François Hollande et la Gauche au pouvoir : une attente de justice déçue ?

François Hollande et la Gauche au pouvoir : une attente de justice déçue ?

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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Un Président de la République qui oscille entre 16 et 23% de bonnes opinions selon les baromètres des différents instituts. De nombreuses villes qui ont basculé de Gauche à Droite lors des dernières élections municipales. Un Parti Socialiste qui n’est pas parvenu à atteindre les 14% des suffrages lors des récentes élections européennes… Comment expliquer le désamour entre les Français et ceux qu’ils ont portés à la tête du pays il y a à peine deux ans ? Si la personnalité de plus en plus contestée de François Hollande et l’absence d’inversion de la courbe du chômage ne sont sans doute pas étrangères à cet état de fait, le défaut de perception d’une « justice » dans les actions menées contribue également sans doute à cette désaffection.

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L’élection de François Hollande, une forte attente de justice…

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L’élection de François Hollande en mai 2012 n’avait pas entraîné d’enthousiasme majeur dans le pays. Ainsi lorsqu’Harris Interactive interrogeait au soir du deuxième tour de mai 2012 les Français, seuls 31% d’entre eux espéraient une amélioration de la situation de la France, 44% prédisant au contraire une dégradation de leur propre situation et 25% n’anticipant aucun changement. Néanmoins, 72% des électeurs de François Hollande croyaient en une amélioration de la situation du pays : les soutiens du nouveau Président espéraient à cette date le voir redresser le pays et ses comptes, tout en instaurant une forme de justice sociale, qui leur semblait à l’époque faire défaut. Les électeurs de Gauche étaient d’autant plus sensibles à ce positionnement que la politique mise en œuvre par Nicolas Sarkozy, notamment « le bouclier fiscal », leur avait semblé entériner une forme  d’injustice.

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Certes, leurs discours mobilisaient davantage comme justificatifs de leur vote leur antisarkozysme ou leur ancrage à gauche, mais nombreux mettaient également en exergue leur désir de justice, argument absent du discours des autres électorats : « Il propose une politique plus juste sur le plan social que celle qui est menée actuellement » ; « Je souhaite qu’il soit élu afin que notre pays pratique une politique plus juste, avec une meilleure répartition des richesses », « Pour son programme de justice sociale et stopper la politique dévastatrice de Nicolas Sarkozy ».

Raisons spontanément avancées expliquant le vote « François Hollande » à l’élection présidentielle au 1er tour

Raisons spontanément avancées expliquant le vote « François Hollande » à l’élection présidentielle au 1er tour

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 La victoire de François Hollande face à Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs assez largement reposé sur son image plus « sociale ». Dans un sondage mené par l’institut Opinion Way en janvier 2012 pour Lyon Capitale, les potentiels électeurs de François Hollande indiquaient que le scénario de son élection suscitait chez eux principalement des espoirs de changement en matière de style de gouvernance mais aussi d’inégalités sociales (95% sur ces deux points). En outre, 98% étaient d’accord pour affirmer qu’il fallait « des changements profonds dans le partage de la richesse en France », dont 71% même tout à fait d’accord. Ces électeurs attendaient donc que le retour de la Gauche au pouvoir marque l’avènement d’une plus grande justice sociale.  A la même date, dans un autre sondage mené par l’institut IFOP, François Hollande devançait d’ailleurs son rival sur deux traits d’image : « la capacité à mener une bonne politique sociale » (46% contre 18%) et « la sensibilité aux préoccupations des Français » (42% contre 18%). La genèse du succès de l’ancien Premier Secrétaire du Parti Socialiste à l’élection présidentielle quelques mois plus tard semblait donc résider dans sa capacité à incarner une société française plus juste, dans laquelle les inégalités seraient réduites et corrigées.

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… attente manifestement déçue au bout de deux ans du quinquennat

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Un peu plus de deux ans plus tard, le compte n’y est pas pour ses électeurs déçus et pour l’ensemble de la population. D’un côté, les Français continuent à avoir le sentiment que la politique mise en œuvre profite toujours aux mêmes, c’est-à-dire aux plus aisés. De l’autre côté, une part croissante de la population se révèle réticente à plus de solidarité, lorsque celle-ci s’assimile à de « l’assistanat ». Et quel que soit le côté où ils regardent, les Français ont le sentiment que les inégalités s’accroissent.

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Dès lors, les Français estiment que les efforts auxquels ils participent – notamment à travers leur feuille d’impôts – ne servent pas à redresser la situation du pays mais à entretenir une politique qu’ils jugent mauvaise. Et ils rejettent par conséquent de plus en plus ces efforts. En juillet 2012, les Français semblaient majoritairement prêts à participer à la rigueur annoncée, sans être véritablement nommée, par Jean-Marc Ayrault. Ainsi, selon un sondage Ifop pour le JDD, 67% d’entre eux se déclaraient, quelques semaines après l’élection présidentielle, prêts à faire des efforts pour redresser les comptes du pays. Cette attitude était largement partagée à Gauche (77%) comme à Droite (66%). Dès août 2013, ils n’étaient plus que 44%. Et si en avril dernier, cette proportion est remontée à 54% suite à la nomination de Manuel Valls et les nouvelles annonces concernant les pactes de responsabilité et de solidarité, on peut supposer qu’elle est de nouveau en train de flancher. Car les Français ne perçoivent pas la justice des efforts demandés.

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En effet, selon un récent sondage réalisé par l’institut Harris Interactive pour le compte de la CGT, 80% des Français ont le sentiment que les efforts demandés par le gouvernement ne sont pas répartis de manière juste entre les salariés, les dirigeants d’entreprise et les actionnaires. 36% considèrent même que cette répartition est tout à fait injuste. Les personnes âgées de 50 à 64 ans, les membres des professions intermédiaires mais aussi les sympathisants d’Extrême-Droite et de Droite récusent particulièrement la justice de cette répartition. Mais 62% des sympathisants socialistes ainsi que 67% des anciens électeurs de François Hollande partagent cette opinion. Ce qui contribue sans doute à expliquer la chute de la popularité du Président au sein même de son propre camp.

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Selon un autre sondage Ifop pour Atlantico, le Parti Socialiste n’apparaît pas aujourd’hui comme le meilleur parti pour assurer la justice sociale. Certes, la première réponse fournie par les Français est qu’aucun parti n’est capable de le faire (41%), mais ensuite le PS fait jeu égal, voire se retrouve quelques points derrière le FN et l’UMP (respectivement 13%, 14% et 15%). Seuls 39% des sympathisants de Gauche estiment que le PS est le mieux placé dans cette tâche, ce qui illustre la fragilité de la majorité gouvernementale, lâchée par ses alliés écologistes et débordée par sa gauche. Et parmi les électeurs de François Hollande au 1er tour de l’élection présidentielle, ils ne sont que 45% à désigner le PS comme le parti ayant le meilleur programme pour assurer la justice sociale, nouveau signe de la déstabilisation du cœur de l’électorat socialiste.

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On peut sans doute trouver de multiples causes au déclin de François Hollande et du Parti Socialiste dans l’Opinion. Mais il est certain que l’incapacité de l’homme et de la formation politique à incarner une forme de justice sociale dans une société en crise pèse fortement dans leur échec. La seule inversion de la courbe du chômage ne suffira sans doute pas à restaurer le lien entre les Français et François Hollande, si ce dernier ne parvient pas à conjuguer reprise économique et défense des valeurs associées au Parti Socialiste, en premier lieu desquelles la justice sociale.

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