Le vote obligatoire en France… Une solution de facilité pour lutter contre l’abstention?

Le vote obligatoire en France… Une solution de facilité pour lutter contre l’abstention?

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Camille Brun

Analyste Délits d'opinion

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Biographie

Diplômée de Sciences Po Toulouse en Affaires Publiques et titulaire du Master 2 Politiques Publiques et Opinion de l’Université Paris-Dauphine, Camille a commencé par un stage au sein du département Opinion du Service d’Information du Gouvernement, elle a ensuite travaillé au sein du département Opinion à l’Ifop. Elle travaille maintenant au sein du pôle Society chez CSA.

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Avant chaque échéance électorale, le danger de l’abstention réapparait mais l’année 2017 voit ressurgir ce spectre avec d’autant plus d’acuité : l’indice d’abstention actuellement mesurée par l’Ifop dans son Rolling (vague 14) est à 38.5% alors même que l’abstention aux élections présidentielles avoisine d’ordinaire les 20%.
Dès l’école primaire, l’enseignement civique nous apprend que voter est un droit mais surtout un devoir de citoyen. Mais il faut bien admettre que les taux d’abstention enregistrés en France, notamment aux élections intermédiaires, signalent un désintérêt pour les élections, pour le processus même du vote qui ne semble plus répondre aux attentes des citoyens. Quelles solutions à ce désintérêt ? Comment ramener ces millions d’électeurs vers les urnes à nouveau ?

La solution au problème de l’abstention : et si on pensait au vote obligatoire ?

Une des solutions régulièrement avancée est de rendre le vote obligatoire. Ce principe existe déjà dans de nombreux pays, notamment en Belgique, en Australie, en Autriche, au Costa Rica ou encore au Brésil… (et en France mais seulement pour les élections sénatoriales). Quelle forme prend le vote obligatoire concrètement dans ces pays ? En Belgique, par exemple, l’abstention à une élection sans raison valable, est sanctionnée par une amende loin qui peut s’avérer salée (entre 27€ et 55€ pour une première fois, 140€ en cas de récidive…) et par des sanctions administratives « symboliques » : si une personne s’abstient quatre fois en quinze ans, cette dernière est rayée des listes électorales et ne peut être nommée à un poste par une autorité publique.

Le vote obligatoire, est-ce que cela fonctionne ?

Et bien plutôt oui, rendre le vote obligatoire permet de réduire assez considérablement le taux d’abstention : par exemple en Australie, depuis l’instauration de la mesure (en 1924 et uniquement pour les élections nationales), l’abstention a été divisée par cinq. Un succès donc, pourquoi, alors, ne pas l’appliquer en France ?
Un sondage TNS Sofres de 2011 confirmé par une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès en 2015 montrent qu’une majorité de Français est favorable à l’instauration du vote obligatoire (56% se disent en faveur de cette mesure dans la dernière enquête de l’Ifop et ce score monte à 67% si le vote obligatoire s’accompagne d’une reconnaissance réelle du vote blanc), qui fait également son bout de chemin à l’Assemblée nationale : son président, Claude Bartolone avait proposé de mettre en place cette mesure dans un rapport sur « l’engagement citoyen et l’appartenance républicaine » et le député François de Rugy avait également déposé une proposition de loi en ce sens. Mais le vote obligatoire est un peu une vieille rengaine au Parlement, puisqu’il a fait l’objet de plus d’une dizaine de propositions depuis une quinzaine d’années…

Et pourtant, des critiques nombreuses peuvent être adressées au vote obligatoire…

Et pour cause, le vote obligatoire soulève de nombreuses questions. L’instauration du vote obligatoire aurait déjà comme conséquence de davantage stigmatiser les abstentionnistes… et créerait également des inégalités devant l’amende : les personnes les plus aisées pourraient « se permettre » de ne pas voter mais pour les plus défavorisés cela aurait un impact financier beaucoup plus lourd.
Plus encore, le vote obligatoire risque de rendre invisibles les causes de l’abstention et de « déresponsabiliser » le personnel politique.
Enfin, instaurer le vote obligatoire sans prendre en compte le vote blanc semble difficile : on ne peut pas obliger les gens à se déplacer pour mettre un bulletin dans l’urne et dans le même temps ne pas permettre la possibilité de ne pas s’exprimer pour les candidats. Mais dans ce cas, que faire si le vote blanc atteint un score permettant une qualification au 2nd tour ou même une victoire ? Cela remet donc plus largement en cause le mode de scrutin français : le scrutin uninominal à deux tours est-il fondamentalement compatible avec le vote obligatoire dans la mesure où un candidat pourrait arriver en tête mais sans atteindre la majorité absolue… ?

 

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