François Hollande, mal aimé de ses électeurs

François Hollande, mal aimé de ses électeurs

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Cécile Lacroix-Lanoë

Analyste Délits d’opinion

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Biographie

Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire du master Progis (études d'opinion et de marché), Cécile Lacroix-Lanoë a travaillé au département opinion de l’Ifop, avant de rejoindre le service de la communication des ministères économiques et financiers en tant que cheffe de projet études. Elle est aujourd'hui directrice d'études à Kantar Public (ex TNS Sofres).

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François Hollande atteint aujourd’hui des records d’impopularité et décroche le titre de président le plus mal aimé de la Cinquième République. Les premières mesures de popularité, effectuées au lendemain de son élection, ne laissaient cependant pas deviner que François Hollande s’effondrerait ainsi dans les sondages. En mai et juin 2012, les résultats obtenus étaient assez similaires à ceux enregistrés par son prédécesseur à la même époque en 2007. Mais François Hollande s’est démarqué par une chute de popularité très précoce et n’a donc pas connu d’« état de grâce ».

Juste après son élection, le président de la République n’a bénéficié que d’un soutien très limité des sympathisants de droite : un peu plus d’un quart d’entre eux disaient lui faire confiance ou l’approuver en mai-juin 2012 selon les différents instituts*, un niveau significativement inférieur à celui dont disposait Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants de gauche en 2007 (à peu près un tiers déclaraient le soutenir). Aujourd’hui, seuls 10 % des sympathisants de droite déclarent avoir une opinion positive de François Hollande, soit une chute d’environ 15 points en un an et demi. Or, la baisse de la cote de popularité du président depuis son élection est de l’ordre de 30 points auprès de l’ensemble des Français. Ce n’est donc pas ce manque de soutien de la droite, assez logique, qui alimente l’effondrement dans les sondages de François Hollande, mais bien le désamour grandissant entre le président socialiste et les électeurs de gauche.

 

Depuis son élection, la chute de popularité de François Hollande auprès des sympathisants de gauche est de l’ordre de 40 points

La diminution de la popularité de François Hollande chez les sympathisants de gauche est autrement plus impressionnante : de plus de 85 % d’opinions positives au moment de son élection, il ne recueille désormais plus que de 41 % à 56 % de jugements favorables selon les différentes questions posées par les instituts, soit une baisse moyenne d’environ 40 points.

L’impopularité du président a donc largement gagné donc sa base électorale. Dans la dernière vague d’enquête de son baromètre politique, Ipsos note ainsi que c’est désormais une minorité des électeurs de premier tour de François Hollande qui approuve son action : seuls 47% déclarent porter un « jugement favorable sur l’action de François Hollande, en tant que président de la République » (une baisse de 11 points en un mois). 51 % des électeurs de premier tour du président émettent un jugement défavorable sur sa politique. L’insatisfaction du cœur de l’électorat socialiste apparaît particulièrement vive en matière économique et sociale. Seuls 38 % des électeurs de premier tour de François Hollande se disent satisfaits de la politique menée dans ce domaine et 32 % de ceux de second tour.

Les électeurs de gauche, qui ont soutenu François Hollande au second tour ou dès le premier, se sont donc largement détournés du président et ce, rapidement. La baisse de popularité auprès des sympathisants de gauche est assez linéaire et commence dès les premières semaines du mandat. Elle connaît néanmoins certaines discontinuités. La pente est ainsi plus forte entre février et avril 2013, période marquée par l’affaire Cahuzac. Celle-ci a largement dégradée la popularité de l’exécutif auprès des sympathisants de gauche (environ 10 points perdus en deux mois), alors même qu’entre décembre et janvier, elle semblait s’être stabilisée, voire même repartir légèrement à la hausse. François Hollande avait alors renforcé sa stature présidentielle en prenant la décision de faire intervenir les troupes militaires françaises au Mali. Il semblait également tirer un certain bénéfice de quelques mesures fortes lancées par le gouvernement : le mariage pour tous, qui agite alors largement la société avec les premières grandes manifestations, et le pacte de compétitivité, annoncé en novembre.

Popularité FH sympathisants gauche

Puis, après la chute enregistrée entre février et mars 2013, d’avril jusqu’à la fin de l’été, la popularité présidentielle est globalement stable si l’on met en regard les courbes des différents instituts. Elle semble de nouveau amorcer une tendance à la hausse fin août-début septembre, lorsque les chiffres de croissance pour le second semestre, inopinément favorables, sont annoncés. Mais l’élan suscité s’essouffle vite et l’exécutif affronte, dans les semaines qui suivirent, un faisceau d’éléments qui le mettent en difficulté : l’affaire Leonarda, la laborieuse mise en place de la réforme des rythmes scolaires et le chômage, dont la courbe refuse de s’inverser, la baisse étant de plus agrémentée du « bug SFR » fin septembre.

Conséquence de ces différents événements, ces dernières semaines, la chute de popularité de l’exécutif auprès des sympathisants de gauche s’est même de nouveau accélérée : -12 points en deux mois pour TNS Sofres, -11 points pour OpinionWay, -8 points pour LH2, -13 points pour Ipsos, etc. Cette diminution appuyée auprès de son propre camp est l’origine des records d’impopularité de François Hollande relevés dans les dernières enquêtes.

Cette défiance place désormais le président dans une situation délicate et inédite : seul un sympathisant de gauche sur deux déclare encore soutenir le président, et ce, après seulement un an et demi de mandat. Le plus faible soutien obtenu par Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants de droite s’établissait à environ 60 % et n’est intervenu qu’en avril-mai 2011, soit après quatre ans de présidence.

L’impopularité record de François Hollande auprès de son propre camp semble devoir largement le handicaper pour le futur. Elle l’affaiblit dans sa prise de décision puisque la politique gouvernementale rencontre désormais une opposition auprès de ses soutiens naturels : le président ne peut plus agir au nom de « la » gauche. Elle renforce l’indiscipline de sa majorité parlementaire, dont les membres sont tentés de répondre au mécontentement de leur base.

Elle offre également, pour le pouvoir en place, de sombres perspectives pour les prochaines élections. Les Français de gauche vont-ils se mobiliser alors que la politique nationale mise en œuvre par leur camp les déçoit largement ? Cette question est d’autant plus préoccupante pour la gauche que l’autre camp semble, lui, capable de se rendre largement aux urnes, tant le mécontentement à l’égard du pouvoir y est grand. Ainsi, dans la dernière enquête du baromètre Ifop / Paris Match, 90 % des sympathisants de droite disent ne pas approuver la politique de François Hollande, dont 68 % déclarent même ne « pas l’approuver du tout » (et 22 % « plutôt pas »). Cette opinion extrême est même partagée par 77 % des sympathisants du Front national (60 % à l’UDI et 65 % à l’UMP). Au pic de l’impopularité de Nicolas Sarkozy, seul un peu plus d’un sympathisant de gauche sur deux n’approuvait « pas du tout » la politique conduite par le président UMP. Cette exaspération des électeurs de la droite, et surtout de son extrême, devrait s’exprimer aux prochaines élections municipales et européennes.

 

Une chute de la popularité présidentielle particulièrement marquée parmi les sympathisants du Front de gauche et d’Europe Écologie Les Verts

La chute de popularité de François Hollande n’est évidemment pas uniforme selon les différentes composantes de la gauche, mais les touche toutes. Si les chiffres suivants doivent être pris avec précaution, car ils portent sur des sous-catégories d’échantillon dont les effectifs sont parfois faibles (notamment pour les sympathisants FDG et surtout EELV) – ce qui explique d’ailleurs certaines évolutions « erratiques » liées au risque statistique de fait plus élevé – la comparaison des courbes de différents instituts permet de dresser des constats éclairants.

Aujourd’hui, le président dispose d’une popularité différenciée selon les sensibilités partisanes de gauche. Alors qu’un peu plus d’un sympathisant socialiste sur deux soutient toujours François Hollande, parmi les personnes partisanes du Front de gauche et d’EELV, la popularité présidentielle n’est, depuis déjà plusieurs mois, plus que minoritaire.

Popularité FH composantes gauche

Parmi les sympathisants de ces deux partis, qui suivent des trajectoires relativement semblables, bien que l’un participe au gouvernement et l’autre non, la baisse est maximale.

Ainsi, aujourd’hui, dans le baromètre TNS Sofres, seuls 31 % des sympathisants du Front de gauche déclarent faire confiance à François Hollande. Le président socialiste faisait pourtant « le plein » de ces sympathisants au lendemain du second tour de l’élection présidentielle (83%). La baisse en dix-huit mois s’établit donc à 52 points. Autrement dit, un sympathisant du Front de gauche sur deux s’est détourné du président de la République depuis son élection.

Popularité FH sympathisants gauche

Tous les instituts corroborent ce constat. La chute de popularité du président auprès de la gauche de son électorat de second tour a été rapide et brutale. Dans les six premiers mois de sa présidence, François Hollande perd environ 30 points auprès des sympathisants du Front de gauche. La baisse se poursuit ensuite, de manière continue mais moins accentuée. Alors qu’il atteint désormais des niveaux de popularité très réduits auprès de cette cible (entre 27 % et 38 % selon les différentes formulations de questions), la diminution semble pouvoir encore se prolonger. Aucune stabilisation ne se dessine et une inflexion intervient même en octobre, révélatrice de la désapprobation des sympathisants du Front de Gauche face aux réactions de l’exécutif après l’expulsion de Leonarda.

Le niveau de popularité de François Hollande auprès des sympathisants EELV est équivalent à celui obtenu auprès des sympathisants du Front de gauche et donc minoritaire. La baisse depuis l’élection est néanmoins moins importante car la confiance initiale accordée par les écologistes au président de la République a été moins massive. Avec de 74 % à 75 % d’opinions positives chez les sympathisants EELV en mai-juin 2012, soit 10 à 15 points de moins que chez les sympathisants du Front de Gauche, François Hollande, dès le départ, subit une certaine défiance des écologistes. Malgré l’entrée au gouvernement de deux ministres EELV, près d’un quart des sympathisants du parti doutent alors de l’écolo-compatibilité de François Hollande. Par la suite, environ quatre sympathisants écologistes sur dix viennent rejoindre ces rangs, par une déperdition continue tout au long des premiers dix-huit mois de mandat.

 

Plus d’un tiers des sympathisants socialistes se sont détournés du président

Bien que les sympathisants du PS apparaissent plus cléments à l’égard du chef de l’État, même parmi ce cœur de ses soutiens, François Hollande apparaît très largement en difficulté. Ainsi, dans le dernier baromètre TNS Sofres, seuls 56 % des sympathisants socialistes déclarent encore faire confiance à François Hollande, une diminution de 35 points au total depuis son élection. La baisse est de 33 points dans le baromètre CSA / Les Echos, 34 points dans celui de l’Ifop / Paris Match, 38 points dans celui d’Ipsos pour Le Point et même de 44 points dans l’étude Ifop / JDD. Ainsi, un peu plus d’un tiers des sympathisants socialistes sont passés de la confiance à la défiance en l’espace de dix-huit mois.

Rappelons que Nicolas Sarkozy disposait, quant à lui, d’un soutien des trois quarts des sympathisants UMP au faîte de son impopularité (printemps 2011), contre six sympathisants PS sur dix pour François Hollande aujourd’hui.

Popularité FH sympathisants PS

Auprès des sympathisants socialistes, la popularité de François Hollande s’effrite plus particulièrement à deux moments : entre mars et avril (affaire Cahuzac) et ces dernières semaines (Leonarda). Si ces deux affaires emblématiques et médiatiques ont eu un effet indéniable sur la popularité du président, elles ne doivent pas masquer que les racines du mal sont plus profondes et durables. Les grandes lignes directrices de la politique du président sont largement mises en doute, comme le montre l’insatisfaction très majoritaire, même auprès de l’électorat de premier tour de François Hollande, à l’égard de la politique économique. L’effondrement progressif des courbes de popularité auprès des électeurs de gauche traduit un espoir déçu, un regard désenchanté sur une situation économique et sociale qui ne s’améliore toujours pas, un trouble face à une gauche qui ne réussit pas à réduire le chômage et la précarité.

 

Quelle solution pour redresser la barre ?

Aujourd’hui, 53 % des sympathisants de gauche souhaitent que François Hollande change de Premier ministre et seuls 40 % plaident pour un maintien de Jean-Marc Ayrault dans ses fonctions. Pour autant, le rôle de fusible n’est pas pleinement assuré par le Premier ministre à l’heure actuelle et le malaise est plus général : 57 % de ces mêmes sympathisants de gauche estiment qu’un remplacement du chef du gouvernement n’améliorerait pas la situation et seuls quatre sur dix pensent l’inverse. Si un remaniement pourrait apporter un peu d’air au président de la République en insufflant un vent de changement et un nouveau dynamisme, ce changement ne pourra pas être que « cosmétique » et remplacer des visages par d’autres. La politique gouvernementale devra être audacieuse et porter des fruits pour vaincre le mécontentement et l’apathie.

 

 

* Les instituts de sondage posent chacun des questions différentes, ce qui engendre, par conséquent, des résultats différents. Néanmoins, si les intitulés varient (confiance accordée au chef de l’État, jugement sur son action, satisfaction à l’égard de la politique conduite, etc.), ces différents indicateurs relèvent tous d’une dimension commune et suivent des évolutions très semblables.

Article en partenariat avec Atlantico

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