FN UMP : Je t’aime moi non plus

FN UMP : Je t’aime moi non plus

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Jean-Baptiste Sintès

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Passionné par les tendances sociétales, le nudge, l'innovation et la transition numérique, Jean-Baptiste Sintes travaille aujourd'hui au sein d'un grand institut de sondage. Il est diplômé du Master Progis de l'IEP de Grenoble.

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Les deux partis à droite de l’échiquier politique organisaient le même week-end leurs élections internes : simple coïncidence ou signe du destin ?

L’UMP tiraillée entre sa droite et son centre

Alors que l’UMP essayait de rafistoler la maison dévastée par les échecs de 2012 et les affaires, le FN était lui, en ordre de bataille : Marine Le Pen, leader incontestable n’a pas eu besoin d’une élection interne pour asseoir sa légitimité à la tête du parti. Pendant ce temps, le leadership de Nicolas Sarkozy a été fragilisé par le bon score de Bruno Le Maire (29,18%) qui a remarquablement gagné en popularité au sein de l’opinion et en visibilité médiatique. Ainsi, ce dernier a gagné 6 point dans le palmarès d’adhésion des hommes politiques de l’institut Odoxa, 12 points chez les sympathisants de droite. Selon le même sondage, il est même considéré comme celui ayant fait la meilleure campagne (45%) devant Nicolas Sarkozy (40%).

Derrière cette bataille d’hommes, c’est aussi l’orientation politique de l’UMP qui est en jeu. L’UMP cherche encore sa voie : continuera-t-elle son chemin vers la droite de la droite avec la ligne sarkozyste ou sera-t-elle plus ouverte sur le centre et libérale sur les questions sociétales comme le suggèrent Bruno Le Maire et Alain Juppé ? Au-delà, c’est la question d’une éventuelle alliance avec le FN qui fait débat.

Alors qu’une partie de la droite semble prête à une alliance, cette question constitue toujours une ligne rouge à la tête du parti… Les régionales risquent bien de constituer un moment de vérité.

La fausse unité du FN

De l’autre côté du rivage, le FN est lui aussi tiraillé par des forces intérieures : posture traditionnelle contre renouveau, extrême droite contre populisme. Le résultat des élections internes du parti fait résonner les dissonances : Marion Maréchal Le Pen a été la grande gagnante et aura désormais davantage d’influence au sein du parti, notamment sur les questions de société sur lesquelles sa position est nettement plus ancrée à droite que d’autres mouvances de son parti, avec en figure de proue son opposition au mariage pour tous, bien plus affirmée que chez Marine Le Pen et Florian Philippot. Et le parti n’est pas non plus exempt de réflexions sur les alliances. Alors qu’une partie du Front National semble rejeter ce qu’ils ont coutume d’appeler l’ « UMPS », d’autres envisagent à pas feutrés une alliance avec des personnalités de l’UMP de la droite forte.

Des sympathisants entre deux eaux

Interrogés par l’institut Harris Interactive sur un rapprochement entre l’UMP et le Front National en vue des élections régionales, sympathisants des deux partis s’y déclarent majoritairement favorables (respectivement 55% et 64%).

Le cordon sanitaire entre le FN et l’UMP va-t-il pour autant finir par se casser ? Rien n’est moins sûr car si leurs bases électorales semblent se rapprocher au niveau des idées, elles soulignent leur différence au niveau des valeurs : 32% des sympathisants UMP estiment que les dirigeants de l’UMP et du Front National ont plutôt des valeurs communes contre 51% de sympathisants FN (sondage Harris Interactive pour Marianne). Cette fragmentation démontre une plus grande attractivité des soutiens du FN pour l’UMP que l’inverse. En effet, selon le même sondage, 26% des sympathisants FN déclarent observer une correspondance entre le positionnement idéologique de l’UMP et celui du FN, contre seulement 12% des sympathisants UMP.

Cette proximité perçue pourrait-elle être mise à profit par l’UMP dans le cadre des primaires ? En d’autres termes, des sympathisants FN pourraient-ils s’acheter une seconde chance, en s’assurant que le candidat UMP choisi sera le plus proche de leurs idées ? Il faudrait pour cela réunir trois conditions. Réaliser bien-sûr des primaires ouvertes, créer le sentiment partagé que Marine Le Pen n’a aucune chance de gagner les élections. Et enfin, donner envie à ces sympathisants FN de voter pour un parti qui les a tant déçus.

Jean-Baptiste Sintes

@jbsintes

Sources dans l’ordre

 

http://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2014/11/Barom%C3%A8tre-politique-Odoxa-LExpress-Presse-R%C3%A9gionale-France-Inter-Novembre-2014.pdf

 

http://www.harrisinteractive.fr/news/2014/28112014.asp

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