Et si la « démondialisation » faisait gagner Nicolas Sarkozy en 2012 ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Cette semaine,  le Président de la République prendra la parole au cours d’une émission télévisée. Une leçon de pédagogie sur la crise qui augure du futur axe de la campagne. Le Président sortant, dépeint en capitaine protecteur, tenant la barre face à la crise financière, ne saurait être remplacé sans faire couler le navire France. Une posture en réalité extrêmement risquée pour Nicolas Sarkozy. Perçu au mieux comme le pompier d’un système que les français ne veulent plus sauver, au pire comme le co-scénariste du marasme économique, le Président fait le pari que l’intensité de la crise peut paradoxalement le servir. Dans ce jeu d’équilibriste pourtant, un thème en particulier doit être observé avec attention par la droite : la critique du système économique. Après la victoire d’Eva Joly chez les verts, l’excellent score d’Arnaud Montebourg confirment l’éclosion d’une radicalité face au système économique qui transcende tous les partis. Une « démondialisation » made in UMP peut-elle faire gagner Sarkozy en 2012 ?

4 raisons qui font de la crise un thème compliqué pour Sarkozy

1) Les tenants du réalisme n’ont jamais été élus

D’abord, tous ceux qui se sont fait les chantres de la rigueur ont perdu leur campagne présidentielle. Comme Jean-Marie Colombani l’expliquait au cours du premier zinc de Délits d’Opinion, « en France, être franc et dire la vérité, reste un idéal. L’exemple de Mendès France est criant » ; Le cas de Raymond Barre est aussi symptomatique de la difficulté d’être élu sur un programme fait de sang et de larmes. Pour autant, l’acuité de la crise, la situation économique exécrable peuvent-elles créer les conditions d’écoute et d’adhésion autour d’un programme de rigueur ?

2) Pour les Français, la crise fait partie des meubles ….

Certes la situation économique est objectivement reconnue comme grave par les Français. Pour autant, elle intervient dans un cycle de crise perpétuelle qui a semble t-il immunisé nos compatriotes. Ce dernier soubresaut n’est pas une surprise. Il y a un an, une écrasante majorité d’entre eux s’attendaient à revivre une nouvelle crise de grande ampleur . Et l’avenir n’est pas pensé de façon plus optimiste. Dans cette perspective, l’actualité économique est prise avec fatalité, et conduit à des réactions nuancées. Selon une étude Ipsos, 58% de nos compatriotes estiment que la crise de 2011 aura « des conséquences financières directes pour leur situation personnelle », quand 36% pensent « qu’elle n’aura pas de conséquence directe sur la situation personnelle ». D’une certaine façon, les matelas de sécurité, la protection sociale et les multiples précédents font de cette crise une réplique attendue d’un système qui fonctionne mal, qui fait des victimes collatérales, mais permet néanmoins de vivre.

3) Nicolas Sarkozy a perdu la bataille de la crédibilité économique face à la gauche

Dans ce contexte, serait-il judicieux de dramatiser la situation ? Un choix compliqué, tant le Président Sarkozy semble avoir perdu la bataille de la crédibilité. L’institut BVA a posé la question suivante aux Français « Si une nouvelle crise financière de l’ampleur de celle connue en 2008 venait à se déclarer, à qui de François Hollande ou Nicolas Sarkozy feriez-vous le plus confiance pour la résoudre ? » 54% feraient davantage confiance à Hollande contre 39% à Sarkozy. Comment expliquer un tel écart, alors même que le Président est sur tous les fronts pour sauver l’euro ? Avant tout par le caractère intangible, – presque injuste – du drame évité. Un système financier qui n’explose pas est d’abord une crise fictive. En d’autres termes, la faillite d’un système est cantonnée au champ de la science-fiction, tandis qu’une promesse sur le pouvoir d’achat ou l’emploi non tenue est plus facile à mesurer.

A l’inverse, François Hollande a su habilement se glisser dans le costume de Dominique Strauss-Kahn, incarnant maitrise des dossiers et pondération. Pointer du doigt son inexpérience et jouer le procès en incompétence semble risqué pour l’UMP. Cette stratégie renforcerait encore les traits les plus discriminants du Président, dont la vantardise et le « sur moi » ont contribué à éloigner de ses électeurs. Au final, le procès en incompétence pourrait vite se retourner contre le Président.

4) Nicolas Sarkozy est le pompier… d’un système que les français ne veulent pas sauver.

Plus grave encore, les efforts du Président sortant pour sauver la Grèce, le plongent dans une situation paradoxale : il devient d’une certaine façon le co-gestionnaire d’un système dont une majorité de compatriotes ne veulent plus. L’Ifop a réalisé en janvier 2011 une grande étude sur le capitalisme. En France seuls 15% des Français estiment que le système fonctionne bien. Un tiers des français estime que le système fonctionne mal et qu’il faut l’abandonner, tandis que 52% sont dans une posture fataliste, estimant « que le système fonctionne plutôt mal, mais qu’il faut le conserver car il n’y a pas d’autre alternative ».

Nos compatriotes sont aussi de plus en plus sceptiques sur l’intérêt de participer au sauvetage du système capitaliste. Le sondage IFOP pour l’Humanité réalisé mi octobre souligne que les Français sont majoritairement opposés – 59%- à ce que l’Etat apporte une aide financière et renforce le capital des banques françaises. Ce score monte à 73 % au sein des sympathisants du FN, et 71% parmi ceux du Front de Gauche. Plus fondamentalement, si l’état venait à aider les banques, une majorité de français souhaiterait que ce dernier intervienne davantage, à travers une entrée dans le capital (30%), voire une nationalisation des banques ( 29%).

De plus en plus sceptiques sur l’intérêt de sauver le système, les français souhaitent, sans trop y croire, un changement drastique des règles du jeu.

La démondialisation, arme du Président sortant ?

Une partie de la droite s’est acharnée contre Arnaud Montebourg, et son concept de démondialisation taxé de « ringard et dangereux ». Au lieu de voir l’espace politique de ce thème aussi transgressif que marketé, les tenants de cette droite se sont drapés dans une posture morale. Pourtant, en prônant un nouveau pacte qui mette la finance au service de l’individu, en critiquant « un système économique devenu fou », Arnaud Montebourg a mis en scène un thème auquel le Président de la République peut apporter une réponse, non à travers un repli défensif, mais via la promesse d’une régulation globale. Car paradoxalement, nos compatriotes ont intériorisé avec cette crise, que la régulation ne pouvait se faire qu’au niveau international. Selon le baromètre IPSOS , 38% des français estiment que « face à la crise actuelle, il faudrait plutôt renforcer les pouvoirs de l’union Européenne ». L’idée que la crise puisse se résoudre en France seulement demeure  minoritaire.

Cette demande de régulation est partagée par une majorité écrasante de nos compatriotes. Elle porte sur trois volets : une plus grande justice dans la redistribution des richesses, une mise au pas de la finance, et enfin une maitrise des flux. Sur tous ces items, le consensus est large et transcende les clivages : 88% des français sont tout à fait favorables à l’augmentation des droits de douane sur les produits provenant de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale . 75% des français souhaitent pénaliser financièrement les entreprises effectuant des licenciements tout en versant des dividendes à leurs actionnaires. A droite, la déclinaison de ces thèmes peut attirer deux franges indispensables pour la victoire : l’extrême droite, qui ressent très fortement un sentiment de dépossession et d’injustice face aux dérives de la finance. Et par ailleurs, le centre droit, issu d’une UDF humaniste historiquement attachée à une meilleure redistribution sociale.

Le Président de la République peut-il incarner cette « Perestroïka », incarner une révolution douce du système économique ? Il lui est reconnu deux qualités clés : la détermination à agir et la légitimité internationale. Deux actifs  qui sont justement les défauts perçus  de François Hollande. Se faisant le chantre d’une économie régulée et d’une détermination dans le changement, Nicolas Sarkozy peut espérer reléguer François Hollande dans le camp du conservatisme. Il peut enfin répondre à l’exigence de pragmatisme d’électeurs qui ne croient plus dans l’idéologie, et veulent connaitre la méthode et le process tout autant que le but poursuivi.

Enfin, à travers un discours qui repositionne l’humain au centre de l’économie, le président peut réduire le déficit de proximité qui pollue son image. Bref, une mondialisation made in UMP qui remette du bon sens dans l’économie, pourrait bien constituer un argument de campagne pour 2012.

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