Le Brexit, un précédent avant le Franxit ?

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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Ils n’étaient pas particulièrement les bienvenus dans l’Europe. Les Britanniques avaient dû patienter 12 longues années avant d’intégrer les Communautés européennes. Chose finalement faite en 1973. Mais leur départ pourrait être autrement plus brusque et fracassant. Le référendum au Royaume-Uni remue l’opinion publique française à deux titres. Car au-delà du choc d’un possible départ de Londres, ce référendum bouscule aussi car il interroge la France : un éventuel Brexit n’anticipe-t-il pas un futur Franxit ?

Quatre Français sur dix ne regretteront pas les Britanniques

Si le vote du 23 juin annonce que les îles britanniques choisissent le large, côté français, les larmes ne couleront que modérément. Certes, une majorité de Français, selon CSA, ne souhaite pas le Brexit (60%), mais il est cependant frappant de comptabiliser 40% d’entre eux qui sont, au contraire, favorables au départ du Royaume-Uni. Comment interpréter ces résultats qui révèlent une amitié franco-britannique sans effusion ?

Un sondage Sofres, mené dans divers pays européens, nous apporte quelques clés de lecture. On y repère que, parmi divers pays européens, la France est celui comptant la plus grande proportion de « pro-Leave ». Plus du double des Allemands. Parallèlement, les Français se montrent également moins pessimistes sur les répercussions de ce départ. Seuls 27% des Français pensent que l’Union européenne fonctionnerait moins bien contre 40% des Polonais ou 46% des Danois par exemple.

Les Français, à l’enthousiasme tout en nuance sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE, renouent avec une tradition. Les siècles de mésentente avec la Perfide Albion pourraient ne pas s’être totalement dissipés. Même devenue son alliée pendant les heures sombres, la France a longtemps craint « le cheval de Troie des Etats-Unis en Europe ». Par deux fois, le Général de Gaulle avait mis son veto à l’entrée du Royaume-Uni avant que le Président Pompidou ne prenne le contrepied de cette politique. En 1972, 68% des Français validaient l’autorisation d’ouvrir les portes de l’Europe au Royaume-Uni : on demeurait loin de l’unanimité. Des coups d’éclats de Thatcher réclamant son « chèque » au refus d’adopter l’euro, les Britanniques ont maintenu cette ambigüité à l’égard de la construction européenne.

Franxit : la défiance certaine à l’égard de l’UE ne pousse pas (encore) à s’en retirer

David Cameron restera-t-il dans l’histoire comme l’homme qui a ouvert la boîte de Pandore ? Le référendum dont il a eu l’initiative pourrait en effet enflammer les imaginations partout sur le continent. D’autant qu’une étude du Pew Research Center révèle que les Français portent sur l’UE un regard encore plus négatif que les Britanniques. Avant le référendum de 2005, 69% de l’opinion française en avait une bonne image. Mais un sérieux décrochage s’est produit en 2010, avec une plongée de la courbe qui atteint un plancher de 38 % d’opinion positive en 2016. Désormais, seuls les Grecs en ont une pire image que les Français (27%). A l’inverse, un pays tel que la Pologne associe encore l’Union européenne à une entité valorisante (67%).

Pour autant, l’atmosphère eurosceptique qui règne aux six coins de France ne se cristallise pas autour d’un élan majoritaire en faveur du Franxit. Selon l’Ifop, 66% des Français privilégient le maintien de la France au sein de l’UE contre 34% qui réclament son départ.  L’électorat FN et les ouvriers représentent les seuls segments aujourd’hui acquis au retrait de l’UE. Avec les diplômés du supérieur, les plus de 65 ans constituent, au contraire, un des principaux socles pro-européens en France. Cette frange générationnelle, désormais sortie du monde du travail, est de tradition pro-européenne. Ce sont les retraités, ainsi que les plus jeunes, qui avaient déjà permis au « Oui » de passer in extremis en 1992, lors du traité de Maastricht.  Le monde du travail demeure, quant à lui, plus rétif à l’Europe. Pour éviter un éventuel Franxit un jour, Bruxelles doit tisser du lien avec les classes laborieuses. La « France qui se lève tôt », indocile, reste toujours à conquérir.

Article publié dans lexpress.fr

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