Immigration : de l’universalisme à l’identité nationale

Immigration : de l’universalisme à l’identité nationale

Photo du profil de Frédéric Pennel

Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

Réseaux sociaux

twitterlinkedin

Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

Tous les articles de cet expert

Longtemps, la France s’est revendiquée universelle se traduisant par une spectaculaire ouverture sur le monde et une tradition d’accueil bien concrète. Sous le Second Empire, un juif tel que Crémieux, dont la famille était originaire d’Italie, réussissait une ascension politique jusqu’aux premières marches du pouvoir. Ailleurs en Europe, les populations juives étaient encore parfois victimes de pogroms. Quand Pablo Picasso débarqua à Paris pour l’Exposition universelle de 1900, il découvrit une ville cosmopolite. Tout ce qui deviendra l’école de Paris en peinture était largement composée d’étrangers : Utrillo, Chagall, Modigliani ou Soutine. Pendant les années 20, des afro-américains débarquèrent des Etats-Unis à Paris pour profiter de l’absence de discriminations qui les frappaient dans leur pays d’origine. Et ces phénomènes « parisiens » ne doivent pas en masquer un autre, beaucoup plus massif : des millions d’étrangers émigraient en France qui, dès la fin du XIXème siècle, les accueillit, devenant à cette époque le principal foyer d’immigration en Europe. Une immigration venue d’abord d’Europe, puis d’Afrique et d’Asie, voire d’Amérique du Sud. Une immigration qui ne se fit pas sans accrocs. Mais une immigration légitimée par la loi du sol, intégrée par le travail et assimilée par l’école républicaine et l’armée.

 

Une majorité de Français désormais acquis aux thèses de la préférence nationale

 

Aujourd’hui, les Français témoignent, par la diversité de leurs racines russe, portugaise ou congolaise, de cet universalisme. Pourtant, les sondages se succèdent et confirment la mise en avant de l’identité nationale (terme à connotation positive pour 75% des Français). Concrètement, les Français se révèlent majoritairement favorables aux mesures s’apparentant à de la préférence nationale. Pour plus des deux tiers (67%), il faut réserver les allocations familiales et les aides aux logements aux seuls Français et ressortissants de l’Union européenne. 61% souhaite même supprimer l’Aide médicale d’Etat (AME) permettant aux immigrés clandestins de profiter de soins médicaux gratuits en France. Un clivage gauche – droite est très prononcé sur ces questions (près de 40 points séparent Les Républicains des Socialistes en termes d’approbation). En revanche, gauche et droite se rejoignent en matière de délinquance, où la tolérance zéro prévaut sur l’ensemble du spectre politique : 83% sont favorables à l’expulsion systématique, à l’issue de leur peine, de tous les étrangers condamnés pour crime ou acte de délinquance en France.

 

Un autre aspect décisif concerne le droit du sol. Ce droit est en vigueur en France depuis 1889. La grandeur d’âme n’a pas été la seule inspiratrice de ce principe généreux, qui a vu le jour dans un contexte où la population allemande était en plein boom, au moment où la France, avide de revanche, connaissait une chute de ses naissances. 136 ans plus tard, le rapport de force démographique entre les deux Etats s’est inversé dans sa dynamique. Et sans surprise, c’est l’Allemagne qui ouvre désormais ses portes aux migrants, tandis que les Français se braquent sur la question migratoire, quitte à remettre en question le principe même de droit du sol. C’est ainsi qu’une majorité d’entre eux (59%) ne souhaite plus l’attribution automatique de la nationalité française pour les enfants nés en France de parents étrangers.

 

Les historiens de demain décèleront laquelle des raisons –peur de l’islamisme, ghettoïsation des banlieues, nouvelles vagues de migrants ou difficultés économiques – a été la plus décisive pour expliquer un tel changement de posture à l’égard de l’immigration, dans ce vieux pays qui s’est largement appuyé dans le passé sur celle-ci pour rebondir. Mais dans un futur proche, ce mouvement d’opinion, par sa radicalité, va amener les politiques à se (re)positionner. Ici en France, cela ne manquera pas d’hystériser le débat public. Et là-bas, notamment en Afrique où des millions d’habitants partagent une singulière familiarité avec la France, le message perçu sera cinglant : c’est fini, la France n’est plus universelle.

Partager ce contenu :

1 Comment

  1. Vincent
    Vincent10-24-2015

    Tout dépend de ce que l’on entend par universalisme. Vous exprimez ou sous entendait que l’universalisme C’est ‘accueillir chaque individu qui souhaite venir en France peu importe ce que souhaite le peuple ou assemblée des citoyens pense de cette volonté.

    L’universalisme auquel je pense c’est la possibilité pour chaque être humain de devenir citoyen de notre pays à mettre en balance avec le droit des peuples à disposer d’eux même , donc au droit fondamental de celui-ci de déterminer qui arrive et comment sur son territoire pour participer à la communauté. Quand vous allez chez quelqu’un la civilité veut que vous toquiez et demander la permission d’entrée, pas que vous défonciez la porte en disant : « Fais moi à manger je suis le nouveau venu ». C’est un peu l’impression que j’ai avec les migrants clandestins.

    Quand au droit du sol , la France n’applique pas strico sensu le droit du sol. Si vous naissez de parents Français à l’étanger vous êtes aussi Français. Cet exemple se rapproche plus du droit du sang . De plus vous n’êtes aujourd’hui pas automatiquement français si vous naissez de parents étrangers , il vous faut un certains nombre de conditions dont avoir vécu pendant une période continue sur le territoire. Les personnalités les plus radicales de notre spectre politique veule juste renforcer les conditions d’acquisition de la nationalité pour des résidents étrangers nés de parents français avec comme point phare , le fait qu’il n’ont pas commis d’actes de délinquance durant leur jeunesse. Un propos bien raisonnable il me semble relevant du sens commun.

    Sur la préférence nationale , je ne vois pas en quoi elle est choquante . C’est le fait que les citoyens qui sont le peuple donc le souverain bénéficie des aides en priorité. Une idée simple déjà en application pour partie. Certains emplois sont réservés aux nationaux, pourquoi ne pas aller plus loin forgeant ainsi une cohérence en réservant les aides sociales aux français. (rien à voir avec l’assurance sociale des personnes travaillant sur notre territoire qui est lié à l’exercice de leur travail.)

    Je pense au contraire de vous que l’universalisme français devient plus consistant et équilibré bien loin d’un universalisme lyrique de certains éditorialistes .

Laisser un commentaire