Le réveil des électeurs de droite est-il possible ?

Le réveil des électeurs de droite est-il possible ?

Photo du profil de Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Directeur du département Opinion et Stratégies d'Entreprises de l'Ifop

Biographie

Directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprises de l’Ifop

Tous les articles de cet expert

A quelques semaines maintenant du premier tour, on observe que les intentions de vote actuelles se caractérisent d’une part par des indices d’abstention élevés pour une élection présidentielle ainsi que par une volatilité importante de l’électorat de certains candidats… Quelles conséquences sur le scrutin selon vous ?

Jérôme Fourquet : D’abord, l’abstention pénalise structurellement plus Marine Le Pen car elle a un électorat plus populaire qui traditionnellement se déplace moins pour aller voter.

Ce qui est plus inédit aujourd’hui, c’est une abstention « différentielle » : une abstention plus forte dans un camp ou un autre qui peut pénaliser un ou plusieurs candidats. Par exemple aujourd’hui, on peut penser que François Fillon paye le prix des « affaires » : il a un niveau d’intention de vote relativement bas, ce qui nous amène à penser qu’il y a une partie de l’électorat de droite qui s’est réfugiée dans l’abstention. Toute la question est de savoir s’ils vont y rester définitivement, ou si dans les derniers jours ils vont aller voter, même s’ils sont résignés, pour François Fillon. Et c’est en ça que l’on peut parler d’un « vote caché » pour le candidat de la droite.

Justement, à propos du fameux « vote caché » pro-Fillon, qu’en pensez-vous ?

Jérôme Fourquet : Pour moi, on n’est pas sur un vote caché au sens de vote « honteux » comme on a pu le voir à une époque pour le Front National. C’est plutôt un électorat de droite et en partie du centre qui s’adapte, il n’a pas honte de voter François Fillon, c’est juste qu’à date, actuellement au moment présent, il n’envisage pas de voter pour le candidat LR parce que ce dernier a beaucoup déçu.

La question que l’on se pose actuellement, c’est de savoir si ces électeurs vont s’abstenir jusqu’au bout ou pas. Est-ce que dans la dernière ligne droite, à force d’échanger avec des proches, d’en entendre parler, d’être soumis à la communication des pro-Fillon, est-ce que l’électeur de droite ou du centre qui aujourd’hui déclare ne pas voter François Fillon, ne va pas finalement se décider pour ne pas « laisser passer sa chance » ?

Maintenant, une dernière question sur la montée de Jean-Luc Mélenchon ces derniers jours : le croisement des courbes Fillon/Mélenchon dans les prochains jours est-il possible selon vous ?

Jérôme Fourquet : Evidemment, c’est un paramètre à surveiller car depuis quelques temps Jean-Luc Mélenchon se rapproche de plus en plus de François Fillon dans les intentions de vote et on l’observe d’ailleurs très bien dans le Rolling de l’Ifop.

Même si ce ne sont pas du tout les mêmes électorats, ça changerait beaucoup de choses. On peut analyser cela par deux prismes : soit on peut penser que ça va complètement démoraliser la droite si son champion se fait doubler par le candidat de la France Insoumise, ou, au contraire, ça sert d’électrochoc aux électeurs de droite et cela entraine une remobilisation.

En 2012, Jean-Luc Mélenchon était crédité de 13% à 14% d’intentions de vote dans les derniers jours de la campagne avant de faire finalement un score à la présidentielle de 11%. Se peut-il, qu’il soit encore une fois surestimé ?

Jérôme Fourquet : En effet, il avait même été donné à 15% dans le dernier sondage Odoxa avant le premier tour de 2012, devant Marine Le Pen. Mais la situation est très différente cette année : en 2012, le vote de raison des électeurs de gauche c’était d’aller vers François Hollande, de faire jouer la raison sur la passion. Mais aujourd’hui, la configuration fait que Jean-Luc Mélenchon n’a pas de candidat en face de lui qui peut jouer le rôle « d’aspirateur » ou de « rassembleur » : Benoît Hamon est largement distancé et il ne fait pas le poids.

 

Tous nos remerciements à Jérôme Fourquet, Directeur du département Opinion et stratégies d’entreprises de l’Ifop.

Partager ce contenu :

Laisser un commentaire