France : ca va péter ?

France : ca va péter ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Les bonnets rouges, les bonnets verts, le printemps Français, les lycéens mobilisés pour Leonarda : alors que des mouvements sporadiques secouent la France, la question est sur toutes les lèvres. Est-ce que la France va connaître un soubresaut d’ampleur ? Si certaines conditions sont clairement réunies, un verrou n’a pas encore sauté.

Le désaveu du Président parmi les siens

Première condition favorable à un soulèvement : celle d’un Président qui n’a plus prise sur son peuple. Or, ce qui frappe n’est pas tant le nouveau plancher atteint par le Président (22% selon Opinion Way) que la désertion des derniers grognards. Les sympathisants PS étaient 90% à soutenir le Président en juin 2012. Ils sont désormais minoritaires (48%). Hollande ne dispose plus de majorité dans son propre camp. En son temps, Sarkozy, qui avait été marqué également par le désaveu, avait pu jusqu’au bout pu compter sur un noyau de sympathisants UMP fidèles.

Un exécutif faible ferment de la mobilisation

A ce désaveu s’ajoute un problème spécifique lié à la personnalité de François Hollande : sa faiblesse supposée qui renforce la mobilisations des minorités. Comme le montre la question ouverte du baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion, François Hollande incarne l’absence d’autorité. Une mollesse perçue qui ne peut qu’exacerber la mobilisation des parties prenantes. Anti-mariage pour tous, opposants à l’écotaxe, pigeons… : face à un pouvoir qui donne l’impression de pouvoir reculer, les minorités mobilisés se sentent renforcées et se coordonnent.

L’étincelle de la fiscalité

Dans ce contexte, comme le relevait Délits d’Opinion dès début août , la révolte fiscale, en germe depuis 6 mois, a fait office d’étincelle en cette rentrée sociale. Pour la première fois, l’incapacité du Président Hollande ne mettait plus seulement en cause l’avenir de la France, mais obérait directement la vie et le pouvoir d’achat du quotidien des Français. Ce ras-le bol fiscal constitue un détonateur car il créée un lien direct entre le déclassement ressenti de nos compatriotes et la politique menée par le Gouvernement. Un levier de contestation qui se heurte néanmoins à un frein de taille : la peur de l’inconnu.

Mais une opinion qui hésite

L’étude BVA est à ce titre révélatrice : 57% des Français estiment que les bonnets rouges « doivent arrêter de manifester car c’est désormais le temps de la concertation » contre 40% jugeant qu’ils doivent continuer de manifester. Décrit comme un peuple frondeur, les Français sont avant tout un peuple de propriétaire. Partir sur la voie de la révolte lourde, c’est entrer dans l’inconnu et risquer de tout perdre. Pour le pouvoir, le vrai risque est autre : que les Français, menacés par le déclassement et désabusés, laissent les minorités agissantes faire tomber un Président si loin d’eux. Face à cette situation, quelles options s’offrent à François Hollande ?

Les jours de Jean-Marc Ayrault sont comptés. Idéalement, le Président attendrait le scrutin des européennes. Le succès annoncé du FN serait le signal d’un remaniement. Mais le mois de mai paraît si loin. En tout état de cause, Hollande devra nommer une personnalité forte pour desserrer l’étau sur sa propre personne : l’expérience de Jean-Marc Ayrault témoigne des limites d’un politique fidèle mais incapable de s’autonomiser: Ombre perçue de Hollande, Ayrault n’a pas protégé le Président, trébuchant d’abord parce qu’Hollande chutait.

Deux personnalités fortes s’imposent. Il y a d’abord la voie sociale incarnée par Martine Aubry. La maire de Lille est sortie de sa réserve la semaine dernière dans le JDD pour s’exprimer sur les plans sociaux. Sa nomination peut paraître électoralement séduisante en ressoudant les sympathisants socialistes autour d’une promesse plus sociale. Mais cette solution se heurte à la réalité économique. Faute de croissance, et alors que les contraintes européennes imposent la disette, quelles marges de manœuvre aurait-elle ?

Il y a l’autre voie, l’option régalienne, incarnée par Manuel Valls. Personnalité de gauche préférée des français, sa nomination signerait officiellement une orientation sociale -démocrate qui tait aujourd’hui son nom. Ce choix ne serait pas sans créer de remous au sein de la majorité, provoquant un probable départ des Verts. Mais il aurait l’avantage de réorienter le discours sur les enjeux régaliens, sur lesquels l’Etat a objectivement davantage prise, et qui peuvent transcender les clivages en offrant une nouvelle majorité inédite. Une option qui bute néanmoins sur deux inconnues : que Hollande accepte de jouer prématurément un atout idéal de fin de mandat. Que Valls prenne le risque de se brûler les ailes.

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