Hollande doit-il rompre définitivement avec les frondeurs ?

Hollande doit-il rompre définitivement avec les frondeurs ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Cet article a été publié sur le site de l’express.fr 

Alors qu’il entame cette semaine une rentrée politique à hauts risques, François Hollande entame une course contre la montre à moins de deux ans de 2017.

Faut-il comme les députés frondeurs le pressent, renouer avec l’esprit du Bourget et un discours résolument de gauche ? L’analyse des résultats du baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion et livre un diagnostic moins catégorique.

Un chiffre résume le casse-tête : 67% seulement des électeurs de Hollande en 2012 voteraient à nouveau pour lui au premier tour de 2017 (Ifop/juillet 2015). Ces électeurs PS désabusés qui n’accordent plus leur confiance au Président, Harris Interactive les a interrogés. Certes on retrouve des critiques déjà égrenées depuis 3 ans.

 Sans surprise, le premier motif d’insatisfaction se résume en un mot : « tromperie ». Les expressions peuvent varier – « c’est un menteur », « il a beaucoup promis mais si peu agi » – mais convergent vers la même idée : celle d’un candidat qui a fait miroiter une vie meilleure et déçoit terriblement. A ces promesses non tenues, répondent en écho, les critiques sur l’homme : « trop mou », « versatile » ou « sans convictions ». Des traits de caractère qui expliqueraient, aux yeux de certains, pourquoi ce Président a autant promis et si peu réalisé. Comme si l’inconstance de l’homme avait eu raison de son programme.

 En revanche, les sympathisants PS auxquels les frondeurs se réfèrent, ceux qui pointent la trahison morale du Président, sont minoritaires.

Ces derniers n’en veulent pas seulement à Hollande pour son manque de résultats ou pour son inconstance, mais parce qu’au candidat de gauche aurait succédé un Président de droite : « il met un ministre des finances issu de la banque Rotschild », « je me demande s’il est socialiste »… Ces électeurs socialistes contestent Hollande d’abord au nom de l’idéologie. Ils rejoignent en cela les arguments très fréquents parmi les sympathisants du Front de gauche. Auprès de cette cible c’est bien « l’asservissement au capital » l’attitude d’un Président qui « s’est plié au lobbies », la défaite face « aux marchés financiers » qui est condamné. Bref, le Président a trahi la cause.

 Récupérer ces électeurs ? Il semble que le ressentiment moral parmi les frondeurs du PS et le Front de Gauche soit trop vivace pour espérer une reconquête. D’autant, que tout appel du pied trop pressant pourrait ruiner l’opération de séduction menée par le Président auprès de son aile droite.

 En effet, en analysant les commentaires des socialistes satisfaits de la politique de François Hollande – environ deux tiers des socialistes – on constate que le soutien résulte tout autant d’une fidélité partisane que d’une approbation croissante envers la ligne hollande : « je le soutiens parce que je suis social-démocrate, moi aussi », « il a une idéologie de fond qui me convient », « il fait des réformes difficiles ». Au fond, ces supporters socialistes semblent être en phase avec la nouvelle politique suivie, qui revendique réformisme et adaptabilité face à la crise.

Plus intéressant encore, cette ligne politique qui se dessine semble provenir autant d’une orientation économique que de la personnalité perçue de François Hollande. Pour ces sympathisants socialistes qui soutiennent Hollande, ces qualités perçues peuvent se résumer en deux mots : pragmatisme et sincérité.

 Le pragmatisme d’un homme « qui a les pieds sur terre », qui prend les problèmes avec réalisme et sans idéologie. Cette capacité à partir du réel revient de façon récurrente : « il gère une situation mondialisée en tenant compte des possibilités de manœuvre nationales », « c’est un homme qui accepte de se remettre en question, quitte à faire une politique différente de ce qu’il avait envisagé au départ afin de mieux servir les intérêts de la France ».

La sincérité, voire l’honnêteté, se rattachent quant à elles le plus souvent à son refus de sur-jouer les clivages idéologiques et le sectarisme. Une honnêteté également parfois comparée à celle de son prédécesseur.

Au moment où les voix font défaut pour espérer atteindre le second tour en 2017, il paraît utopique pour le Président de rebrousser chemin, de tenter vainement un retour en grâce auprès de ce peuple des frondeurs PS et du Front de gauche. A leurs yeux la trahison est trop importante.

Si des ajustements de discours sont encore possibles afin de « remettre l’humain au cœur de sa politique », et poser les conditions d’un report de voix au second tour – notamment face à l’épouvantail Sarkozy –, la mue de François Hollande est trop engagée pour se renier aujourd’hui. En réalité, le vivier de voix se situe au centre pour le Président. Il lui faut impérativement ramener à lui ces sympathisants socialistes qui dans le cas d’un premier tour voteraient à 22% pour Alain Juppé et dans une moindre mesure pour François Bayrou.

Pour cela, il lui faut maintenant donner les clés de la doctrine Hollande, cesser de définir son positionnement par défaut, assumer enfin de définir les attributs de sa Présidence. Or, le Président a aujourd’hui les conditions pour faire émerger le Hollandisme, combinaison d’une social-démocratie assumée et d’une personnalité réaliste.

Clarification difficile, certes, car la social-démocratie, sorte d’entre-deux idéologiques, est par nature peu propice à la définition conceptuelle binaire. Mission difficile, bien-sûr, car le Président a toujours répugné à définir sa ligne politique et à sortir d’une ambiguïté qu’il affectionne. Mais, clarification nécessaire pour imposer une grille de lecture sur le quinquennat Hollande, faire définitivement émerger le Président Hollande dans le camp des pragmatiques et empiéter sur cet électorat centriste avec qui – au fond – les points de vue économiques ne diffèrent pas tant.

Une stratégie qui nécessite pour réussir un dernier paramètre tout aussi indispensable qu’hypothétique : l’efficacité. Car ce Hollandisme naissant ne pourrait à la fois se revendiquer du réalisme au nom de résultats…et s’avérer incapable d’en produire.

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