatives à la sécurité commencent à faire leur apparition dans les études d’opinion. Comme nous l’avons vu lors du premier article consacré à cette thématique ((http://www.delitsdopinion.com/1analyses/les-francais-et-la-voiture-12-les-annees-80-et-90-907/)), les infrastructures de transport continuèrent d’ailleurs à susciter une satisfaction importante de leurs utilisateurs : une très large majorité des Français estime que le niveau de sécurité offert a tendance à s’améliorer sur les nouveaux axes, d’abord sur les autoroutes (82%), ensuite sur les routes nationales (76%), puis sur les routes départementales et locales (63%) ((« Environnement et sécurité : nouvelles préoccupations des automobilistes », de Régis Bigot, Patricia Croutte, Franck Delpal)). Ce constat est d’ailleurs partagé à la fois par les petits rouleurs (moins de 3.000 kms par an) comme par les « gros » (plus de 19.000 kms par an).

Ce sentiment de sécurité ne s’est d’ailleurs pas évaporé puisqu’en septembre 2008 une majorité de Français estimait que la sécurité routière était « plutôt meilleure qu’avant » depuis que Nicolas SARKOZY est Président de la République (43% vont dans ce sens) ((http://www.notretemps.com/article/index.jsp?docId=2350005)). Notons qu’aucune amélioration flagrante ne s’est matérialisée avec l’arrivée d’un nouveau Président et qu’au contraire, les rythmes de diminutions du nombre de morts sur la route ont plutôt eu tendance à faiblir depuis 2007.

Reprenant l’exemple de la modification du rapport avec la vitesse, l’exemple du bridage des moteurs en est l’exemple le plus probant. En 2005, trois Français sur quatre se déclarent favorables à la limitation de vitesse des voitures dès leur fabrication en usine ; les conducteurs expriment le même sentiment dans des proportions relativement semblables (72%). Les premières personnes à manifester ce souhait restent les femmes (84 %) et les plus de 70 ans (86 %), à l’opposé, on trouve les hommes (64%) ou les moins de 25 ans (65 %) ((« Environnement et sécurité : nouvelles préoccupations des automobilistes » Régis Bigot, Patricia Croutte, Franck Delpal)).

L’augmentation du prix du carburant et le crise

La problématique environnementale, arrivée à maturation à la fin des années 90, se voit largement aidée par l’augmentation du prix du pétrole amorcée en 1999. Les données de l’Insee montrent que le prix des carburants et lubrifiants liés à l’automobile, en base 100 en 1998, étaient à 120 en 2000 et près de 160 en 2006. La dernière – et particulièrement violente – augmentation du prix des carburants, mêlée à la crise économique, eurent des effets rapides sur l’utilisation des véhicules. Un sondage CSA réalisé en octobre 2008 nous apprend que 41% des personnes interrogées déclarent moins utiliser leur véhicule depuis 2 ans. Parallèlement, l’Association Française des Autoroutes publie une étude qui montre que pour la première fois depuis 1980, la circulation sur les autoroutes a diminué de 1,4% en 2008. De même, en août 2008, 58% des automobilistes avaient moins utilisé leur véhicule les mois précédents ((http://www.macif.fr/WCM/NWCMInter.nsf/$all/0810F34FE0D46EEEC12574C5004D923C/$file/CP%20Barom%E8tre%20Macif%20Mobilit%E9%20durable%2008_120908VF.pdf)).
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Une tendance qui ne devrait pas s’inverser

Au même moment, plus de trois Français sur quatre se déclarent prêts à changer leurs comportements et leurs habitudes en matière de déplacement en vue de lutter contre le réchauffement climatique. Autre tendance lourde, durant le premier trimestre 2009, plus de la moitié des ventes de voitures nouvelles ont bénéficié du bonus écologique. Le pourcentage des ventes de véhicules aux émissions de CO2 inférieures à 140 g/km a plus que doublé en 7 ans et représentait, l’année passée, 63% des parts de marché. Elles devraient encore augmenter au cours de 2009. Sur le marché français un véhicule neuf émet ainsi désormais en moyenne 140 g/km de CO2. Avec ce taux, la France arrive en tête – avec le Portugal – des pays européens aux véhicules neufs les moins émetteurs de CO2 et ils ont déjà atteint l’objectif européen de 140 g/km de CO2.
On voit donc que le rapport des Français à leur auto a inclus successivement des évolutions dans les modes de valorisation, des éléments macroéconomiques, des prises de conscience publique et des actions de politiques publiques fortes. Les tendances actuelles réclament plus de sécurité, la prise en compte de contraintes économiques et les considérations écologiques devraient structurer durablement le paysage automobile et amener les principaux producteurs à prolonger leur adaptation de leur offre.

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