Le retour de la droite la plus bête du monde ? (2/2)

Le retour de la droite la plus bête du monde ? (2/2)

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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Rentrée 2010, Délits d’Opinion mettait en avant les principales faiblesses de la droite française et les défis à relever courant 2011 ((http://www.delitsdopinion.com/1analyses/politique-le-retour-de-la-droite-la-plus-bete-du-monde-3529/)).

Le constat était alors assez clair : une popularité historiquement basse, un niveau de confiance historiquement bas, des affaires, des ministres aux commandes peu crédibles, des résultats de politique publique peu convaincants, des choix stratégiques contestables et des jeunes pop ridicules.

Le constat n’est pas beaucoup plus brillant aujourd’hui et les revers annoncés à l’époque se sont déroulés dans les proportions annoncées : les cantonales furent un désastre, les sénatoriales furent historiques.

Une confiance toujours aussi basse…

et des intentions de vote dans les chaussettes

Source : Baromètre Politique Décembre 2011 Tns-Sofres

Depuis septembre 2010 la confiance envers le Chef de l’exécutif n’a pas franchement décollé : elle a même atteint un nouveau plus bas avec seulement 20% de confiance en mai 2011 quand 68% ne lui accordent pas aujourd’hui leur confiance.

Dans le détail, les défiants sont particulièrement majoritaires parmi les 25-34 ans et les CSP -.

Rare point de satisfaction : les plus âgés (ici plus de 65 ans), qui avaient permis à Nicolas Sarkozy de remporter la présidentielle, en étant la seule catégorie d’âge majoritaire au second tour à le préférer à la candidate socialiste, résistent plutôt mieux que les autres (« seulement » 57% ne lui font pas confiance). Au final le constat est assez terrible : un maximum de 37% d’une catégorie de population accorde encore sa confiance au Président de la République.

Sarko et l’UMP qui pleurent, Hollande et le PS qui rient

A noter également que parmi les personnalités politiques dont les Français souhaitent qu’elles jouent un rôle à l’avenir, se trouve François Hollande en leader avec 47%, devant Martine Aubry 43%. A l’opposé on observe les principaux lieutenants de Nicolas SARKOZY : Bruno Le Maire (responsable du programme), Brice Hortefeux et Claude Guéant, avec seulement 10% de citations.

Le parti de la majorité présidentielle souffre également avec près de six Français sur dix déclarant en avoir une mauvaise image. A l’inverse, le PS s’en sort plutôt bien avec 46% de nos concitoyens qui en ont une image plutôt positive.

Au final, le souhait de victoire de la gauche à la prochaine présidentielle reste largement majoritaire avec a minima 10 points de plus que celle de la droite ((http://www.ifop.com/media/poll/1709-1-study_file.pdf)).

Concernant les intentions de vote, le constat n’est pas beaucoup plus glorieux. Le Président sortant est donné perdant dans tous les cas de figure avec en moyenne au moins 20 points de retard au second tour alors même que François Hollande n’a pas commencé sa campagne.

L’idée d’une future défaite du Président sortant et d’une victoire du Parti Socialiste prend également de l’ampleur au sein de l’opinion publique. Ainsi, lorsqu’on interroge les futurs électeurs sur leurs prévisions de victoires, près d’un sur deux désigne François Hollande comme le candidat victorieux. A peine un tiers voit en Nicolas Sarkozy l’étoffe d’un vainqueur (( Baromètre Politique Décembre 2011 Tns-Sofres  )).

Pire, les souhaits de victoire : seulement 27% des Français souhaitent une victoire de Nicolas Sarkozy. Près d’un tiers souhaite la victoire de son principal adversaire.

La difficile question des reports de voix

Bien que la question reste difficile à trancher cinq mois avant l’élection et qu’au final la dynamique électorale déterminera les logiques de vote, les reports de voix entre le premier et le second tour semblent constituer une nouvelle épine dans le pied du Président.

En effet, même les électeurs frontistes, dont Nicolas Sarkozy avait adopté la rhétorique pour obtenir leurs voix, semblent hésiter avec François Hollande avec une courte majorité préférant le Président sortant (36% contre 29% iraient voter au second tour pour François Hollande).

Sans surprise une très large majorité d’électeurs d’Eva Joly au 1er tour se tournerait vers le candidat PS au 2nd tour et François Bayrou confirme son positionnement électoral de centre gauche.

Comment en est-on arrivé là ?

 

Les raisons sont nombreuses. En septembre 2010 Délits d’Opinion mettait en évidence plusieurs boulets toujours présents.

1) Les « affaires » : les Joyandet, Woerth et autres Blanc ont laissé leur place aux restes de l’affaire Bettencourt, à Ceccaldi-Raynaud et autres de Bonnecorse qui balance des systèmes de financements illicites. La dimension des affaires devient plus dramatique avec les morts de Karachi, affaire où le Président fut directement mis en cause.

On frôle le ridicule quand furent publiées des photos de responsables de l’UMP et/ou très proches du futur candidat en compagnie d’un vendeur d’armes.

2) Des résultats en matière de politique intérieur catastrophiques : la bilan de quatre ans de présidence est globalement considéré comme un échec. Une étude menée par BFM et Challenges, qu’on peut difficilement taxer de gauchisme, met en avant le chiffre de 73% de répondants jugeant ce bilan  « mauvais » (( http://referentiel.nouvelobs.com/file/1748714.pdf )). Ce chiffre est même en « progrès » par rapport à mai 2010 où la proportion s’établissait à 69%.

Il est ainsi étonnant de constater que même chez les sympathisants de droite, la part de satisfaits de ces quatre années au pouvoir est difficilement majoritaire avec un petit 51%.  Parmi les grandes mesures de cette période, le bouclier fiscal constitue un boulet avec 57% des Français estimant que son impact est négatif (seulement 20% y voient un effet positif, soit un solde de – 37). Interrogés sur les effets à venir de cette mesure, le solde négatif se creuse même à 71.

Le probable déclassement de la note française lors du premier trimestre 2012 ne devrait pas améliorer le climat actuel et retirera l’un des principaux arguments utilisés par l’UMP à l’encontre du PS, qu’il qualifie régulièrement « d’irresponsable » sur les questions de rigueur budgétaire.  Dans ce contexte de perte du triple A, de facto déjà perdu si l’on regarde les niveaux auxquels emprunte notre pays, la tactique d’une majorité ayant perdu ce triple A visant à disqualifier le PS en misant sur son « irresponsabilité » présumée peut sembler douteuse. Les nombreux rapports critiques de l’Inspection Générale des Finances, du Conseil Economique, Social et Environnemental ou de la Cour des Comptes à l’égard de la politique économique menée depuis 2007 ne plaident pas non plus en faveur d’une arrogance de posture.

En outre, sur ce terrain, la bataille de l’opinion est peut-être d’ores et déjà perdue : François Hollande est désormais perçu dans de nombreuses études d’opinion comme plus crédible que le Président sortant pour réduire la dette et les déficits publics (( http://www.atlantico.fr/decryptage/credibilite-francois-hollande-nicolas-sarkozy-dette-francais-vote-sceptiques-sondage-ifop-atlantico-211489.html )).

3) un positionnement difficile entre ex RPR et ex UDF : Nicolas Sarkozy va devoir évoluer avec un centre avec qui l’heure est à « l’apaisement ». La candidature de Hervé Morin et ses 2% d’intentions de vote n’ont pas suscité les mêmes remous que celle potentielle à l’époque de Jean-Louis Borloo. Parmi les causes possibles de cette bienveillance élyséenne, Hervé Morin pourra jouer le rôle du dernier baton dans la roue de François Bayrou, qui n’hésitera probablement pas, comme en 2007, à appeler à ne pas voter Nicolas Sarkozy au second tour.

A la droite du Président, un mouvement – la Droite populaire – qui n’a ni budget ni leader charismatique mais dont l’importance électorale a déjà été analysée sur Délits d’Opinion.

Ce vieux clivage entre idéologie dominante de l’UDF et bataillons d’électeurs RPR déterminera en partie les possibilités de réélection.

Afin de répondre à cette ambition et d’occuper le terrain médiatique et idéologique, l’UMP avance avec comme ordre de bataille trois droites :

« la droite sociale » : son chef de file est Laurent Wauqiez, il vise à lutter contre « l’assistanat d’en haut et d’en bas ». Ce mouvement ambitionne de  « reconstruire le contrat social autour des classes moyennes ». Derrière cette philosophie tocquevilienne ciblant une classe moyenne  « ne songeant guère aux affaires publiques que pour les faire tourner au profit de ses affaires privées », on trouve une stratégie électorale plutôt habile. En outre, la posture adoptée  « des droits et des devoirs », correspond remarquablement bien aux tendances de fond qui structurent l’opinion publique.

Ce mouvement compte une cinquantaine de parlementaires UMP et pourrait se voir fondre dans un mouvement plus large « la droite juste ». La pertinence de la rhétorique ségoléniste de cet éventuel nouveau mouvement et le sous-entendu que le reste de la droite serait injuste paraîssent en revanche particulièrement douteux.

 – « la droite humaniste » : lancé en octobre dernier sous la houlette de  Jean Leonetti (Ministre des Affaires européennes, Parti radical) et du secrétaire d’Etat à la Défense Marc Laffineur (UMP), ce mouvement vise à créer un pôle « centriste et humaniste ». Ce courant pourra être perçu comme proche idéologiquement de François Bayrou ou du PS avec des projets de renouvellement du fonctionnement démocratique, de l’éducation ou d’une « fiscalité juste et moderne ».

Les 109 signataires de la « charte des humanistes » comptent des parlementaires, dont certains proches de Copé ou Fillon et plusieurs ministres.

4) un focus sur les questions d’immigration et d’insécurité en question : afin d’assouvir les franges les plus dures de la droite, une partie de la rhétorique vise à nouveau les questions d’immigration et d’insécurité. Est-ce la bonne stratégie ? Pas sûr. Tout d’abord, ces thématiques sont loin d’être les priorités des Français et ce depuis de nombreux mois. Il s’agissait déjà là d’un point abordé par Délits d’Opinion en 2010 et le constat n’a que peu changé : en novembre dernier les préoccupations principales de nos contitoyens tournaient autour de problématiques économiques et sociales, loin devant « la sécurité des biens et des personnes » (seulement en 9ème positionnement avec 15% de citations) et l’immigration (12ème et avant dernière préoccupation citée avec 10% de références).

Cette analyse fut partagée, dans des termes beaucoup plus durs par Dominique Reynié, pourtant fondateur d’un think tank très proche de l’UMP. Celui-ci déclarait ainsi suite à la perte du Sénat : « L’autre problème est le rapport au populisme. Il faut combattre le populisme. Le débat sur la laïcité, la loi sur la burqa, le discours de Grenoble ont été contre-productifs : ils ont créé un malaise au sein de l’électorat modéré. Les discours de la Droite populaire, ses formules à l’emporte-pièce, sont une insulte à l’intelligence. »

5) un mercato gouvernemental qui ne fait pas rêver : victimes des affaires, de leur égo ou aspirant à d’autres activités, le Gouvernement a vu partir Jean-Louis Borloo, MAM, Christine Lagarde. Trois poids lours, trois ministres de dimension, crédibles mais aussi trois anciennes stars de l’opinion ((http://www.tns-sofres.com/popularites/cote/index.php))/

Face à ces poids lourds, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet ou François Baroin semblent un peu light, tant sur la question de la popularité que de celle de la crédibilité à gérer des situations de crise ou de la stature d’homme d’état. Comme symbole, le palmarès publié par le Financial Times des Ministres de l’Economie les plus influents de l’Union Européenne. François Baroin y est classé parmi les derniers, quand son prédécesseur était arrivée en tête en 2009. Les difficultés que connaît Valérie Pécresse à faire entendre le message du Gouvernement auprès des marchés et les critiques qui s’abattent sur la politique économique menée face à la crise de la dette relève de cette même logique.

A force de faire des coups politiques et de ne vouloir froisser aucun courant de la majorité, le Président n’a pas placé les meilleurs aux postes clés, ce qui pourrait peser lourd dans son bilan quinquennal.

6) une personnalité qui rebute encore et toujours : last but not least, la personnalité du futur candidat sortant paraît toujours aussi peu attractive. Brice Teinturier, Directeur général Délégué d’Ipsos, écrit ainsi : «  le Président est jugé par une très forte majorité de Français (60% et plus suivant les dimensions) comme étant insincère, pas honnête, pas sympathique et ne comprenant pas les problèmes des gens » ((http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/2011-12-07-sarkozy-dynamique-prometteuse-arithmetique-inquietante)).

 

Les raisons d’y croire

 

Pourtant les raisons d’y croire existent. Si les intentions de vote au second tour sont catastrophiques, celles du 1er tour incitent beaucoup plus à l’optimiste. En effet, alors que la question de sa présence même au second tour était posée début 2011 au moment où Marine Le Pen connaissait sa meilleure période avec des intentions de vote autour de 20%, le Président de la République remonte et accroche les 25%. Dans certaines intentions de vote, il tutoie désormais les 30%. Il est ainsi à peine devancé par François Hollande. La possibilité de le voir ainsi virer en tête au premier tour est donc toujours d’actualité. Cette possibilité est fondamentale puisqu’elle permettrait de renverser totalement la tendance du second tour, bien que les réserves de voix semblent justes pour l’UMP. Ce point s’affiche avec une acuité particulière tant François Hollande semble apte à rallier un électorat centriste que la candidate PS de 2007 l’avait en partie fait fuir. L’autre absence de reports de voix provient des électeurs FN qui se montrent moins enclins à rallier l’UMP.

Autre point positif : les électeurs sarkozistes paraissent légèrement plus nombreux à le soutenir pour la victoire au second tour. 91% de ses électeurs souhaitent le voir remporter au final la présidentielle. Ce chiffre n’est « que » de  88% pour François Hollande.

BORLOO : un poids en moins… remplacé par de VILLEPIN ?

La non-candidature de Jean-Louis Borloo constitue incontestablement une bonne nouvelle pour le candidat UMP. Le Président du Parti Centriste était crédité d’intentions de vote situées entre 6% et 8%.

Pourtant cette bonne nouelle est à minorer. Tout d’abord les évolutions des intentions de vote avant et après l’annonce du retrait de Jean-Louis Borloo ((http://media.lejdd.fr/original/media/files/politique/intentions-de-vote-pour-llection-prsidentielle-de-2012-octobre-2011.pdf )) montrent que son retrait profitent plutôt au candidat socialiste. En outre, son retrait diminue également le potentiel de voix au second tour pour le candidat UMP.

En outre, son désistement laisse la place à Dominique de Villepin, dont on peut toutefois douter de sa capacité à rallier les alliées politiques et financiers pour tenir la distance.

Une situation de sortant lui assurant une crédibilité plus forte sur certains points

 

Nicolas Sarkozy dispose d’une arme importante à son arc : l’expérience présidentielle. Celle-ci lui permet de bénéficier d’une crédibilité supérieure à celle de François Hollande, notamment sur des thématiques de politique extérieure.

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