Le Rolling rythme la campagne présidentielle tous les jours à 18h… Mais comment ça marche?

Le Rolling rythme la campagne présidentielle tous les jours à 18h… Mais comment ça marche?

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Camille Brun

Analyste Délits d'opinion

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Biographie

Diplômée de Sciences Po Toulouse en Affaires Publiques et titulaire du Master 2 Politiques Publiques et Opinion de l’Université Paris-Dauphine, Camille a commencé par un stage au sein du département Opinion du Service d’Information du Gouvernement, elle a ensuite travaillé au sein du département Opinion à l’Ifop. Elle travaille maintenant au sein du pôle Society chez CSA.

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Chaque jour, à 18h pétantes, l’Ifop publie son intention de vote issue d’un processus particulier : le rolling. On parle aussi de « rolling poll » ou de « tracking survey » pour ce mode de recueil particulier qui trouve son origine aux Etats-Unis où il a été mis en œuvre pour la première par l’institut Gallup durant la présidentielle de 1992.

Il est toujours utilisé aujourd’hui par Gallup pour suivre l’approbation de l’action du « commander in chief« , explique Jean-Philippe Dubrulle, chef de groupe en charge du « Rolling » à l’Ifop. Il ajoute, « qu’historiquement, Ipsos a été le premier institut français à mettre en œuvre un « rolling ». OpinionWay s’est aussi lancé dans la course en 2017. De son côté, l’Ifop a lancé son Rolling à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012, par la suite le Rolling a été relancé pour les élections européennes de 2014,  la primaire des Républicains de 2016 et la présidentielle de 2017. »

Alors qu’est-ce que le rolling ?  

Sur le principe, il s’agit d’interroger un échantillon de la population à intervalle régulier et resserré, en l’occurrence quotidiennement pour l’Ifop. Ceci permet d’actualiser chaque jour les résultats des (mêmes) questions posées, créant ainsi un « thermomètre » de l’opinion.

Comment fonctionne le rolling ? En quoi est-ce différent d’une intention de vote classique ?

Afin de publier chaque jour une intention de vote (sur un échantillon global de 1 500 personnes), l’Ifop a fait le choix d’interroger quotidiennement environ 500 personnes. Chaque jour, à compter de la troisième vague de terrain d’enquête, les réponses des 1 500 dernières personnes sont agrégées. Il s’agit d’un dispositif « glissant » contrairement à une intention de vote qui s’apparente plus à un « coup de sonde », un « one shot ».

Le renouvellement de 500 interviews par jour pose question: pourquoi ne pas sortir une intention de vote quotidienne sur 1000 ou 1500 personnes directement ? Premièrement, reconnait Jean-Philippe Dubrulle, « ça serait très coûteux et contraignant à mettre en œuvre ». Mais le nombre de 500 interviews n’est cependant pas fixé au hasard… « Publier chaque jour une intention de vote recueillie auprès d’un échantillon distinct, c’est risquer de montrer des évolutions parfois brutales, illogiques voire artificielles. Les aléas de terrain, les réactions trop à chaud (la campagne actuelle en regorge !) ou encore le manque de temps pour qu’une information « infuse » dans la population sont autant d’écueils qui nous souhaitions éviter. Face à ces pièges, nous avons choisi une méthode permettant d’échelonner les interviews sur un temps moyen (trois jours dans le Rolling Ifop) afin de tempérer les effets de conjoncture à la fois trop violents et éphémères. »

Une intention de vote par jour… n’est-ce pas un peu trop? Comment analyser des microévolutions d’un jour à l’autre ?

Dans une période où les sondages politiques sont légion, on peut s’interroger sur la pertinence, outre le fait d’occuper l’espace médiatique, de publier une intention de vote quotidiennement. Cette abondance de chiffres peut même avoir un effet contre-productif, pouvant provoquer une saturation dans l’opinion publique. Mais pour Jean-Philippe Dubrulle, tout l’intérêt du rolling est là, il permet justement une analyse sur le long terme des dynamiques en place, cela permet de s’abstraire d’un des principaux défauts des enquêtes d’opinion (surtout en matière politique), la discontinuité. Interroger les Français au quotidien permet de retracer la chaîne de l’opinion, maillon par maillon. Et cela permet également de dater le début et la fin d’un phénomène médiatique de manière très précise. Avec un tel suivi de l’opinion, il y a donc moins de risque « d’angles morts » dans l’analyse.

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