France : terre d’entrepreneurs ?

France : terre d’entrepreneurs ?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Il y a bien longtemps que l’on ne parie plus sur des scenarii de sortie de crise. Les Français semblent avoir intégré la réalité de la nouvelle situation économique française. L’idée selon laquelle les générations futures vivront toujours mieux que nous semble également avoir vécue. Ce durcissement du contexte social et économique rejaillit de manière particulièrement négative sur le monde du travail où la morosité et la déprime se disputent le prix du sentiment le plus répandu. Face à cette impasse aux perspectives de plus en plus sombres les pouvoirs publics ont engagé de nombreux chantiers et tenté de trouver de parades.

Trois années après sa création par le Ministre Hervé Novelli, le statut d’auto entrepreneur a sans doute permis de freiner la croissance du chômage de masse, en particulier chez les plus jeunes. Inspiré par les success stories issues de l’univers Internet, la jeune génération semble avoir trouvé dans cette alternative un début de réponse aux problèmes du monde du travail et au chômage. A défaut de trouver leur emploi, de nombreux Français préfèrent se l’inventer eux-mêmes.  

Remis au goût du jour depuis l’éclatement de la bulle Internet, l’entreprenariat semble séduire un public toujours plus nombreux et varié. Délits d’Opinion a tenté de dépeindre cette France de l’entreprenariat qui s’éveille chaque jour un peu plus.

 

Entrepreneur, qui es-tu ?

Une étude réalisée il y a un an par l’Ifop indique qu’il existe de profondes divergences quant au désir de tenter l’aventure en fondant sa propre entreprise. Tout d’abord on note un désir d’entreprendre supérieur chez les hommes (29% contre 22% chez les femmes). On identifie également un clivage générationnel fort : il existe une corrélation qui tend à faire décroitre le désir de créer son entreprise à mesure que l’on avance dans la vie. Un constat qui peut s’expliquer par plusieurs raisons : la sortie des études et l’entrée sur le marché du travail, mais aussi l’absence de contraintes matérielles et de charges familiales lorsqu’on est jeune, et évidemment la plus grande difficulté pour les plus jeunes générations de trouver un emploi. Cependant, malgré ce clivage, on peut noter des taux relativement forts pour les actifs âgés de plus de 25 ans : 43% pour les personnes âgées de 25 à 34 ans et 30% pour les individus ayant entre 35 et 49 ans. Enfin, cette enquête met en lumière une plus forte tendance à se tourner vers l’entreprenariat dans les milieux urbains (29% à Paris contre 23% en milieu rural).

Si 25% des Français confient vouloir s’engager un jour dans une entreprise qui leur appartienne, ce taux est en légère baisse depuis décembre 2008 (- 6points), après avoir connu une hausse de 10pts entre décembre 2006 et 2008, lorsque les premiers dispositifs d’aides gouvernementaux ont été mis en place. Chez les jeunes de 18 à 24 ans, la progression avait été encore plus importante : + 22points entre décembre 2006 et janvier 2008 avant  un chute de 17 points jusqu’à aujourd’hui (52%).

Enfin, cette étude fait apparaitre une corrélation quasi mécanique entre chômage et désir d’entreprendre. A titre d’exemple, lorsqu’en 2005 le taux de chômage moyen annuel atteint 9,1% de la population active, l’envie de créer se situe à un niveau de 21%. Lors des quatre années suivantes, l’envie de créer a augmenté de 10pts alors que le taux de chômage  a connu une baisse de 1,5pts. Difficile d’affirmer avec certitude où se trouve la cause et la conséquence mais il semblerait que l’entreprenariat soit une des alternatives à un marché de l’emploi saturé.

Au même moment, une étude conduite par OpinionWay indiquait que 13% des moins de 30 ans entendaient s’engager sur la voie de l’entreprenariat dans les deux ans à venir ; soit 500 000 par mois. Chez ces « moins de 30 ans » désireux d’entreprendre, on note une part égale de chômeurs et de salariés (17%) mais beaucoup plus que les étudiants (6%). Ainsi, il existe de nombreux profils d’entrepreneurs, signe que le mouvement est déjà bien engagé et qu’il séduit un public de plus en plus large.

La France des années 2000 serait donc un pays d’entrepreneurs. Cependant, on peut s’interroger sur ces salariés qui confient avoir envie de fonder leur entreprise. L’entreprenariat ne serait-il qu’une fuite en dehors de l’entreprise devenue avec le temps de moins en moins attrayante ou bien l’expression d’un réel besoin de vivre autre chose, sur tous les plans ?

 

L’entreprenariat, un choix assumé malgré les difficultés et la précarité

L’entreprenariat serait-il donc devenu ce nouvel eldorado où les règles du jeu ne sont pas les mêmes et où tous les candidats rencontrent le succès ? Assurément pas. Première indication, la rémunération, jugée inférieure aux attentes par 54% des femmes entrepreneurs selon l’Ifop.

Les étudiants et les lycéens professionnels interrogés par OpinionWay confient que la création d’une entreprise est particulièrement difficile (96% dont 46% qui avouent que cela est même « très difficile ». Ainsi, le désir d’entreprendre se fait en connaissance de cause. Sur ce parcours du combattant, certains éléments rendent la concrétisation plus complexe, altérant la motivation des moins optimistes. Pour les étudiants, le manque de moyens financiers est le frein majeur à la création d’une société indépendante. Ce résultat, confié par 89% des étudiants interrogés, souligne une nouvelle fois la difficulté qu’il existe pour les jeunes à démarrer un projet s’ils ne sont pas soutenus financièrement par des proches, une banque ou un organisme de crédit.  Pour cette frange de la population, les causes externes comme le poids du « contexte économique » (77%) ou le « manque de confiance du marché » (83%) constituent une barrière qu’il est difficile de sauter, même quand le produit ou le concept regorge de potentiel.  

Pourtant, malgré une situation économique difficile, une situation sociale peu sécurisante et un manque de moyens évident, les étudiants demeurent attachés à l’envie de créer. En effet, le désir d’entreprendre n’est un repoussoir au monde du travail que pour 14% des personnes interrogées.

On identifie en réalité deux types de motivations : le désir d’autonomie professionnel et la quête d’identité, un aspect plus personnel. Sur un plan professionnel, créer son entreprise c’est d’abord être « libre de ses décisions » (86%), être « son propre patron » (77%) et enfin, « assurer la sécurité de son propre emploi » (72%). Ce dernier point doit être mis en lumière car il confirme l’envie de nombreux individus de se créer un emploi sur-mesure. Côté personnel, les étudiants qui désirent s’engager dans un projet le font pour « défendre une idée à laquelle ils croient » (83%),  « pour montrer leur potentiel » (82%) et « faire leurs propres expériences » (81%).

Au sein du grand public les principales motivations expriment elles-aussi un besoin de sortir du carcan imposé par l’entreprise : parmi les premières motivations on note le désir d’épanouissement (38%), de réaliser un rêve (30%) ou encore de gagner plus d’argent (28%).

Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils soulignent, en creux, la difficulté pour les salariés, de se réaliser personnellement dans une entreprise. Ces réponses, quant elles proviennent d’individus n’ayant jamais travaillé, confirment à la fois un manque de connaissance des plus jeunes sur l’entreprise et dans le même temps un déficit d’image de celle-ci a priori.

 

Une bonne image du statut d’auto-entrepreneur

Chaque année des enquêtes sur l’attractivité et l’image des entreprises sont publiées. A en juger par les traits d’images que les Français évoquent lorsqu’on les interroge sur les entrepreneurs, ce « secteur » dispose de solides atouts. Si l’entrepreneur est d’abord perçu comme un « gestionnaire » (49%), il est aussi celui qui « prend des risques » (44%). Lui le « leader » (40%) est « créatif » et « passionné » (respectivement 37% et 35%).

Plus globalement, 81% des Français voient d’un bon œil le statut d’auto entrepreneur créé en 20008. Un statut fiscalement avantageux et qui permet d’exercer un second emploi. Un jugement partagé notamment par les femmes (85%) et les catégories socioprofessionnelles supérieures( ?).

Ainsi, l’entrepreneur est apprécié, son statut respecté ; autant d’élément qui permettent d’expliquer pourquoi le désir d’entreprendre semble être devenu un nouveau virus dans l’hexagone. 

 

Entrepreneur et politique : prime à l’action

Sur le plan politique, les entrepreneurs sont considérés comme une catégorie socioprofessionnelle. Ils réagissent, intègrent et s’expriment en fonction de leur propre situation. Autant d’éléments qui permettent de dicter leurs comportements électoraux. Interrogés par OpinionWay, les jeunes entrepreneurs plébiscitent Dominique Strauss-Kahn. Comme le grand public, l’emploi et le pouvoir d’achat comptent parmi leurs priorités (57%). Parmi les autres sujets de préoccupations des créateurs d’entreprise, on trouve un grand nombre de sujets économiques comme la réduction de la dette et la lutte contre la pauvreté. A l’inverse, les sujets comme l’insécurité ou l’immigration ne font clairement pas parties de leurs priorités. Enfin, parmi les mesures que les entrepreneurs aimeraient voir améliorer, la diminution des charges salariales tient la tête, loin devant les autres propositions.

 

Entreprendre : valeur à l’export ou refuge déguisé

Les Français et en particulier les plus jeunes semblent animer par un désir d’entreprendre plus marqué et mieux assumé. Malgré les freins évidents à de telles aventures, le désir d’entreprendre et de se découvrir en se dépassant décrit les contours d’une France qui veut agir.

Si ces éléments portent à l’optimisme, on se doit néanmoins de pointer du doigt une réalité moins rose. En effet, si les Français confient vouloir s’extirper du monde de l’entreprise pour mieux définir leurs propres règles, ils tendent à minimiser l’impact du secteur et plus globalement du marché ; a fortiori quand il se mondialise chaque jour un peu plus.

A la lumière de ces quelques indications on pourrait s’interroger sur la capacité d’entrainement que pourrait constituer ces entrepreneurs. Et si le rebond économique français passait par l’entreprenariat ? Oui, le désir d’entreprendre comme une nouvelle valeur du monde professionnel. L’entreprise est ardue mais l’envie semble au moins aussi forte.

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