Le gaullisme : un héros mais plus d’héritier

Le gaullisme : un héros mais plus d’héritier

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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L’homme de l’année 2010 en France ? Charles de Gaulle, peut-être ? Cette année aura été marquée par la commémoration du 18 juin 1940 et du 10 novembre 1970, soit l’ouverture et la clôture de l’épopée gaullienne. Le contexte actuel, marqué par les scandales, une apparente impuissance politique et une absence totale d’idéal dans l’avenir, favorise la remise en lumière d’un passé pas si lointain.

Un général en supplante un autre dans l’histoire de France

L’envergure historique du Général est telle qu’elle fait de l’ombre, beaucoup d’ombre, aux autres personnalités de l’histoire de France, selon un sondage TNS Sofres. Pour 77% des Français, il en est le personnage le plus important. Il dame ainsi le pion à d’autres figures considérables, telles Napoléon ou Charlemagne. Il faut se souvenir que, selon un sondage datant de 1948, le personnage historique qui fascinait le plus les Français était Napoléon. L’attrait des Français pour l’histoire contemporaine, davantage que pour l’histoire plus ancienne met en relief les personnages du XXème siècle, au détriment des autres.

Outre sa stature de géant historique, De Gaulle connaît une popularité qui fait consensus à titre posthume. Lui qui s’est souvent retrouvé soit seul soit à contre-courant de la majorité (stratégie militaire des années 30, résistance à l’ennemi, opposition aux institutions de la IVème République) jusqu’à son départ dicté par les urnes est aujourd’hui célébré par une France rassemblée autour de sa mémoire. A une époque où la justice sociale devient un débat de plus en plus prégnant dans la société, on salue une action qui a bénéficié à l’ensemble des Français (pour 75% des Français) et non pas aux plus favorisés. Son intégrité morale et politique tranche avec l’environnement politique actuel.

Son aura historique est plus vivace que jamais. Mais se réclamer du gaullisme a-t-il encore un sens aujourd’hui ?

Le triomphe du gaullisme pompidolien sur le gaullisme gaullien

La disparition de De Gaulle n’a pas mis fin au gaullisme politique. Mais ceux qui s’en réclament ont donné un coloris plus ou moins nuancé à leur étendard gaulliste.

Les plus engagés ont vraiment fait de leur filiation au gaullisme le sens même de leur engagement politique. Au-delà de leur appartenance à la droite (ou parfois à la gauche), ils ont cherché à retrouver l’essence du gaullisme de 1946 ou de 1958, lorsque De Gaulle était à la tête d’un Gouvernement d’union nationale, plutôt que du gaullisme de 1965, lorsque le bipolarisme a provoqué un choc « classique » entre un candidat de droite et un candidat de gauche. Cette vision correspond effectivement à celle que retient aujourd’hui une majorité de Français (56% selon l’Ifop), estimant que De Gaulle n’était pas un « homme de droite » mais un « homme en dehors des partis ».

Pourtant, cette stratégie  « gaullo-gaulliste » a toujours échoué. Le gardien du temple, Charles Pasqua, a pu s’enivrer d’espoirs le temps d’un éphémère succès (européennes de 1999). Mais son rassemblement, à l’acronyme non équivoque (RPF), a rapidement sombré, à la suite du départ de Philippe de Villiers et de la multiplication des affaires judiciaires qui le poursuivront, telles des Erinyes. A gauche, Jean-Pierre Chevènement a également tenté de transcender les partis, d’attirer sur son nom tous ceux pour qui la nation, le travail, le volontarisme économique et l’intérêt général faisaient encore sens. Longtemps désigné comme le « troisième homme », son rêve de devenir l’homme de la nation s’est fracassé lors de la présidentielle de 2002. Nicolas Dupont-Aignan n’a, quant à lui, toujours pas percé, souffrant d’une notoriété désespérément en berne. Enfin, le tribun du gaullisme, Philippe Seguin, n’a pas su vaincre ses mélancoliques démons intérieurs ni imposer ses idéaux à une droite qui s’efforçait de ringardiser ses vues.

D’autres hommes politiques se sont limités à faire de leur filiation gaulliste l’une des composantes de leur identité politique, en complément de leur appartenance à la droite. Ils ont finalement davantage hérité de Georges Pompidou que de Charles de Gaulle. Le RPR, qui a dominé la scène politique française à droite pendant 25 ans, a rassemblé la plupart de ces partisans. Néanmoins, la fibre gaulliste de certains membres de ce parti, notamment ceux issus de la frange balladurienne, a souvent eu tendance à se dissiper derrière l’étiquette de droite. Se revendiquer d’un courant dont l’un des dogmes cardinaux est le pragmatisme, dans un monde toujours en mouvement, devient de plus en plus dur. « Qu’aurait fait le Général ?», s’interrogent souvent les gaullistes. Il n’y a pas d’idéologie gaulliste qui pourrait servir de boussole.

Dominique de Villepin, dernier détenteur de la flamme ?

La création de l’UMP en 2004 semblait avoir sonné le glas du dernier grand rassemblement revendiquant l’héritage gaulliste, et le fondateur de la Vème République définitivement remisé dans les livres d’histoire. Pourtant, le contexte politique de la fin des années 2000 l’a, semble-t-il, remis au goût du jour.

La plume d’Henri Guaino a certes contribué à gommer les aspects les plus orléanistes du candidat Sarkozy : les aspirations supposées du candidat à l’atlantisme, au communautarisme et au libéralisme ont été supplantées par un discours patriotique, rassembleur et volontariste. Néanmoins, dans l’exercice du pouvoir, le Président Sarkozy a pu être perçu comme contradictoire avec l’héritage de 1944 et 1958, accusé de stigmatiser des catégories ou de remettre en cause le système de protection sociale. Sur un plan plus personnel, son verbe, son exposition quasi-permanente devant les caméras et son relatif attrait pour les signes ostensibles de réussite lui ont forgé une image aux antipodes de celle de De Gaulle.

Se réclamer détenteur de l’idéal gaulliste permet donc aujourd’hui de se distinguer du président actuel. Dominique de Villepin, qui dans la fougue de la jeunesse, fut le seul gréviste du lycée français de Caracas en 1968, revendique aujourd’hui ardemment cette filiation. Il dispose d’un fait d’arme probant : son « non » adressé aux Américains dans son discours de 2003 aux Nations Unies. Aux yeux des Français, il apparaît désormais comme la personnalité la plus gaulliste. Ce sont les sympathisants de gauche qui identifient clairement Dominique de Villepin comme la référence du gaullisme politique. En revanche, les sympathisants de droite ne tranchent pas entre Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie, François Fillon et Nicolas Sarkozy.

Une flamme largement éteinte…

Près d’un Français sur deux n’est néanmoins pas capable de désigner un héritier, preuve d’un certain flottement pour déterminer ceux qui ont repris le flambeau.

Par ailleurs, la survivance même du gaullisme est remise en cause. 40 ans après la disparition du Général, un quart seulement des Français estime que le gaullisme a encore un sens : même les sympathisants de droite sont minoritaires à le penser. Au mieux, l’idéal gaulliste ne veut plus dire grand chose, au pire il est tout simplement dépassé.

Pour les Français, l’homme du 18 juin appartient donc à l’histoire, sans véritable héritier aujourd’hui.

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