Le manque de confiance des femmes, frein réel à l’égalité

Le manque de confiance des femmes, frein réel à l’égalité

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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D’après le dernier rapport du Forum Economique Mondial consacré à ce sujet, il faudrait encore 118 ans, au rythme actuel, pour combler l’écart économique entre les hommes et les femmes. Si les disparités entre les deux sexes ont tendance à décroître, nous sommes donc encore loin d’avoir atteint l’égalité, en France comme ailleurs. Plus inquiétant encore, ce rapport pointe un ralentissement, voire dans certains pays un arrêt, du phénomène de convergence de la situation des hommes et des femmes dans différents domaines. Les raisons de ce ralentissement sont multiples et découlent probablement en partie de la crise économique mondiale.

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Mais elles sont  sans doute également à rechercher, au moins dans les pays les plus avancés en la matière, comme la France en 15ème position (une place de mieux par rapport à la précédente édition), du côté de la résistance des mentalités, et notamment des mentalités féminines. Si l’on achoppe sur l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, c’est également qu’en dépit des efforts faits pour la promouvoir, les femmes peinent encore à saisir toutes les opportunités qui pourraient s’ouvrir à elles.

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Des femmes encore trop absentes de la scène publique

Le rapport du Forum Economique Mondial l’affirme : c’est dans le monde politique que les inégalités entre les sexes sont le plus marquées. Cela est moins vrai en France qu’ailleurs, résultat de la mise en place de mesures législatives visant à faire progresser la représentation paritaire des hommes et des femmes. Reste que dans notre système de démocratie représentative comme dans les tentatives de démocratie directe, les femmes demeurent en retrait. Si les femmes représentent désormais près de la moitié des conseillers départementaux et régionaux suite aux dernières élections locales, seuls 16% des maires et un quart des parlementaires sont de sexe féminin. Et force est de constater que dans les mouvements citoyens naissants aujourd’hui en France, elles apparaissent également minoritaires ou moins audibles. Le site Laprimaire.org permet à n’importe quel Français de se porter candidat à une primaire citoyenne en vue de l’élection présidentielle de 2017. Au moment de la rédaction de cet article, sur 144 candidats déclarés, seuls 8 étaient des femmes. Parmi les candidats plébiscités, le ratio apparaissait un peu plus bénéfique aux femmes, mais elles n’étaient toutefois que 34 pour 108 hommes. Spontanément, les femmes sollicitent donc moins la charge de représenter le peuple et sont moins envisagées pour le faire, alors même que selon un récent sondage Harris Interactive pour Nous Citoyens, 82% des Français estiment qu’il faudrait davantage de femmes participant à la vie politique du pays.

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Même constat lorsque l’on se penche sur les prises de parole volontaires dans le mouvement « Nuit Debout ». S’il n’est pas question ici de représentation, le mouvement rejetant ce mécanisme qui fonde aujourd’hui notre système politique, constatons néanmoins que les femmes prennent moins la parole sur ces scènes publiques. Si les chiffres trouvés ici ou là sont à prendre avec prudence, ils vont néanmoins généralement dans le même sens, celui d’une moins grande prise de parole des femmes que des hommes. D’après le compte-rendu de l’Assemblée Générale Populaire de Nuit Debout du 13 avril, le décompte a permis ce soir-là de mettre en exergue que seuls 14% du temps de parole avaient été pris par des femmes sur la place de la République. Ceci a débouché sur la consigne de faire remonter les femmes dans la liste des tours de parole afin de promouvoir la parité, sans que l’on sache si cette disposition a permis de véritablement faire évoluer cette répartition du temps de parole.

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Des femmes qui n’osent pas assez professionnellement

Dans le domaine professionnel, autre secteur où les inégalités persistent, les femmes dans leur ensemble ne semblent guère plus confiantes. Si on peut se réjouir de voir se multiplier les exemples de femmes à la tête de grandes entreprises, comme Sophie Bellon à la tête de Sodexo, qui rejoint le cercle très fermé des femmes présidentes de sociétés du CAC40, elles font encore figure d’exception. Tandis que la règle demeure la difficulté de percer le plafond de verre dressé au-dessus des têtes féminines, la Harvard Business Review a récemment tenté de comprendre les raisons du déséquilibre du ratio hommes/femmes dans le management. Et dans l’article qu’elle a consacré à ce sujet, les chercheurs interrogés estiment que ce déséquilibre découle de la difficulté à distinguer la compétence et la confiance en soi, ce qui profiterait aujourd’hui aux hommes et pénaliserait les femmes. Ainsi, Tomas Chamorro-Premuzic, professeur de psychologie des affaires au University College London, déclare : « C’est parce que nous interprétons les signes de confiance comme des signes de compétence que nous nous laissons berner par la croyance que les hommes sont de meilleurs leaders que les femmes. ».

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Les femmes, en dépit de toute considération sur leurs compétences, peineraient à afficher ces signes de confiance en elles et seraient dès lors pénalisées lorsqu’elles seraient en compétition avec des hommes pour l’exercice de fonctions dirigeantes. Alors même qu’elles disposent du même capital de confiance à leur entrée dans l’entreprise, voire d’un capital plus important suite à des études souvent mieux réussies que les garçons, elles semblent se laisser peu à peu convaincre de leur moindre capacité de management. C’est ce que montre l’étude du cabinet de conseil américain Bain&Co relayée dans l’article de la Harvard Business Review qui montre que le « confidence gap » entre hommes et femmes se creuse au fur et à mesure de la vie professionnelle, seules  16% des employées américaines expérimentées déclarant aspirer à un poste de top management, contre 34% de leurs homologues masculins. Il y a fort à parier que ce constat dressé auprès de salariés américains serait valable en France.

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Autre manière de le dire : les femmes apparaissent moins prêtes à tout que les hommes pour réussir professionnellement. Dans une étude Opinion Way pour les Editions Tissot réalisée auprès de salariés français, joliment intitulée « le cynisme en entreprise », 59% des salariés masculins interrogés se décrivent prêts à tout pour réussir dans leur vie professionnelle, contre 47% des femmes. Celles-ci se déclarent moins prêtes notamment à renoncer à la qualité de leur travail au profit de ce qui peut les valoriser (15% contre 22% des hommes), à manipuler les autres (9% contre 14%) ou à répandre des rumeurs sur leurs rivaux (6% contre 11%), mais aussi moins susceptibles de coucher ou d’user de leurs charmes, même si elles sont aussi nombreuses que les hommes à être prêtes à faire de la rétention d’informations ou à communiquer en permanence sur leurs réussites. Autrement dit : valoriser ses réelles compétences : oui ; en inventer : non. Leur modèle en entreprise tient en majorité de l’intègre Birgitte Nyborg de la série Borgen (48%), tandis que les hommes, s’ils valorisent également en premier ce profil, estiment un peu plus que les femmes que pour réussir dans leur entreprise, il vaut mieux adopter le comportement de Jack Bauer, en fonçant en permanence comme dans la série 24 heures Chrono (24% contre 21%), de Franck Underwood, qui se révèle un grand manipulateur dans House of Cards (23% contre 16%) ou encore de Dexter, en cachant sa vraie nature comme dans la série du même nom (18% contre 15%) ou de Theon Greyjoy, en n’hésitant pas à trahir comme ce personnage de Game of Thrones (12% contre 9%).

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Loin de nous l’idée de dire que les femmes devraient adopter les comportements de ces personnages de série qui pourraient pour la plupart être qualifiés de psychopathes (d’ailleurs tous masculins, les personnages féminins, qui plus est représentés dans la sphère professionnelle, étant moins nombreux). Ou encore loin de nous la tentation de dire que le problème de l’égalité hommes / femmes ne résiderait plus en France que dans « la tête des femmes », qui n’auraient qu’à « se bouger », à faire leur auto-promotion, pour changer cet état de fait. Mais plutôt le souci de réaffirmer que les inégalités entre hommes et femmes reposent sur un substrat culturel encore profondément enraciné qu’il convient de combattre. La première manière de le combattre étant de l’exprimer, pour pouvoir ensuite trouver des manières de le faire évoluer dans le sens d’une plus grande confiance des femmes pour affirmer leur légitimité.

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