Les défis de François (1/2)

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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Il y est ! Aussi improbable que cela aurait pu sembler il y a encore un an jour pour jour, juste avant l’explosion en vol de DSK, François HOLLANDE devient aujourd’hui le 7ème Président de la Vème République.

Dans une ambiance d’enthousiasme prudent, pour ne pas dire avisé, la France de la Bastille n’a pas fêté comme elle l’avait fait sans retenue en 81 l’arrivée au pouvoir d’un Président socialiste. Pas loin de promettre des larmes et du sang, de nombreux commentateurs, souvent de droite, annoncent d’ores et déjà un quinquennat douloureux et des lendemains qui déchantent pour le Président et les Français l’ayant porté du pouvoir.

Qu’en est-il vraiment ? Délits d’Opinion fait le point dans cet article sur la dimension politique, avant de s’intéresser dans un suivant sur la partie économique.

État de grâce ou pas état de grâce ?

La morosité ambiante semble clairement interdire une quelconque euphorie. A force de s’entendre répéter que la situation est grave et qu’elle le sera encore plus demain, l’ambiance est légèrement cassée. L’absence de grand optimisme était déjà prégnant dès le début mars. A peine un tiers des Français croyait en une amélioration de la situation du pays avec le victoire de François HOLLANDE, ce chiffre tombait à 20% en cas de réélection de Nicolas SARKOZY ((http://www.francetv.fr/2012/sondage-les-francais-sceptiques-envers-sarkozy-et-hollande-105005)).

Ce manque d’optimisme se conjugue avec un manque d’enthousiasme en faveur du candidat PS. Au second tour, la moitié de ses électeurs a souhaité exprimer un refus du Président sortant, soit une proportion plus importante que celle l’ayant rallié par adhésion (49%). A titre de comparaison, en 2007, 55% des électeurs du candidat UMP l’avaient désigné par volonté d’adhésion.

En outre, seulement56% des Français pensent que François Hollande fera un bon président de la République ((http://www.bva.fr/fr/actualites/communiques_de_presse/election_presidentielle_bilan_complet_sur_les_sondages.html)). Ce score, certes majoritaire, est en retrait sensible par rapport à ceux enregistrés en 2007 par Nicolas Sarkozy (63%), en 1995 par Jacques Chirac (64%) et en 1981 par François Mitterrand (74%).

L’autre difficulté majeure réside dans l’absence totale de marges de manœuvre. Marges de manœuvre financières délicates  avec chaque jour des mauvaises nouvelles macroéconomiques et marges de manœuvre limitées dans le temps avec dès cette semaine des rendez-vous cruciaux : en une semaine le nouveau Président rencontre Angela MERKEL et se rendra au sommet du G20 et de l’OTAN.  En juin, il devra faire face à de nouvelles échéances décisives : législatives, bien qu’il se défende de prendre partie à des événements partisans, un nouveau sommet du G20 au Mexique et le Conseil européen.

Ce manque de réserve temporel et financière renforce la pression sur François HOLLANDE qui devra à tout prix éviter un faux pas d’ici les législatives. Pour le moment impeccable lorsqu’il s’est agi d’éviter les bourdes et les pièges tendus, il devra pouvoir compter sur son Gouvernement qu’il nommera demain, pour le suivre dans cette vertu. Et la tâche pourrait s’avérer périlleuse…

La question du choix de son équipe gouvernementale

L’identité des membres clés de son équipe a déjà largement filtré et la journée de demain ne devrait que confirmer les grandes lignes déjà largement prévisibles. L’enjeu principal de cet exercice consiste à trouver un juste équilibre entre poids lourds et jeunes pousses, tout en respectant une exigence de parité et la nécessité de trouver des personnalités à la hauteur. Pas évident.

D’un côté il paraît délicat de ne pas placer des FABIUS, AUBRY ou SAPIN dans l’équipe gouvernementale, de l’autre ces personnalités ne représentent pas franchement le changement promis. De même, la plupart des nouvelles « têtes » annoncées très probables entrants au Gouvernement (Jean-Marc AYRAULT, Marisol TOURAINE, Jean-Marie LE GUEN, Michel SAPIN, Alain ROUSSET, François REBSAMEN, André VALLINI, Adeline HAZAN, Stéphane LE FOLL ou encore Jean-Yves LE DRIAN) disposent de visibilité et de côtes de popularité très faibles au sein de l’opinion et ne pourront constituer un soutien à court terme.Il est ainsi particulièrement frappant de constater que pratiquement aucun n’apparaît parmi les 37 principales personnalités politiques ((http://www.tns-sofres.com/popularites/cote/#autres)).

Également, les nominations de certains « nouveaux » (Delphine BATHO, Aurélie FILIPETTI, Jean-Vincent PLACE et surtout Clémentine AUTAIN) laissent craindre de grosses bourdes, sur la forme, comme sur le fond, dont la gauche n’a pas besoin dans sa quête d’une majorité parlementaire et d’assise de sa crédibilité.

Les législatives

Si François HOLLANDE a tout fait pour se positionner au-dessus des partis, il ne pourra faire l’économie d’une victoire socialiste aux législatives lui permettant de mener à bien sa politique. L’instauration d’une majorité passe par deux éléments clairs : des accords favorables avec les Verts et le Front de Gauche, un ralliement clair des Français pour une cohérence institutionnelle excluant une cohabitation.

Ce dernier point sera rendu plus difficile par un élément majeur en partie absent de la prochaine campagne : le sentiment de rejet du Président sortant et de son bilan.

 

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