Les adhérents d’EELV et l’alliance avec le PS : une attitude ambiguë

Les adhérents d’EELV et l’alliance avec le PS : une attitude ambiguë

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë a travaillé au département opinion de l’Ifop, avant de rejoindre le service de la communication des ministères économiques et financiers en tant que cheffe de projet études. Elle est aujourd'hui directrice d'études à Kantar Public (ex TNS Sofres).

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La contribution climat énergie annoncée par le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, lors de l’université d’été d’Europe Écologie les Verts, a été largement interprétée comme un signal adressé aux écologistes pour que ceux-ci restent dans le rang de la majorité gouvernementale. A quelques mois des municipales, le PS chercherait à s’assurer du soutien de ses alliés pour éviter une déconvenue électorale.

Il est souvent dit et écrit que les écologistes se posent des questions quant à leur participation au gouvernement, déçus par la politique menée et notamment par la quasi-absence de mesures dans le domaine environnemental. En outre, ils s’interrogeraient sur les répercussions électorales de leur présence dans un gouvernement impopulaire. N’auraient-ils pas davantage à gagner en se positionnant comme une opposition de gauche ?

Les sympathisants du parti approuvent largement la participation gouvernementale d’EELV (79 % selon un sondage Harris interactive réalisé les 3 et 4 juillet), mais qu’en est-il du corps plus restreint des adhérents, qui peut bien davantage influencer la stratégie du parti car ils en constituent les « forces vives » ? L’histoire a montré que les positions des militants écologistes peuvent assez radicalement différer de celles des sympathisants. Ainsi, lors de la primaire pour l’élection présidentielle en 2012, les adhérents avaient pratiquement élu Eva Joly dès le premier tour alors que les sondages montraient que les sympathisants préféreraient à une très large majorité Nicolas Hulot. On peut gloser sur les résultats obtenus et sur l’efficacité stratégique de ce choix, il n’empêche que les 15 000 adhérents revendiqués par le parti écologiste demeurent souvent, à bien des égards, une inconnue.

De manière générale, les enquêtes auprès des adhérents des partis politiques français sont assez rares. Le CEVIPOF en a conduit une auprès des adhérents d’Europe Écologie les Verts du 18 avril au 21 mai dernier. Cette étude permet notamment d’éclairer l’attitude de cette population vis-à-vis de l’alliance nouée avec le PS après les élections de 2012.

 

Favorables à une participation gouvernementale, les adhérents déchantent

La participation à un gouvernement de gauche suite aux élections de 2012 apparaît comme un choix relativement évident pour les adhérents d’EELV, qui n’en rejettent pas le principe.

Ils déclarent aujourd’hui largement qu’ils y étaient favorables, malgré la polémique sur le MOX lors de la phase finale de conclusion de l’accord électoral pour les législatives, et la reconnaissance de points de désaccord persistants entre les deux partis, pourtant d’importance pour les écologistes, comme la trajectoire de sortie du nucléaire, la construction de l’EPR ou le sort à réserver au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Afin d’assurer la présence de leur parti au Parlement, où EELV ne peut se hisser seul du fait de son poids électoral et du mode de scrutin majoritaire, afin de peser, ne serait-ce qu’un minimum sur la future politique gouvernementale, quitte à laisser certaines de leurs revendications de côté, 75 % des adhérents disent qu’ils étaient « a priori plutôt pour » la participation d’EELV à la majorité avant les élections en 2012 et seuls 16 % « plutôt contre » (9 % « pas vraiment décidé »). Ils réitèrent une position qui leur avait permis de disposer d’un groupe au Sénat quelques mois auparavant et antérieurement de ministres au sein de la Gauche plurielle entre 1997 et 2002.

Après un an de gouvernement, les avis des adhérents vis-à-vis de la participation au gouvernement apparaissent plus mitigés : si une majorité relative estime qu’il s’agit « plutôt d’un bien » pour EELV (49%), un quart (24%) jugent négativement cette participation. 20 % des adhérents considèrent qu’elle ne constitue ni un bien ni un mal pour EELV et 7 % ne se prononcent pas.

Avec seulement un adhérent sur deux jugeant positivement la participation gouvernementale, le parti écologiste n’apparaît donc pas aujourd’hui comme un soutien fort à l’alliance avec le PS. La mise en minorité des partisans de l’alliance n’est pas une hypothèse farfelue. A cet égard, la comparaison avec la participation des Verts à la gauche plurielle est sévère : en 1999, après deux ans de gouvernement avec le PS et le PC, 79 % des adhérents estimaient que la participation des Verts était un bien pour leur parti, une proportion qui descendra à 61 % deux ans plus tard, en 2001. Cette comparaison doit cependant être prise avec précaution, le gouvernement Jospin profitant d’une situation économique plus favorable et le profil des adhérents des Verts de l’époque différant de celui des adhérents actuels d’EELV.

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Quel positionnement souhaité pour les futures échéances électorales ?

Les municipales : un « cas par cas » au premier tour, un ralliement au second

Dans l’optique des futurs scrutins, l’autonomie du parti demeure une préoccupation majeure des adhérents, qui ne sont que 3 % à vouloir, pour les prochaines élections municipales, « toujours présenter des listes de coalition ». Le souhait de François Hollande de présenter systématiquement des listes de « majorité gouvernementale » dès le premier tour pour assurer à la gauche modérée les meilleurs scores possibles apparaît donc pour le moins impopulaire auprès des adhérents écologistes.

Néanmoins, ceux-ci ne souhaitent pas non plus un parti qui serait complètement « autonomiste » lors du prochain scrutin. La volonté de présenter des listes autonomes « dans tous les cas » apparaît également minoritaire (23%). La très large majorité des militants EELV (74%) plaide pour une alliance au cas par cas et pour présenter « tantôt des listes autonomes, tantôt des listes de coalition avec un autre parti », ce qui correspond par ailleurs à la position officielle du parti et reprend la pratique des Verts lors des élections municipales précédentes, en 2008.

La stratégie à adopter au second tour divise davantage les adhérents. En 2008, les Verts avaient également agi au cas par cas. En position de se maintenir dans trois grandes villes de France après y avoir recueilli plus de 10 % des suffrages (Grenoble, où ils avaient obtenu 16 % des suffrages, Lille 12 % et Montpellier 11 %), les différentes listes avaient noué des alliances dictées par les considérations politiques locales : à Lille, fusion dans une liste de rassemblement gauche-Modem conduite par Martine Aubry ; à Montpellier, suite à un désaccord avec le PS, alliance avec le NPA qui avait réuni plus de 5 % des suffrages au premier tour, soit le seuil suffisant pour fusionner (liste d’union qui recueillera 19 % au second tour) ; à Grenoble, maintien au second tour dicté par une opposition à certains projets du maire PS sortant (22 % des voix au second tour).

Aujourd’hui, les adhérents pensent majoritairement (59%) que, lorsqu’un maintien est possible, les listes EELV devraient néanmoins s’allier. Une minorité conséquente de 41 % – presque double de celle défendant des listes autonomes au premier tour – estiment que les listes EELV doivent « se maintenir de façon autonome chaque fois que possible »

 

Les régionales : une demande plus claire d’autonomie au premier tour

Concernant les élections régionales, les choix des adhérents sont radicalement différents et dictés par une plus grande volonté d’autonomie, là aussi, en droite ligne de leur positionnement lors du scrutin antérieur, en 2010. Une majorité des militants (60%) souhaite qu’au premier tour, le parti présente « des listes autonomes dans tous les cas », tandis que 40 % plaident pour « présenter au cas par cas tantôt des listes autonomes tantôt des listes de coalition avec un autre parti ». Pour le second tour, en revanche, 57 % préfèrent que le parti recherche des accords même quand le maintien est possible quand 43 % plaident pour un maintien systématique en liste autonome, un score proche de celui des adhérents souhaitant un maintien au second tour lors des municipales.

 

La présidentielle : une autonomie et rien d’autre

Enfin, pour la future élection présidentielle, c’est également le choix de l’autonomie qui prédomine, et plus largement encore que pour les élections régionales : 70 % des adhérents d’Europe Ecologie les Verts souhaitent que le parti présente un candidat sous ses couleurs dans ce scrutin tandis que 30 % préféreraient un accord avec un autre parti et renoncer à une candidature EELV.

Ainsi, les adhérents d’EELV semblent majoritairement ne pas vouloir déroger à la ligne du parti, à savoir une certaine autonomie au premier tour (totale pour les régionales ou la présidentielle, au cas par cas selon les configurations municipales pour le prochain scrutin communal), pour s’unir ensuite avec la gauche au second tour. Cette stratégie traditionnelle est toutefois loin d’être unanime au sein du parti, avec quatre adhérents sur dix souhaitant une autonomie électorale d’EELV au second tour des élections municipales et régionales. En revanche, le souhait d’une alliance renforcée avec le PS, passant par des accords électoraux systématiques dès le premier tour est très fortement minoritaire, éloignant le scénario d’une PRGisation des écologistes. Ceux-ci devraient donc continuer à jouer leur petite musique, quitte à nourrir les couacs au sein de la majorité.

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